Commentaires et textes |
Divers : RenéHiver 1709L'an 1709, l'hiver fut long, et le froid si pénétrant que de temps immémorial on n’en a point eu du pareil. Il commença le dimanche 6ème jour de Janvier fête de l'Epiphanie par un vent si grand et si froid quand peine pouvait on demeurer dehors, et dura ainsi le premier jour, après quoi le froid continua pendant dix sept jours, si violent qu'un grand nombre de personne en furent incommodées, les uns ayans une partie des pieds gelés, d'autres les doigts des mains, et beaucoup ayans senti tant de froid qu’ils en furent longtemps maladive, ayans perdu presque tout sentiment particulièrement les marchands qui étaient obligés d'aller par les chemins, ou Ion trouva en beaucoup d’endroits des personnes mortes de froid. Tous les ouvriers furent obligés de quitter leur travail pendant plus de huit jours, et surtout depuis le treize Janvier jusques au vingt, pendant lequel temps le froid fut si grand qu’il descendit jusqu’au premier degré du thermomètre, en sorte qu’il ne s’en fallut qu’un degré que le froid ne fut extrême. Les biens de la terre étaient perdus sans espérance sans que généreusement il tomba des neiges des le commencement du froid, qui continuèrent a plusieurs reprises pendant tout ce temps en si grande abondance quelles furent toujours de la hauteur d’un pied ou environ, ce qui conservera les bleds, si bien que la terre ne fut gelée qua environ l’épaisseur de trois pouces. Dans les Jardins la plus part des arbres en espaliers et en buissons furent gelés, surtout les abricotiers et les pêchers dont il ne se sauva que ceux qui étaient en bon abri ; Les arbres verts, les muscats, et tous les noyers furent entièrement gelés, il fallut les recouper par le pied, dont ils repoussèrent d'assez beau bois, mais sans aucun fruit. Pour les vignes elles furent entièrement gelées, il ne se sauva que les jeunes ceps, il fallu rattacher les vieux en les coupant au niveau de la terre, dont ils auraient repoussé du bois qui ne rapporta aucun fruit et il fut si peu de vin cette année que dans beaucoup d’endroits on ne vendangea point du tout, ce qui fit croire d’abord que le vin serait excessivement cher mais cela n’arriva pas à cause de la grande cherté du bled et de la rareté de l'argent. Les arbres dans les campagnes souffrirent beaucoup la plus grande partie des chênes, même les plus gros se fendirent du haut en bas, et le bruit qu’ils faisaient en se fendant se faisait entendre de fort loin. Dans les bois, les sentier ou ouverture qui se font ainsi par le grand froid font les gelineures que Ion trouve dans les arbres en les débitant car venant par succession de temps a se recouvrir d’écorce, elles demeurent ainsi cachées sans qu’on s’en aperçoive, que lorsqu’on les eut employer. Les souches qui avoient été coupées depuis deux ans furent toutes gelées, aussi bien que les sapins dont il ne resta pas un. Il périt près de la moitié des arbres fruitiers, surtout des noyers qui périrent tous a la réserve des jeunes dont il se sauva une partie en quelques endroits. Les châtaigniers et marronniers sou frirent aussi beaucoup, et il en périt la meilleure partie. Les ronces, les houx, les genets, et tous les arbustes de cette nature furent entièrement gelés. Il mourut une très grande quantité d'oiseaux de toutes les espèces, tant de froid que de faim, et surtout des petits, de manière que quand I’hiver fut fini on n’en voyait presque plus, ce qu’on était surpris de faire un assez long chemin sans en apercevoir que très peu et souvent point du tout; les grosses bêtes comme les cerfs, les sangliers les loups ne peuvent sen garantir. Il en mourut beaucoup. Les puits gelèrent presque par tout, et on ne pouvait en tirer de seau qu’après avoir cassé la glace avec beaucoup de peine. Les cidres gelèrent dans les celliers, même le pain y gelait. Les suites de ce grand froid furent encore plus funeste que le froid même, car au dégel, quoiqu il arrivât fort doucement, presque tout le monde se trouva attaqué d’un rhume qui commençait par un debord dans la tête avec de grandes douleurs, et ensuite tombait sur la poitrine souvent avec une douleur de côté, dont il mourut beaucoup de personnes, et cette maladie fut générale. Le temps fut asses doux pendant dix a douze jours après lesquels le froid recommença par un vent d'est très violent et très froid, qui dura cinq a six jours, ce fut suivi d’un froid pendant environ quinze jours qui fut grand, quoique à la moitié moindre que la première fois et ce froid fit grand tort aux bleds, qui cependant n’auraient pas été entièrement perdus, sans qu’après un second dégel de quelques jours le froid recommença pour la troisième fois comme auparavant par un vent d'est de plusieurs jours avec une gelée qui dura environ quinze jours moindre à la moitié que la seconde fois, mais qui fut la plus funeste, parce que le soleil étant déjà un peu haut, et les bleds qui commençaient a pousser étant fort tendres, ils furent presque tous gelés, de manière que dans les lieux qui étaient le plus a l’abri à peine en resta t’il la moitié, ce qui obligea les fermiers et laboureurs de rabattre le haut des sillons et d’y semer de l’orge, n’y étant resté qu’un peu de bled dans le fond des raises. Il se trouva quelques cantons dans cette paroisse ou les bleds furent conservés, comme la plaine de Ruzé et du Pommeret, et les pièces qui étant entourées de haies furent conservées des vents. Enfin, la semaille des orges étant belle et le peu du bled qui était resté profitant a merveille, on espérait encore quelque chose de la récolte, parce que les bleds avaient repoussé si vivement du pied que l'on trouvait des tasses de froment et de seigle où il y avait jusqu a cinquante épis dune longueur et dune force a faire plaisir, sans que les pluies qui tombèrent sans discontinuer depuis le commencement du mois d'avril jusqu’au commencement d'août, la masne, et la gasle qui tombèrent en abondance les perdirent entièrement. Il n’y demeura que l’écorce, ce qui ne rendait point de farine mais pour cela ils n’en furent pas moins bons a semer et ce bled qui paraissait petit et si mauvais poussa de merveille; pour les orges ils ne furent pas si perdus que les bleds. On cueillit encore dans la paroisse de René des bleds environ le quart d'une année commune; dix gerbes ne vendaient que trois quartrons de bled a la mesure du Sonnois et souvent moins, pour les orges il en fut raisonnablement mais ils étaient menus et point nourris à cause des pluies continuelles. On commença fort tard a couper les bleds ce qui les enchérit si fort qu’à la mi-août le méteil valait jusqu’à dix francs le boisseau et l’orge sept francs, pour le peu d’espérance que Ion voyait à la levée, ce qu’il était peu de bleds de l’année précédente, ou ils avoient péri aussi par les pluies continuelles. On prit des ce temps la partout comme de concert, la résolution de garder le peu de bleds qu’on avait pour semer, et de manger du pain d'orge, de sorte que cette épargne fit ramasser le bled à la semaille contre toute espérance il baissa jusqu’à cent sous le boisseau ce qui paraissait un prix fort modique par rapport au temps. Tout le monde fut si consterné de voir si peu de bleds que dans les commencements on désespéra de pouvoir semer les terres, ce qui obligea Le Roy d’envoyer des ordres très précis pour cela, même d’envoyer des commissaires dans toutes les villes, ce qui pour l'événement ne servit du rien car tout le monde ensemença les terres comme on avait de coutume, sans attendre à s’y voir contraint. Il fut des fruits passablement, mais qui n’avoient pu grossir parce que les arbres auraient trop souffert pendant I’hiver, et les pommes et poires a cidre se vendaient communément dix francs la pippe. Tout le monde était dans la consternation de se voir a la veille de la plus grande famine qu’on eux jamais vue, mais par la providence divine le mal ne fut pas si grand qu’on craignait, et ce qui surprit davantage en que le bled ne fut pas la moitié si cher que l'année précédente par la grande épargne que Ion fit des le commencement de l'an de 1710 car on ne donna aucun grain aux bestiaux comme on avait accoutumé de faire auparavant, et on fit du pain de tous les menus grains comme avoine, pois, fèves, jarosses, vesses ce qui soulagea le peuple de manière qu’il se trouva du bled contre toute espérance, ce qui! ne valut a la Saint Jean que cent sous le méteil et quatre francs large, outre que plusieurs personnes auraient gardé du bled vieux, et même en avaient acheté de nouveau dans l’espérance qu’il montrait a un prix excessif, ce qu’ils feraient des profits immenses, dont ils furent punis, ce qui y contribua encore fut la préparation de la levée qui était la plus belle qu’on eux jamais vue,et la rareté de l’argent à cause des taxes continuelles dont le peuple était accablé pendant la guerre. Le curé de René. Méteil : seigle et froment mêlés que l’on sème et qu’on récolte ensemble. Additionné d’orge c’est le champart. Relation du débordement des eaux dans ce canton dans l’année 1711Au mois de février 1711, les neiges étant hauteur d’environ un pied, il survint un dégel qui les fit fondre tout à coup, ce qui fit croître les eaux le 17 février, jour du mardi gras si hauteur que de mémoire d’homme on ne les avait vu pareilles. Les grandes rivières firent des désordres infinis, entraînèrent presque tous les moulins, et brisèrent tout ce qui se trouvait sur leus passage et dans leur débordement firent des ravages dont on n’avait pas point encore vu d’exemples. Dans ce pays l’étang de Guéchaussée crevant la chaussée entre le moulin et la grange du meunier qu’il entraina plein de bleds. La Brèche était large et profonde et quand les eaux furent entièrement retirées, on y remarqua qu’il y avait dans l’étang du minier de tourbe qui est une boue grasse fort commune en Hollande, dont les pauvres gens font du feu. On aportay pour en faire l’épreuve et quoiqu’elle ne fut pas encore séche je remarquai qu’elle ne laissait pas de bûuler, de se couvrir de cendres, et de conserver quelque temps le feu, et même d’avoir bonne odeur. Quand l’été fut venu, que les grosses mottes que le courant leur avait arrachées et entraînées bien loin au dessous du moulin, furent séches par l’ardeur du soleil le meunier d’y prendre pour brûle ret l’ayant interroger la dessus il me répondit qu’elle brûlait bien et faisait de bon feu, qu’il s’en était toujours servi depuis et qu’il s’en trouvait bien. Il est très certain que les marais de Mées et de Bray en sont tout plein et que ssi les pauvres gens avaient l’industrie de s’en servir elle leur serait d’un grand secours dans ce pays où le bois est si rare et si cher. Dans le bourg de René la petite rivière d’Ortois se déborda aussi de manière qu’elle alla flotter jusqu’aux murailles du cimetière où elle monta de la hauteur d’un pied. Relation du tremblement de terre arrivé le 6 octobre 1711Le mardi 6 octobre 1711, sur les huit heures du soir, le temps étant assez calme, l’on sentit tout d’un coup un tremblement de terre qui dura environ trois minutes avec un fort grand bruit dans l’air, ce qui étant fini la terre recommença de trembler un demi quart d’heure après, mais d’un mouvement plus fort et qui dura un peu plus longtemps que la première fois, même le bruit que l’on entendit dans l’air pendant cette seconde fut beaucoup plus grand. Cet accident ne produisit point d’autre effet que d’avoir fait grand peur, et se fit sentir presque dans toute la province du Maine. Source : Registres paroissiaux de la Sarthe ville de René BMS 1700-1722 pages 128 à 133. Source : Registres Paroissiaux Saisie : Philippe CHOPIN Dernière modification : 26 Novembre 2010 |