Le joueur de violon dans les bois de Pezé le Robert
Anciennement, pour prendre les loups, on creusait dans les bois de grandes fosses que l’on recouvrait ensuite d’une claie tournante sur laquelle on mettait de la viande au milieu des feuilles sèches pour cacher le piège.
Si cet expédient n’était pas général, du moins il était en usage dans le bois de Pezé.
Une de ces fosses se trouvait non loin du chemin de Montreuil à Pezé.
Un joueur de violon de Pezé qui revenait de Montreuil à une heure avancée de la nuit et par un temps de neige, s’étant écarté de sa route, tomba dans cette fosse où un loup se trouvait déjà prisonnier.
Notre homme, pour divertir son compagnon d’infortune se mit à jouer du violon.Le loup, charmé des accords de son instrument, se met lui-même à hurler de toutes ses forces, sans doute pour faire la contrebasse.
Les autres loups du bois, entendant cette nouvelle musique, accourent à perte d’haleine pour porter secours à leur confrère qu’ils croient être dans la détresse. Arrivés sur le bord de la fosse, ils se rangent tout autour et se mettent à hurler à qui mieux mieux.
Notre joueur de violon n’entendant plus les sons de son instrument, cessa de faire partie de l’orchestre.
Le voilà libre de tout travail mais pas de tout souci.
Pendant ce temps là il aperçoit un gros loup dont la longue queue pendait sur la fosse. Il la saisit et l’entortille à son poignet.
Le loup se sentant tiré par le manche fait un effort pour se sauver mais force à lui ou d’abandonner sa queue, ou d’entraîner avec lui le joueur de violon.
Mais saisi de frayeur et exténué par l’effort qu’il vient de faire le loup se trouve subitement pris d’un dérangement de corps, en sorte qu’il aveugle de la tête aux pieds notre joueur de violon.
Il n’importe, le voilà tiré de la fosse, et sans plus songer à son compagnon de captivité, son premier soin est de trouver un ruisseau pour se débarbouiller.
Extrait des chroniques de Pezé le Robert écrites par l’abbé Vallée en 1848
Saisie : Annick BRAS
Dernière modification : 17 Novembre 2025