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Anecdotes : Evaillé1767-1768La nuit du dimanche au lundi de Pâques, le 19 avril 1767, il vint un froid si violent que les vignes, pommiers, poiriers, cormiers et tous autres arbres furent gelés au point de ne rapporter aucun fruit. Il gela dans tous les mois de l'année, aussi le vin blanc valût jusqu'à trois cents livres la pipe; le cidre, quatre vingt livres la pipe; les cormes, dix livres le boisseau. La récolte ne fut pas bonne. L'année suivante, 1768, les pluies commencèrent à la Pentecôte et durèrent un an. La récolte fut mauvaise et encore plus difficile à ramasser. Les vignes ne produisirent presque rien et le vin en fut très mauvais, de sorte que le vieil de 1766 valut jusqu'à six cent livres la pipe. Les fruits furent très communs, mais nourris par trop d'eau, ils n'eurent point de qualité. Le blé valut, toujours à St Calais, pesant trente six livres le boisseau, depuis un écu jusqu'à quatre livres deux sols. Heureusement, toutes sortes de marchandises furent en faveur. 1770Jusqu'au commencement d'août 1770, le blé valut depuis quatre livres jusqu'à huit livres dix sols le boisseau, mesure St Calais pesant trente six livres. On ne cueillit presque point de vin, et encore fort mauvais, aussi celui de 1769, quoiqu'il n'eut pas de qualité, valut jusqu'à deux cent cinquante livres la pipe dans les côtes depuis Trôo jusqu'à Vaas. Le bestial de toute espèce, les fils, toiles, laines et étoffes eurent beaucoup de faveur, au moyen de quoi, les pauvres souffrirent moins. Le 24 novembre 1770, il vint une pluie qui dura trente six heures et fit grossir notre rivière plus qu'elle n'avait été depuis l'ausage de St Jacques. 1772Cette année est remarquable par plusieurs événements. Le blé froment, mesure de St Calais, pesant trente six livres, valut toujours depuis trois livres jusqu'à quatre livres cinq sols et tous les autres grains tinrent leur prix à proportion malgré la quantité prodigieuse qu'on en avait cueilli l'année précédente On cueillit encore peu de vin, qui sans avoir de qualité, valut jusqu'à deux cent quatre livres la pipe. Les chevaux, boeufs, vaches de toutes espèces, cochons, fils et laines ont été à un prix exorbitant, aussi les biens fonds ont été augmentés communément d'un tiers, et même jusqu'au double; et ils se vendaient au denier trente et tous les fermiers ne tenant point à moitié étaient riches. 1774Depuis deux ans, les blés ont à peu près tenu le même prix depuis cinquante sols jusqu'à trois livres dix sols, mesure St Calais. Les métis, seigles, orges, mélanges et avoines à proportion. Le vin blanc du Château du Loir de 1773 a valu depuis 60 livres jusqu'à 90 livres le poinçon, celui de 1774 vaut depuis cinquante livres jusqu'à 66 livres le poinçon. Les vins rouges de tous les autres cantons valent à proportion. Les laines valent 1 livre 10 sols. Le bestial de toute espèce est fort cher. Les biens fonds n'ont point de prix; jamais on ne les a vu vendre plus cher. 1775-1776Les blés de cette année ont tenu le même prix; le froment a valu depuis quatre livres jusqu'à quatre livres dix sols, mesure de St Calais, pesant trente six livres. Les vins blancs des côtes du Loir, sans être en grande quantité, eussent été excellents s'ils n'avaient pas roussi; ils valent depuis quarante jusqu'à cinquante six livres le poinçon. Le bestial de toute espèce a diminué de prix d'un quart, surtout les cochons gras, parce qu'on n'avait jamais tant cueilli de glands. Malgré cela, les biens fonds augmentent tous les jours de prix. Le dix janvier 1776, il tomba quelque peu de neiges. Le douze et treize des dits mois et an, il en tomba environ un demi pied de haut. Le froid, au même temps, vint si violent que pendant trois semaines, il ne céda que d'un tiers de degré à celui du grand hiver de 1709. Sans les neiges, tous les blés auraient infailliblement gelé, mais en revanche, plusieurs personnes y ont succombé. On en compte trois de Vancé et dans toutes les paroisses, les pauvres gens ont trouvé leurs enfants, le matin, gelés dans leurs lits et heureusement, sur le champ, ils les faisaient revenir en leur portant les secours nécessaires. Dans les meilleures caves, le froid a pénétré et porté ses coups, même sur les bouteilles du meilleur vin. M. le curé de St Biez en Belin en a perdu cinq cent bouteilles. Beaucoup de bestiaux de toutes espèces ont gelé. Dans les chemins, la neige étant devenue comme un carreau de glace, aucun cheval, ni voiture ne pouvait marcher, aussi, il s'est trouvé des villes prêtes à périr de froid faute de provision de bois. Celle de Rouen a été réduite à deux doigts de sa perte ; elle ne doit son salut qu'aux soins rares et distingués de son parlement qui imagina un moyen de faire arriver des bois de chauffage. En général, toute la nature humaine en a été cruellement attaquée. Pas un n'a été exempt d'un rhume ou grippe, dont quelques uns ont péri après avoir craché le sang; d'autres ont été incommodés pendant un mois, six semaines et même près de deux mois. 1778L'année précédente et celle-ci n'ont rien eu d'extraordinaire. Le blé a valu depuis quarante cinq sols jusqu'à trois livres. Le bestial à cornes de toute espèce a tenu le plus haut prix. Le vin de l'an dernier valut depuis trente jusqu'à cinquante livres; celui de 1778 valut depuis trente jusqu'à cent livres la busse. Le cidre valut environ un louis d'or la busse. Le chanvre de la meilleure qualité valut depuis cent sols jusqu'à huit livres le poids pendant cette année. Le quinze septembre, la pluie commença et dura jusqu'au quinze décembre; elle fit un tort considérable, de sorte qu'on ne put ensemencer que partie des blés. Ce qui désola plus cette paroisse, ce fut un orage du sept octobre qui entraîna tous les guérets, gâta et entraîna les chanvres rouissant dans les rivières. Le tonnerre tomba et consomma les tas de gerbes, foins, fourrages, chanvres, grange, étable, chambre et logeard de la Jusseaumerie, appartenant à Jean Rétif, fermier de Launay. Cet orage fit plus de tort dans la paroisse que la pluie de trois mois; aussi suivant toute apparence, la récolte prochaine doit être mauvaise. Malgré cela, le blé n'est pas cher parce que l'exportation en est interrompue par la guerre que nous avons avec l'Angleterre, et le commerce de toute espèce de marchandise en souffre beaucoup; les toiles et le fil perdent beaucoup de leur faveur. 1779Cette année est remarquable par une dysenterie qui commença au mois de juillet; ses coups furent terribles; plus de la moitié des habitants en furent attaqués; quarante personnes en moururent, à savoir quinze adultes et vingt huit enfants; elle dura près de huit mois. M. Vétillard, médecin au Mans, et Lunault, chirurgien à Saint Calais furent chargés, de la part du roi, de venir à notre secours. Leurs soins et remèdes furent tous gratis et opérèrent avec un succès admirable. Les sentiments furent partagés sur la cause de cette maladie. Plusieurs, et le plus grand nombre, prétendent qu'elle fut occasionnée par les chaleurs qui commencèrent avec le mois de mars et ne finirent qu'après la Toussaint, pendant lesquelles le ciel fut toujours couvert de nues épaisses et parfois de mauvaise odeur. Cela ne m'a point paru surprenant, les chaleurs ayant été plus grandes et plus longues que de coutume; elles ont du pénétrer plus avant dans les marais et entrailles de la terre, en tirer une plus grande quantité de vapeurs mêlées de parties étrangères à la salubrité des corps. Tous les fruits furent fort avancés et ne valurent rien. La récolte fut assez mauvaise et la qualité encore moindre. Le vin, étant trop mûr, roussit partout; aussi n'a-t-il point de faveur; depuis 24 livres, jusqu'à 36 livres est son prix dans tous les crus du Loir et suivant toute apparence, il va encore diminuer. Les toiles, étoffes, fils, laines, bestiaux, biens fonds sont diminués d'un tiers de leur prix. Le blé froment vaut, à St Calais, le boisseau pesant trente six livres, quarante cinq sols. Dans toutes les parties du royaume, le commerce n'a plus de vigueur; c'est l'effet de la guerre contre l'Angleterre dont on ne peut prévoir la fin. Les deux puissances ayant, de part et d'autre, à peu près les mêmes avantages, jamais fléau ne fut plus nuisible à la France. Si la paix eut duré un peu, le commerce, l'agriculture et les blés exportés dans les royaumes voisins et les îles, en faisaient un état le plus riche de l'Europe pour le moins. Mais la guerre met la désolation dans toutes les provinces et les familles. Fasse le ciel que nous en voyions bientôt la fin ! J’omettais de dire que la dysenterie a fait un ravage horrible dans tout le royaume. Plus de la moitié de notre diocèse a souffert comme nous. Lucé, Saint Vincent du Lorouër, St Michel de Chavaigne ont encore été plus maltraités. M. Martin, curé de cette dernière paroisse, en est mort. Généralement regretté, il réunissait les principales qualités d’un bon prêtre et curé, et il passait pour un des premiers de notre Haut-Maine. 1780Cette année n'a rien produit d'extraordinaire. Nous avons encore eu quelques dysentériques, entre lesquels, un seul mérite attention. Georget, fermier du bois, âgé d'environ quatre vingt ans, vient de l'essuyer pour la quatrième fois depuis seize mois; chaque attaque a été très violente; à chaque fois, notre bon vieillard a été désespéré , a reçu tous les sacrements et toujours il a méprisé les secours de la médecine, excepté la thériaque, le diascordium et le camphre qu'on lui fit prendre dans sa première maladie qu'on a cru que cette dernière l'emporterait, mais depuis huit jours, il est tiré du danger, se lève et travaille actuellement. Les fièvres tierces, doubles tierces, continues et quartes ont été très fréquentes; heureusement pas une n'a été mortelle. La récolte de gros blé a été assez bonne. Les menus grains ont généralement manqué. Le froment vaut et a valu depuis quarante huit jusqu'à cinquante sept sols; le mêlé depuis quarante deux jusqu'à cinquante cinq; l'orge n'a point de prix fixé; l'avoine jusqu'à vingt. Le vin a été en assez bonne quantité sans toutefois avoir de qualité: il roussit partout. Son prix, en blanc, est depuis trente jusqu'à quarante livres le poinçon. Le rouge communément ne vaut rien pour avoir trop cuvé! On n'a pas cueilli de chanvre et le peu est sans qualité, aussi le vieux vaut depuis cent sols jusqu'à sept livres le poids. Les chevaux sont à bas prix. Les bœufs, vaches et moutons se vendent à peu près comme les années précédentes. Les biens fonds ont un peu diminué à tous égards; c'est l'effet de la guerre qui continue toujours plus vive qu'auparavant. Néanmoins, les impôts n'ont pas augmenté. Tout le monde prétend que c'est le fruit du ménagement, de l'économie et bonne administration de M. notre contrôleur général. Ce ministre travaille avec un zèle singulier pour le bien de l'état. On ne peut lui reprocher qu'une seule chose, d'être protestant. A cela près, rien de plus vrai, plus honnête homme, plus désintéressé pour soi-même, ni plus intègre que lui. Toutes les provisions venant des îles sont considérablement augmentées depuis quelques mois. C'est l'effet de la guerre que nous avons avec les Anglais. Cette nation vient encore de la déclarer à la Hollande, de sorte qu'elle a maintenant à se battre avec cet état, l'Espagne, la France et l'Amérique. Jusqu'à présent, les coups ne paraissent pas plus meurtriers d'un coté que de l'autre. Cependant les apparences nous promettent du succès un peu. Les fruits de toutes espèces ont manqués, aussi n'ont-ils point eu de prix; les pommes de reinette valent six livres le boisseau, mesure de St Calais. Les marrons et châtaignes ont été fort communs, de bonne qualité et d'un prix assez modéré. Les fruits cuits sont chers; les cormes valent quatre livres dix sols; les pommes daigres environ cinquante sols, mesure de St Calais. 1781Cette année est remarquable par deux événements les plus fâcheux. Le dix sept mai, il vînt un orage dans cette paroisse seulement, si violent que les eaux n'avaient jamais cru si haut. Dans tous les coteaux, les terres nouvellement labourées furent emportées. Les prés, en bien des endroits, furent couverts de pierres. Si le fossé de mon pré de l'école n'avait pas crevé, toutes les maisons du bas du bourg auraient été rasées et emportées. Déjà les écuries devant le cimetière étaient sur le point de partir lorsque la butte de mon dit pré fut rasée. Gué Joubert et Chaluau furent à deux doigts de leur perte. Au commencement de cet orage, il vint une grêle plate et carrée qui brisa nos vitres, et grande partie des blés et fruits de la paroisse. En bien des endroits, il ne resta pas un épi debout. Dans le mois d'août, il se déclara des fièvres, qui n'épargnèrent presque personne. Ceux qui en furent attaqués les premiers s'en tirèrent aisément. Dans l'automne, elles prirent tous les caractères les plus mauvais: tierces, doubles tierces, quartes, doubles quartes et continues. Ceux qui eurent attention de se purger de bonne heure et souvent, s'en tirèrent sans beaucoup en souffrir, mais les négligents et sujets épuisés payèrent plus cher. Les uns moururent d'hydropisie, d'autres de fièvres malines, ou putrides et/ou de pleurésie. Beaucoup succombèrent au coup de la mort. Presque tous les enfants, nés cette année, furent emportés de sorte que cette année, nous avons plus eu de morts ou malades qu'il y a deux ans d'avoir la dysenterie. A propos de cette dernière maladie, je crois devoir à la postérité, le récit d'un événement singulier. Un nommé Georget, du Bois, âgé d'environ quatre vingt ans, fut attaqué en 1780 de la dysenterie. Au premier accès, on lui fit prendre quelques remèdes, qui, sur le champ, l'arrêtèrent, mais au moyen de ce qu'il avait une forte répugnance ce pour toute espèce de médecine, cette maladie ne tarda pas à le reprendre. Il l’a eue pendant trente mois, allant toujours le sang. Il ne s'est arrêté que pour le jeter dans une hydropisie, il y a six semaines; aujourd'hui, 2 mars 1782, il vient d'en mourir. Il est rare de voir un homme aussi fort. La récolte de toute espèce de gros blé fut indigne. Une pluie de trois mois avait empêcher de bien faire et (de) semer les blés, mais en revanche, les menus grains furent très abondants. Les vins furent encore en plus grande quantité; on n'avait pas encore entendu parler d'une telle vinée. Malgré cela, le vin, dans les bons crus, est cher et vaut jusqu'à quarante cinq livres le blanc. Le rouge a moins pris de faveur. L'un et l'autre a la plus grande qualité, ce qui paraît surprenant en raison de sa quantité. Le froment a toujours valu depuis cinquante jusqu'à cinquante huit sols et tous les autres blés à proportion. Le chanvre tînt bon prix à cause de la guerre sur mer. Dieu aidant, elle ne doit pas durer longtemps. Les Anglais ont essuyé, depuis un an, de grandes pertes. Sous dix mois, l'Amérique septentrionale doit être érigée en états indépendants. Mahon est perdu et Gibraltar ne peut guère tarder à avoir le même sort. Les Anglais sont battus de l'Inde et aux Antilles; en un mot, ils paraissent battus partout. 1782Cette année-ci n'a rien d'extraordinaire. Les blés n'ont aucune qualité, les pluies les ayant fait germer pendant la récolte; ils sont puants et font de mauvais pain. Cependant, il vaut à St Calais, pesant trente six livres le boisseau, depuis cinquante (sols) jusqu'à trois (livres) huit sols. Le vin ayant gelé avant sa maturité, est absolument mauvais. On ne parle point de son prix fixe. Quelque bas qu'il soit, il est encore trop haut, vu sa mauvaise qualité. Mais celui de l'an dernier vaut jusqu'à cent dix livres dans le bon cru de Château du Loir. Le chanvre a été assez bon et commun; il vaut depuis quatre jusqu'à six livres. Le bestial de toute espèce est toujours fort cher. La laine vaut trente sols, la livre de viande vaut six sols, le cochon huit sols, le beurre depuis dix sols jusqu'à quinze sols, les oeufs depuis cinq jusqu'à huit sols. Le 12 décembre dernier, il fut condamné au parlement du Languedoc, Blaise Ferrage, nommé Seyé, maçon de profession, natif du lieu de C. dans le comté de Comminges. Petit de taille mais d'une force extraordinaire, adonné à tous les vices, il se retira des lois de l’état, dans les montagnes d'Aures, voisines de sa patrie, et, à la manière des ours, il se fit une retraite dans une cavité d'un rocher fort élevé. De là, armé d'une ceinture de pistolets, d'un fusil à deux coups, d'une dague, il se répandait dans les lieux voisins, arrêtait hommes, femmes et filles même impubères, les violait et ensuite les tuait et mangeait. Il ne faisait usage d'autre nourriture. On en comptait jusqu'à quatre vingt femmes ou filles sur lesquelles il avait exercé cette cruauté. Il fut pris par la trahison d'un faux ami qui avait feint de se retirer avec lui dans les montagnes pour se dérober aux poursuites de la justice. Dans le fait, il avait mérité punition de mort et eut sa grâce à condition de faire prendre ce scélérat. Tous les pays voisins avaient promis des sommes importantes à celui qui l'arrêterait. Il échappa une première fois mais il fut arrêté peu de temps après s'être égaré dans les montagnes. Il fut condamné à être rompu vif et à expirer sur la roue et que son corps serait exposé aux fourches patibulaires. Il marcha à son supplice avec une sérénité incroyable. La guerre continue toujours avec l'Angleterre mais elle ne peut durer longtemps. On dit cette nation lasse et même épuisée. On dit qu'elle consent à la liberté de l'Amérique septentrionale. A cette perte près, cette guerre lui fait bien de l'honneur puisqu'elle se bat et défend contre toute l’Europe. Nous en soufrons beaucoup dans notre commerce, surtout du blé. Les provisions que nous tirons des îles sont d'un prix exorbitant; le sucre vaut trente cinq sols; le poivre vaut trois livres quatre sols; ainsi de toutes autres choses. 1783Cette année a commencé par un désastre aussi terrible que meurtrier dans la Sicile, à Messine et vingt huit autres villes, bourgs ou villages ont été détruits. Plusieurs ont été tellement enfoncés et engloutis qu'il n'en resta pas le moindre vestige. Le bouleversement fut si considérable que quelques rivières perdirent leur cours ordinaire et se desséchèrent. Les montagnes disparurent en plusieurs endroits et des gouffres et abîmes les remplacèrent. Les relations varient sur le nombre des morts. On nous les a portés d'abord à quarante mille, ensuite à soixante mille et jusqu'à cent mille. Quelque chose qu'il en soit, grand nombre périrent sous les ruines des édifices et dans les flammes qui s'ensuivirent. Ce fléau commença le 4 février à Messine, ville des plus peuplées, commerçantes et riches de l'Europe, et dura plus de trois mois, mais les coups les plus terribles portèrent dans les premiers jours. Au commencement du mois de mai, parut un brouillard qui dura plus de trois mois; il était fort épais, faisait voir le soleil rouge et répandait une rosée sulfureuse. Tout le monde en craignait les suites, mais ce fut à tort. Jamais, je n'ai vu d'année plus abondante en fruits de toute espèce. Les blés néanmoins furent chers; le froment valu depuis un écu jusqu'à quatre livres, mesure de St Calais pesant trente six livres. On cueillit du vin en assez bonne quantité et qualité; il valut en blanc du Château du Loir et aux environs depuis quarante cinq livres jusqu'à vingt écus. Le chanvre depuis quatre livres jusqu'à sept livres le poids pesant treize livres. Le bestial était d'un prix exorbitant, aussi les biens fonds deviennent toujours plus cher. Les Jésuites, congrégation si précieuse en ce royaume pour l'éducation de la jeunesse, s'établirent avec succès dans la Russie. Les avantages que la tsarine en tire pour les moeurs et discipline de ses peuples doivent nous les faire regretter encore d'avantage. Les rois de Prusse et de Suède viennent de permettre aux catholiques de bâtir des églises, d'y prêcher et faire toutes les fonctions dans leurs états. Fasse le ciel que la vraie religion s'y rétablisse ! La ferme de la Cronerie, en cette paroisse, vient d'être vendue par M. de Féron, propriétaire, au Sieur Perdrigeon (fermier général des Hayes et du prieuré de Tresson) pour sept mille six cent livres. La paix, annoncée à Paris le vingt trois janvier, mit la joie et l'allégresse dans tous les coeurs et les esprits. Cette malheureuse guerre a coûté des sommes immenses et beaucoup d'hommes à la France; tous les avantages en sont pour les Américains; ils y ont gagné indépendance de l'Angleterre. On dit qu'ils vont donner beaucoup de ressort à notre commerce; ils ne prendront, dit-on, grande partie de leurs provisions que chez nous. L'Anglais est peu humilié et va être moins redoutable pour nous. Un certain Montgolfier, physicien habile, a découvert le secret de s'élever dans les airs par le moyen d'un ballon, hermétiquement clos, fermé et rempli de matières inflammables. Il pourrait en résulter des avantages si on pouvait diriger sa marche à volonté. Jusqu'à présent, on n'a réussi qu'en suivant la direction du vent. La course est très rapide; il pourrait faire plus de cinquante lieues par jours. On prétend même une fois d'avantage. Plusieurs croient qu'il n'en résultera aucun succès; c'est mon sentiment. Le temps sera peut-être plus habile; attendons le pour juger. 1784Cette année est remarquable par les neiges qui tombèrent le mois de janvier dans une si grande quantité, et à tant de fois, qu'en bien des endroits, elles avaient plus de huit pieds de hauteur. Dans les pays plats, elles avaient communément, depuis deux jusqu'à quatre pieds de hauteur. Cette variation venait de ce que les vents impétueux les amoncelaient. Beaucoup de personnes périrent ; toute espèce de voitures furent arrêtées. Elles durèrent environ huit semaines. Les oiseaux de toute espèce périrent, surtout les perdrix; il n'en resta que dix en cette paroisse. Les loups mangeaient les hommes en différentes parties du royaume. Dans la forêt, et aux environs de Vendôme, ils se rendirent plus redoutables et meurtriers. Pour mettre les habitants à couvert de leur fureur, le roi envoya plusieurs gardes, chasseurs et chiens qui en détruisirent beaucoup. Parmi tous ces animaux, il se trouva une louve qui attaquait dans les bourgs, villages, champs et bois, et dévorait tous ceux qu'elle rencontrait. Aussitôt qu'elle paraissait, elle jetait tant de frayeur qu'on pensait plutôt à la mort qu'à s'en défendre. Un jeune homme de vingt (et) un ans en fut surpris. Loin de se démonter, quoiqu'il n'eut point d'armes, ni de bâton, il lui livra le combat, la terrassa sous lui et l'étouffa. Cependant, cet animal était d'une force et d'une grosseur extraordinaire. Je crois ne devoir pas omettre de dire que le jeune homme fut fortement blessé en différentes parties de son corps, mais ses plaies furent si bien pansées dans l'hôpital de Châteaudun qu'il ne fut pas longtemps à s'en rétablir. Le roi, instruit de cette bravoure, paya tous ses traitements et lui accorda cinquante écus de pension. Les neiges qui avaient tombé pendant trois mois avaient (tellement) brûlé la terre et les (champs) ensemencés qu'on ne cueilli que peu de blé, et encore moins de menus, peu de foin et de fourrages de toutes espèces. Aussi, le froment valu constamment depuis trois jusqu'à quatre livres. Les autres grains à proportion. La récolte en vin ne fut pas abondante mais il fut bon et vaut depuis cinquante jusqu'à soixante quinze livres le poinçon dans les crus de Jasnières, Chahaigne et autres. Le chanvre fut assez mauvais et en petite quantité, aussi le bon vaut depuis cent dix sols jusqu'à sept livres. Le bétail n'a pas eu grande faveur; les boeufs gras furent à rien; en général, toute espèce de bétail gras fut à grand marché. Les biens fonds sont toujours à haut prix tant pour le principal que pour l'affermage. Les laines valent trente sols jusqu'à trente deux sols. Il est grandement question de guerre de la part de l'empereur et de la tsarine contre les Hollandais. Il prévoit que la Prusse et nous viendrions à leur secours. En conséquence, nous faisons des provisions de toute espèces sur toutes nos frontières et toutes nos troupes s'y rendent. Les chevaux commencent à être chers. Cette année est remarquable à bien des égards. Nous avons eu les neiges pendant plus de sept mois; les gelées ou froid ont duré jusqu'à la fin d'avril. La fonte des neiges n'a été suivie d'aucune pluie; au contraire, la sécheresse a été si grande et longue et le froid sans gelée si violent que les herbes n'ont pas pu pousser dans les prés ou prairies, de sorte que personne, ni même les histoires ne font mention de telle disette de fourrage. Le foin a été vendu en quelque endroit jusqu'à quatre écus la charretée de deux milliers pesant; aussi les vaches, moutons et boeufs n'ont point eu de prix, à point que, si la Hollande n'en eut pas fourni, on peut dire jusqu'à quel prix les boeufs gras auraient été portés. Il a été peu de blé de bonne qualité; généralement le noir les avait gâté; il n'y a eu ni orge, ni avoine; point de chanvre, aussi vaut-il jusqu'à dix livres le poids. Il a été plus que vinée entière tant en vin blanc qu'en rouge, mais il n'a pas de qualité et vaut depuis 20 livres jusqu'à 30 livres le poinçon sur les côtes du Loir. Les laines valent depuis vingt huit jusqu'à trente deux sols. Le beurre, à cause de rareté des fourrages, a toujours valu depuis quinze jusqu'à dix huit sols. 1786Il n'y a rien d'extraordinaire en cette année. Le vin blanc du Loir a valu depuis 60 livres jusqu'à 70 livres le poinçon. Le blé, pesant trente six livres le boisseau, a valu depuis trois livres dix sols jusqu'à 4 livres. Le bestial a eu un prix fort haut, surtout les jeunes vaches. Les toiles, fils et chanvres ont été de même. Les biens fonds augmentent toujours de prix. 1787Cette année est remarquable par la cherté du bestial. Une paire de bugles n'était ni belle, ni bonne, pour 300 livres . Une vache n'était que commune pour 120 livres. Les belles ont valu jusqu'à 240 livres. Les chevaux ont tenus à peu près le même prix. Le blé a été en abondance, aussi a t-il été à bas prix; le froment mesure St Calais, pesant trente six livres, a valu depuis cinquante sols jusqu'à trois livres; ainsi des autres grains à proportion. La récolte de vin n'a rien valu tant pour la quantité que pour la qualité; il ne vaut que 20 livres et le vieux depuis 70 livres jusqu'à 90 livres le poinçon. Les toiles, fils et chanvres sont fort chers. Excepté le blé, tout est cher. Notre monarque, Louis seize, s'occupe d'une réforme dans les finances; pour y parvenir avec plus de succès, il a fait assembler à Versailles, tous les plus distingués en talent et naissance de son royaume. Dans cette assemblée, qu'on nomme des notables, on y a déposé un M. Calonne, contrôleur général; il y a été chargé de différents griefs pour lesquels on allait faire son procès, mais il s'est retiré à Londres, d'où il a fait passer en France différents mémoires tendant à sa justification. Comme j'ignore ses torts, je me donnerai garde de les détailler. Il était le premier ministre pour la confiance de la part de notre prince. Cette assemblée vénérable lui a substitué Mgr l'archevêque de Toulouse qui maintenant jouit, à bon titre, des plus hautes faveurs et confiance; il paraît qu'il a les meilleures vues et peu de personnes sont plus en état que lui de les faire valoir. Ce M. de Brienne, archevêque de Toulouse, vient de passer à l'archevêché de Sens, quoique le revenu en soit moindre. Il n'y peut rien. Le roi a su l'en dédommager. Rien de plus juste. Source : Registres Paroissiaux Saisie : Guy CHEVEREAU Dernière modification : 5 Février 2009 |