Histoire des communes

Commentaires et textes

Divers : Saint-Ouen-de-la-Cour

L'année 1738 à St Ouen de la Cour

Je suis entré à Pasques Curé de St Ouen de la Cour
Bouley Curé de St Ouen 1738

Cette année 1738 en son commencement jusqu’au mois d’août a été misérable par la famine causée par la disette de bled ; on a fait ouvrir les greniers. Le monde fut très charitable, et la plupart s’épuisaient à soulager les pauvres dans leurs besoins. Sa Majesté Louis XV a fait distribuer par deux fois différentes du riz aux pauvres dans toute l’étendue de son royaume.

Dans cette paroisse dans la pièce de La Grouais de la Giraumerie, sur le bord du chemin, au mois de may nous avons trouvé un épy de seigle avec le bled qui y étoit ensemencé, lequel épy étoit composé par la providence de cinq épys qui étaient touts les cinq en un seul, et au bout d’un fétu de paille, comme les cinq doigts de la main sont attachés à la même main. Nous avons regardé cela comme le miracle des cinq pains de l’Evangile et que la moisson seroit en abondance, ce qui arriva aussy.
Tous les habitants de cette paroisse en ont connaissance et l’ont vu, aussy que plusieurs de tous cotés qui …… cet epy dont on n’avoit jamais entendu parler d’une pareille chose. Plusieurs de Bellesme, de Regmalard sont venus voir cet épy, et s’en retournoient tous contents, dans l’espérance d’une belle récolte, en effet le bled de douze livres le boisseau qui n’est a quatre livres ; en foy de quoi j’ay signé, Bouley, Curé de St Ouen de la Cour 1738.

En cette même année j’ay planté la treille du jardin de St Ouen, en vigne et coudre franche et espaliers du jardin, avec de la plante … d’épines blanches pour en faire toute la clôture, n’y ayant que buis, ronces et haies mortes, avec trente pommiers que j’ay planté dans le champ Boisin et dans le Perier, et huit que j’ay fait anter.

J’ay résisté au seigneur de la paroisse, pour lors nommé Monseigneur de Conches qui me persécutait pour me faire rendre aveu pour mon bénéfice Cure dont il n’a put venir à bout, étant curé et seigneur de St Ouen par un ancien acte remis au Sr curé. Le dit de Conches affirma la dixme du trésor dans laquelle il me disputoit le tiers ; ce que je lui contesté et me mis en possession de mon tiers et de toutes les monailles ? en foy de quoi j’ay signé, Bouley, Curé de St Ouen.

L'année 1739 à St Ouen de la Cour

Cette année le bled ne fut pas hors de prix excepté sur la fin où le bled renchéri, et valloit jusqu'à huit francs le boisseau. Le Roy Louis XV fit distribuer aux pauvres encore du riz et le monde fut très charitable envers les pauvres.

En cette année je fis refaire les murs du Cimetière du coté du vergé où je les fis diminuer des deux bouts. Pour avoir les matériaux nécessaires les habitants n’en voulant pas amener, n’y pour or, n’y pour argent, au bout du dit cimetière, je fis faire la motte à fumier, l’ayant ôtée de la cour pour la plus grande propreté. Je fis faire les deux grilles du cimetière, raccommoder la croix du cimetière et le chapiteau avec presque la moitié de l’allée de l’Eglise que je fis paver en pierre de taille. Je fis planter trois douzaines d’arbres sur les temporels. Je fis faire l’étable aux vaches, la petite grange à mars où il y a deux portes, espérant en faire un sellier, et une écurie, et de l’écurie, une grange à mars ce que je n’ay pas exécuté, ayant changé d’avis. Je fis encore faire la soue ou toit à porcs, et un endroit dessus pour percher les poules le tout de mon argent. Bouley Curé de St Ouen de la Cour.

L'année 1740 à St Ouen de la Cour

Cette année le bled fut toujours chair par rapport au grand hiver qui en gelât une partie, et l’autre qu’on est beaucoup déprimés à voir à cause des orages ; il y eut peu de fruits qui causa les cidres très chers aussy bien que les vins.

En cette année je fis faire les pressoir, la petite chambre au vin près de l’Eglise avec un grenier dessus, une laiterie et un grenier attenants ensembles au bout du presbytère, je fis paver la cour.

Un nouveau seigneur ayant acheté la Seignerie de … et du Chesnes, et par conséquent de St Ouen, me fit saisir féodalement mon temporel, ma grange, pour me forcer de le reconnaître Seigneurs et luy rendre aveu, comme aîné et homme de foy du fief de St Ouen et du presbytère, ce que j’ay eu beaucoup de peine de faire. Mais m’ayant fait voir trois aveux consécutifs que mes prédécesseurs avaient eu la faiblesse de rendre, ce qui fit un titre contre moy, ou il fallut me rendre, ce qui m’a coûté cinquante livres. Ce qui me faisait plus de peine c’était de voir une chose aussy injuste, et aveux usurpés par force et violence de mes prédécesseurs par Mrs Dapremonts.

J’ay eu aussy un procès contre Mrs François de Beauvais prêtre Curé de Mauves pour les séparations de nos paroisses, et pour les dixmes, lequel j’ay perdu malgré les titres qui sont ici ; mes prédécesseurs les ayants laissé prescrire, ce qui me coûta près de deux cent livres. Cette année mes habitants eurent l’honnêteté pour moy de mettre mon père à la taille qui demeuroit chez moi mais ils ont eu la peine de la payer. Bouley Curé de St Ouen de la Cour

L'année 1741 à St Ouen de la Cour

Cette année 1741 nous avons eu une chère année où le blé a valu neuf et dix livres mesure de Bellesme.
Le parlement de Paris fit un arrêt où il obligea toutes personnes sans exception de payer un sol pour livre des deux tiers de leur revenus aux pauvres au receveur des deniers nommé par le sieur curé dans chaque paroisse du Royaume, lequel étoit muni d’un Rôle arrêté par le sieur curé rendu exécutoire sans aucune forme de procès.
On exécutoit et on rendoit en même temps pour délivrer les deniers aux pauvres ; il étoit aussy ordonné par ses mêmes arrêts à tous pauvres et mendiants de se retirer chacun dans leurs paroisses, sous peines afflictives, ce qui nous causa une multitude de pauvres pendant toute l’année. Cet arrêt n’avoit que rendu les pauvres plus orgueilleux et plus arrogants.

En cette même année je fis faire l’escalier à monter dans le grenier, n’y en ayant point, et il falloit aller par l’écurie avec une échelle pour entrer dans le grenier, où je fis faire celui qui est maintenant avec la dalle pour mettre les sceaux d’eau.
Je fis faire une soue ou toit a porcs dans le vergé au bout des commodités, qui est très propre pour engraisser un porc, et le séparer des autres. Je fis faire en même temps la porte du jardin pour entrer dans le vergé, afin de pouvoir faire venir des engrais dans le jardin, étant très incommode de passer le fumier par dans la cuisine, pour fumer le jardin. Je fis faire une petite voûte avec une arche à coté de la porte du jardin qui va dessous la soue, joindre les commodités afin de pouvoir les nettoyer, en y faisant aller l’eau du dagout du jardin.

En cette même année j’ay fait faire la Table de Communion, n’y en ayant point dans nôtre Eglise, elle a coûté toute placée et ferrée cinquante livres. J’ay fait faire deux chandeliers de fer pour mettre deux gros cierges en souche dans la cour de l’Eglise.
J’ay blanchi moi même nôtre Eglise avec tous les Saints qui y sont, en ayant très besoin. Il y avait une ceinture d’armoiries au-dedans qui en faisait l’enceinte jusque dans la sacristie, où les armes de Mr de Palmarou, ou plutôt celles de ses prédécesseurs seigneurs y étaient dessinées en grand blason. J’effacé tout, et je rendis mon Eglise blanche comme lait ce qui fit beaucoup murmurer le procureur fiscal du dit Palmaroux, me menaçant de me faire un nouveau procès, mes habitants luy reportant ce qu’ils croyaient luy faire plaisir et me déclarer tacitement la guerre. Mais tout cela n’eut aucun effet et on m’a laissé tranquille.

En cette année, malgré toute la vigilance d’un zélé pasteur, que j’ay toujours taché d’acquérir, en faisant mon devoir du mieux qu’il m’étoit possible traitant mes habitants comme mes vrais enfants, je n’ay pu vivre longtemps en paix avec eux, du moins avec quelqu’uns, qui ayant trouvé quelques chefs pour soutenir leur mauvaise volonté contre moy, trouvent un moyen injuste de me faire faire un procès pour les dixmes de vesse …….
Un nommé Jean Branchard fermier de la Terre de Villeneuve me refuse cette dixme qu’il avait accoutumé de me payer ci devant aussy bien que tous les autres depuis que je suis curé. Il excita les autres à le suivre mais il ne put engager qu’un propriétaire nommé Alexandre Tessier, qui le surpassa en refusant la dixme de vesse … et celle d’avoisne mêlée de pois et de lentilles mais voyant qu’il était mal fondé par conseil de Mr des Blandés, président à Bellesme, homme juste et de mérite, il quitta le parti et se condamna à me payer et les frais. Ce dit Branchard cogna un pauvre bordager qui ne laisseroit pas d’être de parti s’il avoit le moyen, nommé Pierre Fourmy, demeurant à La Haye, les grands amis de mon vicaire.
Enfin étant à la suite de Mr Le Perier Seigneur du Lavoir ? avocat de Bellesme propriétaire de la Terre de Villeneuve, soutient et prend partie contre moy, sans cependant le déclarer, mais promettant à mes paroissiens qu’ils ne leurs en coûterait rien, les oblige par ce moyen à me faire un procès pareil qui ira au parlement.
Voulant suivre tous les arrêts qui me sont favorables ce qui me coûtera beaucoup pour en remporter la victoire, mais j’espère que Dieu me rendra justice, si on ne me la rend pas sur la terre.

Depuis peu mes dits habitants m’ont encore fait un procès pour le prix de la paille ne voulant la payer que six francs la grosse et la menue trois livres, appuyés sur un arrêt de la cour rendu depuis douze à quinze ans qui fixe le prix de la paille pendant les deux mois de décembre et janvier, mais hors ce temps là nous pouvons la vendre ce que nous jugeons à propos.
Le dit procès fut terminé aussitôt que je paru à l’audience, après le prononcé de l’avocat adverse et le mien, je parlé moy même et déclaré me conformer en actes à l’arrêt de la cour et conformément à ce qu’il renferme, pour faire voir que je suis ennemi des procès, quoique les autres Curés vendissent leur paille à prix différent, et ce qu’ils vouloient, parce qu’ils n’étoient pas inquietés par aucun de leurs habitants.
Pour lors je l’ay vendue à trois prix différents cette année, scavoir neuf francs avant le mois de décembre et janvier de l’année prochaine ; au temps de ces deux mois, je l’ay vendue conformément à l’arrêt de la cour scavoir six livres la grosse et trois francs la menue, après ces mois passés je l’ay vendue douze francs la grosse, et neuf livres la menue, ce qui surprit fort mes habitants, tant tous fâchés de ce que ces trois autres m’avaient obligé par cet arrêt rendu contre Mr le curé du Mage diocèse de Chartres que son Seigneur nommé Mr Clément, fils de l’accoucheur de La Reine femme de Louis XIV d’heureuse mémoire, Conseiller du parlement de Paris, reçu en cette charge parce qu’il le plaisait à sa Majesté, lequel Clément fit rendre contre Mr Simon son curé en la dite paroisse du Mage susdit diocèse de Chartres cet arrêt en forme de règlement pour la province du Perche, par lequel Mrs les Curés sont tenus de vendre leur paille dans les mois de décembre et de janvier six livres la grosse, et trois livres la menue en consignant l’argent et payant dans ces deux mois et d’avance Mrs les curés, sans quoy ils leurs en promettent pendant qu’il y en aura dans les granges.

Cette année j’ay fait planter sur le temporel trois douzaines d’arbres, et ay eu un soin particulier, de pourvoir aux besoins de mes successeurs curés que je prie de se souvenir de moy dans le St Sacrifice de la Ste Messe, et me donner part dans toutes leurs prières.

Cette année Charles Albert Cajetan duc de Bavière en 1726 âgé maintenant de quarante cinq ans est couronné Roy de Bohême et des Romains élu empereur par la force des armes de nôtre très auguste et très catholique Louis XV roy de France et de Navarre en 1715 à trente deux ans maintenant ; il a passé de nos troupes pour soutenir le Duc de Bavière et le mettre sur le Trône de l’empire cent mil hommes sans ce qu’il en doit passer. L’Empereur Ottoman Le Turc a envoyé un ambassadeur au Roy de France cette année avec un des plus riches présent du monde, en foy de quoy j’ay signé, Bouley Curé de St Ouen de la Cour.

En outre j’ay fait bâtir la petite grange à deux portes avec l’étable à vaches dans la cour du presbytère n’y ayant rien qu’un mauvais bas coté qui ne pouvait servir pour quoy je fis faire une petite grange à mars où il y a deux portes, ayant pour lors dessein de faire une écurie, un sellier à coté, et de l’écurie en faire une grange, ce que je n’exécuté pas, parce qu’il auroit fallut ruiner le pignon de la grande grange et celuy de la cuisine je me contenté de laisser l’écurie là où elle est et laisser la petite grange comme elle est, au bout de laquelle je fis faire l’étable à vache et un petit grenier dessus pour limiter l’incendie. Ensuite je fis faire le pressoir c'est-à-dire la charpente
maçonnerie et couverture après quoy je fis faire une soue, ou toit à porcs auprès de la grande grange.
Le tout pour le bien de mes successeurs et les prie de se souvenir de moy dans les St Sacrifice de la Messe, et me donner part en leur prières, Bouley curé de St Ouen

L'année 1742 à St Ouen de la Cour

Cette année 1742, j’ay fait planter trois douzaines d’arbres sur le temporel, et en ay greffé et fait greffer environ trois douzaines. J’ay fait faire la cloison de ma chambre, les huisseries des portes et un beau buffet au milieu, qui est très commode pour y mettre ce qu’on a de besoin, la corniche de dessus la cloison, pour y mettre en parade, soit fruits, soit bouteilles, enfin ce qui peut servir d’agrément et de parade pour une chambre.

En cette même année la contagion fut en la paroisse de Bellavilliers, moururent presque touts les principaux habitants et elle se rependit dans beaucoup d’endroits, et presque dans tout le royaume, ce qui était causé par exhalaison de la terre. En cette paroisse il n’en mourut pas beaucoup.

Le bled cette année valloit avant la récolte quatre livres dix sols mesure de mauves. Les arbres avaient paru les plus beaux mais une sécheresse avec le froid et les chenilles firent périr presque touts les fruits de sorte que le cidre vaut jusqu'à soixante livres et d’avantage la pipe. Cette sécheresse cause une grande disette de fourrages et les bestiaux sont fort à plaindre.

En cette année les prêtres on été très rares, de sorte que dans plusieurs paroisses on a été obligé de se servir des Cordeliers et de Capucins pour desservir ces paroisses, ce qui ne durera pas ayant espérance que Mgr nôtre évêque Louis François de Néel très digne prélat y pourvoira.
Bouley Curé de St Ouen de la Cour

L'année 1743 à St Ouen de la Cour

La seigneurie de cette paroisse a été vendue à un gentilhomme de Moutiers nommé Mr de Boulié pour vingt quatre mil livres. C’est quatre mil livres au moins plus qu’elle ne vaut. C’est un fort honnête homme et dont on m’a dit tout le bien qu’on peut d’un St homme, et avec lequel un curé peut avoir tout l’agrément qu’il convient.
Il est cependant employé en la Compagnie des Indes et je n’en puis juger que quand je l’auray vu mais selon les apparences je n’ay pas perdu au change, et tel qu’il en … … toujours curé être heureux d’être délivré de Mr de Palmaroux son prédécesseur.

En cette année la guerre a continué pour soutenir le Duc de Bavière empereur sur le trône, il nous en a coûté plus de deux cent mil hommes ayant presque toutes les couronnes de l’Europe contre nous, scavoir la Prusse, l’Angleterre, la hollande, la Sardaigne, la Xarime tous les Pays Bas, mais malgré cela nous avons détruit tous les pays de la Hongrie, de la Bohème, de la Savoye et avons obligés nos ennemis à se mettre en état de demander la paix c’est ce que nous
attendons tous les jours.

Nous avons eu beaucoup de maladie en cette paroisse qui ont enlevé beaucoup de nos principaux habitants et qui ne duroient que six à sept jours tout au plus.

En cette année 1743 nous avons eu une double milice de six garçons, deux miliciens, ce qui a fatigué beaucoup les campagnes ; les Mrs Curés du Perche doyenné de Bellesme, et autres du doyenné de Mortagne ont remporté victoire manifeste sur Mr Lallemand de Lusignan intendant d’Alençon et luy ont donné le démenti de ce qu’il avait projeté de son chef et contre les ordres de sa majesté ; … le fait Mr l’intendant de son autorité puînée avoit insulté le tout vénérable et sacré corps du Clergé en allant contre les immunités et privilèges du clergé, faisant tirer au sort les domestiques de messieurs les curés ce que nous n’avons pu souffrir.
Ayant fait une assemblée de soixante ou quatre vingt curés qui avons dressé nos intentions à Mr l’intendant par requête présentée par quelqu’un d’entre nous député pour cet effet, et en même temps une …. à messieurs les agents du clergé de France pour informer la Cour de l’injustice qu’on voulait nous faire. Nous avons … ordre à l’intendant de rendre les domestiques de Mrs les curés qu’on avait fait tirer au sort et qui l’avaient eu, et défenses d’en faire user aucun voulant nous conserver dans tous nos droits privilèges et immunités à nous accordés par tous nos Roys de France.

Le bled est à bon marché cette année et on ne voit plus de pauvres pour ainsy dire. Il ne vaut que trois livres dix sols mesure de Bellesme, le metail cinquante cinq sols, la mouture trente sols, l’orge vingt cinq sols et l’avoisne vingt huit sols ; le cidre 30 (livres ?) la pipe.
Les chevaux sont très chers par rapport à la guerre, les autres bestiaux très chers, la marchandise de laine et de toile chères. L’été a été très beau, l’automne très seiche ; la façon des bleds très belle, ils sont levés à faire plaisir.

Le procès que mes habitants m’avaient fait pour les vesses sur … est demeuré sans jugement ; j’ay continué ma possession comme j’avois fait avant que d’être troublé et pour la paille je leur vends à différents prix conformément à l’ordonnance.

J’ay fait faire un réservoir à mettre du poisson dans les quains, et planté des aubiers sur le rebord qui font très bien. Il tient très bien l’eau et j’espère que le poisson y fera bien d’autant que les avalaisons et engrais du bourg sont dedans.

La mort nous a enlevé beaucoup de curés dans ce canton ce qui n’a pas fait de peines aux vicaires.

L'année 1744 à St Ouen de la Cour

En l’année 1744, la guerre est devenue des plus sanglantes, et continue de se faire paroitre pour durer longtemps, toutes les couronnes de l’Europe, sans parler des autres, sont tellement déclarés et animées les unes contre les autres qu’il semble qu’il y en aura plusieurs qui pourront être détrônées avant que la paix se fasse.

L’Empereur électeur (?) de Saxe n’est pas encore sur le trône, il est toujours retiré à Francfort jusqu'à nouvel ordre.
Le Roy très chrétien Louis XV roy de France et de Navarre s’étant que trop aperçu de la Trahison de nos généraux spécialement du maréchal de Mallebois, du Cardinal Fleury qui donnant des ordres contraires aux intentions de Sa majesté, ce cardinal étant mort de la dernière année.
Le maréchal de Mallebois arrêté pour justifier sa conduite, tout cela fait, le Duc de Guise passé par les oubliettes comme conspirant, le Roy a jugé à propos de se rendre cette année en poste à Valenciennes, en Flandre sur ses frontières, pour commander en chef son armée composée de cent cinquante mil hommes, contre le Roy d’Angleterre auquel il a déclaré la guerre par mer et par terre, aussy que contre la reine de Hongrie, la Hollande, la Prusse et la Savoye.
Le Roy a cinq cent mil hommes en campagne composant cinq armées, une en Flandre, une en Bohème, une sur mer, une en Italie et l’autre en Allemagne.
La France n’a jamais plus Fleury quelle fait aujourdhuy.
Le Roy commande en chef en Flandre et dans un mois et demi a pris la ville de Menin appartenant aux Anglais et hollandais, la ville d’Ypres avec les deux fortes pour y parvenir, et tant avec un courage invincible, montant luy même à l’assaut, et portant la première facime (?) comme un simple soldat, voyant tomber les bombes à ses pieds d’un air intrépide, dit à ses officiers : mes enfants aimés sont que des mouches.
Ayant toute la confiance dans le grand Dieu des armées, il ne craingt rien aussy ; n’a-t-il pas commencé par recevoir les sacrements, a écrit à tous les archevêques et évêques de son diocèse, pour faire faire des prières publiques pour la conservation de sa personne, pour la bénédiction de ses armées et le bien de ses sujets.
De plus en plus sa majesté avance ses armées vers ses ennemis, en Flandre a pris la ville de Fresnes avec le fort de la Quenoque ce qui assure la frontière de Flandre depuis la Hayes jusqu'à la mer ; en Italie ils eurent de remporter la plus grande des victoires contre le Roy de Sardaigne, en prenant tout le comté de Nice toute l’artillerie et plus de cent vingt pièces de canon, et près de dix mil hommes ennemis de tués et fait prisonniers de guerre.
Du trente un juillet mil sept cent quarante quatre contre le même Roy de Sardaigne, la Hongrie et Angleterre ses alliés, notre très auguste Louis XV roy de France et de Navarre a pris le château Dauphin avec les vallées du Piedmont et a pris toutes les troupes qui en faisaient la garde. Les françois sous la conduite de Don Philippe gendre du roy de France et avec le prince de Conty, font la terreur de l’Italie et de la Sardaigne.

L'année 1745 à St Ouen de la Cour

En l’année mil sept cent quarante cinq, l’apparence des bleds et mars fut très belle quoiqu’on ay été obligé de faire des mars en place de bled, à cause des grandes eaux qui ont cause qu’il en est demeuré à faire en plusieurs endroits. Et la pluie actuellement au mois de juillet de cette année 1745 qui dure depuis presque deux mois a causé de grandes inondations causées par les fréquents orages qui ont gâté tous les foins dans cette province et qui fait beaucoup de perte sur les grains qu’on craint ne pouvoir moissonner avec succès, à moins que Dieu qui est tout puissant ne nous accorde, par sa miséricorde un temps favorable pour la moisson, c’est ce que nous luy demandons dans nos fréquentes prières ; et si le seigneur nous afflige ainsy, c’est qu’il est courroucé contre son peuple qui ne mérite que trop ses châtiments.

Notre très bien aimé et invincible monarque Louis XV roy de France et de Navarre est parti au mois d’avril pour se rendre à son armée en Flandre pour y commander en personne, et Monseigneur le Dauphin qui a seize ans a épousé Dona Marie (Thérèse) infante d’Espagne.
A peine est-il marié qu’il quitte son épouse, abandonne la cour et malgré le Conseil veut suivre sa majesté son père pour partager avec luy ses victoires en Flandre contre les anglais, les hollandais, les hanovriens et les autrichiens. Ce grand prince digne d’un tel père se porte avec un courage intrépide contre les ennemis, à leur arrivée font le siège de Tournay, après un mois de siège, s’en rendent les maîtres, on voit fleurir le Lys de France au milieu de leurs ennemis. Le roy commande le centre de son armée, Monseigneur le Dauphin à la tête de son Régiment, en habit uniforme avec le maréchal de Saxe commandant la droite attaquent avec tant de vigueur l’armée des ennemis qui étoit de soixante et quinze mille hommes entre le Russeau de Rumigny (Ramegnie ?) et le haut Escaut, dont l’attaque commence vite. La ville d’Anvers avec les forts qui en dépendent Louvain, Malines, Lierre, Archot (Aarschot), Herentelas le fort Ste Marguerite se sont rendus à l’obéissance du roy sous la conduite du comte de Clermont sous les ordres du maréchal de Saxe.

En cette année, J’ay fait faire un réservoir dans les guains au bout de l’autre pour y mettre du poisson qui y fait bien, avec une salle verte entre deux garnie de gazon, de buis, et d’aubiers pour y prendre le plaisir de l’ombrage au saut du poisson, tant comme dans une île au milieu de canals, ou on peut se délasser de l’esprit par la perspective des différents objets qui se présente à la vue de tous cotés.
J’ay fait faire aussy un plant d’arbres fruitiers dans le dit pré plantés par avenues qui réjouissent la vue tant par les fleurs que par les fruits qui serviront aux besoins de mes successeurs que je prie de me donner part dans leurs Stes prières, et qui doivent , à moi pour L’éternité, comme je pense maintenant à eux pour leurs biens temporels, et leurs souhaitant, comme à moy les biens éternels à la fin de leurs jours, ne devant nous servir des biens terrestres que pour le nécessaire, et employer le surplus à la gloire de Dieu et au salut des âmes qui nous sont confiées.

En cette même année j’ay fait faire un confessionnal placé auprès des fonts baptismaux, ayant donné l’autre au sieur vicaire et placé vis-à-vis l’un et l’autre, qui coûte environ cinquante livres ; j’ay eu une lampe devant le St Sacrement qui coûte vingt et une livre toute placée, le tout aux dépens du trésor.
J’ay fait placer une tombe qui étoit dans le sanctuaire du coté du cimetière, sous le banc du Seigneur comme étant le lieu de leur sépulture, et par l’ordre de Mr de Néel de Christot Evêque de Sées, luy ayant fait ordonner tout ce qui était nécessaire à nôtre Eglise, dans le cours de ses visites ; j’ay fait raccommoder la clôture des fonds et diminuer pour y placer mon confessionnal.

En cette année il y a eu une maladie contagieuse sur tous les animaux à cornes qui les faisoit mourir en trois jours, et en 24 heures cela s’est répandu dans plusieurs provinces du Royaume dans la Bourgogne, dans l’ile de France, dans la Beauce, dans le Perche, dans le Maine, dans la Normandie et dans le Poitou, de sorte que cela a ruiné quantité de fermiers, beaucoup de particuliers, tout cela joint aux impôts de la guerre, le dixieme, dont gratuit, taxe sur toutes les charges, les milices continuelles font le peuple très accablé de misères, chagrin, tribulations, et encore de soulagé de ce que la victoire c’est très souvent pour nous, et que nos troupes sont toujours dans les pays ennemis.

Dans l’Alsace les troupes de la Reine de Hongrie ont fait des ravages jusqu'à piller les Eglises, violer les filles Religieuses, et ensuite les massacrer. Mais nôtre grand souverain Louis XV de Flandre se transporta en sa province d’Alsace avec un courage invincible et en poste avec sa maison pour joindre son armée qui étoit en Allemagne qui fit venir en Alsace. En peu de temps repoussa ses ennemis avec force et en fit périr une partie dans le Rhin, et l’autre mis en pièces, les peuples de cette province apprenant l’arrivée de leur Roy, malgré le pillage que les ennemis avoient sur eux qui étoient sous la conduite du prince Charles beau frère de la Reine de Hongrie, tous les grands et même les dames habillées en amazone furent tous au devant de sa majesté, et le recevoir avec grands applaudissements de joie et de consolation, le conduisirent à l’hôtel de ville avec toute la magnificence possible.

Mais après cette grande joie, survint une grande tristesse. Sa majesté tomba dangereusement malade, de sorte que la Reine, Mgr le Dauphin avec toutes les dames de France vinrent visiter le roy malade à Metz. Sa majesté leurs fit de grandes remontrances et donna des marques de la piété la plus grande, reçu les sacrements de l’Eglise avec toute la grandeur d’un souverain très chrétien, et d’un prince très catholique comme fils aîné de l’Eglise.
Enfin Dieu exauça les prières de ses sujets et accorda à la persévérance de leurs prières publiques, la santé de leur Roy. Ensuite ce fut des réjouissances surprenantes avec tous feus de joie dans toute l’étendue du Royaume au sujet de sa convalescence sa majesté qui fut conduite en triomphe à Paris où elle alla faire ses prières et acquitter ses vœux à Notre Dame, et à Ste Geneviève, à St Denis et à Versailles.

L'année 1746 à St Ouen de la Cour

Le 12 juillet 1746. La ville de Mons dans le pays Hénault qui restoit seule à la Reine de Hongrie, se rendit à l’obéissance de notre grand Roy Louis XV sous la conduite du grand prince de Conty avec la garnison qui … de guerre qui était forte de douze bataillons après avoir soutenu trente deux jours de siège.

Le ? aoust 1746. Les villes de Saint Ghislain et de Charles-Roy se rendirent sous l’obéissance de nôtre monarque dans vingt jours de siège, avec la garnison prisonnière de guerre sous la conduite du grand Conty, et la marquise de la Fare.

Le 4e 7bre 1746. La ville de Namur unique ressource qui resta à la Reine de Hongrie dans les Pays Bas entre la mer et la Meuse s’est rendue sous l’obéissance de nôtre Roy avec la garnison prisonnière de guerre au nombre de treize bataillons sous la conduite du Comte de Clermont et maréchal de Saxe.

Le 14e 7bre 1746. Le maréchal de Saxe uniquement conduit par des … sages et utiles à l’état a finit la campagne par une bataille donnée cejourd’huy dont il a remporté une victoire complète pour rendre la France maîtresse de tout ce qui pouvoit encore appartenir dans les Pays Bas à la Reine de Hongrie, passa la Meuse et alla attaquer les ennemis dans leur camp par différents endroits, après un contrat où les françois ont donné des marques les plus distinguées de leur valeur et courage, a séparé l’armée des ennemis qui étoit commandée par le maréchal et prince Charles de Loraine et le duc de Comberlant fils du Roy d’Angleterre. Les ennemis ont été repoussés vigoureusement une partie au delà de la Meuse, l’autre sous les murs et canons de Maastricht ; le champ de bataille abandonné des ennemis avec perte de la plus grande partie de leur artillerie et plusieurs drapeaux et étendards.

L'année 1747 à St Ouen de la Cour

Au mois de may 1747, on a fait des prières publiques pour demander à Dieu la prospérité des armes du Roy qui retournait en Flandre joindre son armée afin de continuer ses conquêtes, et engager et forcer ses ennemis de demander la paix si nécessaire à toute l’Europe.
Aussitôt que sa majesté eut joint son armée qui fut en peu de temps parce qu’il prit la poste pour s’y rendre, et pour revenir. Pendant que la Reine de Hongrie envahissoit les Etats de Gennes par des traités aussy injustes, qu’inouïs, et que sa majesté ménageoit les hollandais comme une nation amie de laquelle il protégeoit le commerce dans ses ports quoiqu’ils employassent toute leur force au soutient de nos ennemis, dans ces circonstances, sa majesté française connaissant la trahison de la Hollande qui correspondait avec les protestants et huguenots françois qui avoient, au nombre de vingt cinq mille, conspiré de se révolter pour causer une guerre civile, et la ruine de la France, par le canal et de concert avec le Roy d’Angleterre aussy prétendu réformé et impie que ses sujets fromager de Hollande.
Le très chrétien Roy de France dès le dix sept du mois d’avril fit marcher le Comte de Louvandal et le marquis de Contades lieutenants généraux de son armée sous les ordres du maréchal de Saxe vers la Flandre hollandaise ; le premier réduisit les villes de l’Ecluse et du sas de Gand, pendant que l’autre se rendoit maître des villes des Phillipimes, d’Hulst, et Daxel, avec plus de cinq mille hommes fait prisonniers de guerre, et tout ce qui est entre l’Escault et la mer fut soumis à l’obéissance de sa majesté.
En vain les ennemis essayèrent de traverser les entreprises du Roy par un simulé siège d’Anvers. Sa majesté conduisit son armée près de Louvain et successivement jusqu’aux sources du Demers où ayant attiré ses ennemis, remporta sur eux la plus signalée victoire. Le combat s’engagea par la gauche composée des troupes angloises, hanouriens, hessois, et hollandais, et autrichiens au village de Haufelts (Hoeselt ?). Les françois dominèrent avec tant de courage qu’ils forcèrent les ennemis d’abandonner le champ de bataille et de se retirer en désordre sur le Ruisseau de l’Onaquen ?, et sous le canon de Maastricht avec perte de leur canon, plusieurs timbales et étendards.

En cette année 1747, j’ay fait faire une chaire pour Annoncer la parole de Dieu en mon Eglise par l’ordre de Mgr l’Evêque de Sées Louis François de Christot. Elle coûte cinquante livres toute placée, faite par Ramond menuisier de Courcerault .
J’ay aussy fait faire les petits autels de la nef de pierre de tailles des débris de la clôture entre la nef et le coïn de nôtre (église) paroissiale de St Ouen de la Cour, aux frais du trésor, indépendamment des habitants et propriétaires de la dite paroisse qui s’y opposèrent par un mauvais esprit et par caprice conduits en cette opération par les Sr Perier avocat à Bellesme qui en demeura comme les autres la dupe, et qui ne cessent par un mauvais vouloir de me persécuter, et de vouloir matière dans l’esprit d’irréligion et d’indépendance, ce qui m’a donné beaucoup de croix et de souffrance que j’ay soutenues avec toute la patience qui m’a été possible me posant toujours devant les yeux ce passage de l’écriture sainte :

« qui pie volunt vivere in christo persecutionem patientur”
(ceux qui veulent vivre pieusement dans le Christ souffriront persécution)

Sources

Registres paroissiaux, cote EDPT86-11
1738, vue 22
1739, vue 27
1740, vue 31
1741, vues 36 à 38
1742, vues 38 et 39
1743, vues 39 et 40
1744, vue 40
1745, vues 41, 58 et 59
1746, vues 59 et 60


Source : Registres Paroissiaux

Saisie : Nathalie CHANTELOUP

Dernière modification : 7 Décembre 2010

 

Contact Histoire | Plan du site