30/01/1774 - Catastrophe fluviale un jour de dimanche
« Le trente janvier 1774, jour de dimanche, la
grande messe ayant cessé de sonner et une grande
partie des habitans de l’autre côté de la rivière
ne l’ayant pas encore passée, se pressèrent
d’entrer dans la barque dans la crainte de
manquer le commencement de la messe, et
malgré les représentations du nautonnier
Ils y entrèrent au nombre d’environ quatre
vingt, et un cheval. C’était alors au
niveau de l’isle qui se trouve au milieu de la
rivière et par conséquent très rapide, le
batteau fut emporté par le courant sur la
pointe de l’isle et alla frapper contre un saule
qui s’y trouvait. Le coup fit porter les
passagers sur le devant du batteau qui se
trouvant trop chargé dans cette partie, fût dans
l’instant submergé avec tous ceus qui le montaient.
La plus grande partie se sauva comme elle pût
sur l’isle, mais il y en eût vingt sept qui
périrent dans ce naufrage. Parmi ceus-ci se
Trouvaient cinq femmes ensaintes. Le bruit de
cet accident s’étant répendu dans l’église, dans
l’instant elle fût déserte et tout le monde se porta
sur le bord de l’eau. C’était le spectacle le plus
affreus qu’on pût voir. Des malheureus qui
luttaient contre la mort en se débattant sur les flots,
d’autres échapés du danger, tous dégoutans, les
cheveus épars, ayant perdu leurs chapeaus ou
leurs coëffes, glacés de froid et la paleur de la
mort sur la figure. Chacun des spectateurs craignant d’avoir à
regretter un parent, un ami, s’informait de son père, de sa
mère, de son épous, de son enfant et se lamentait
s’il ne le trouvait pour être sure qu’il n’était point
du nombre des infortunés qui périssaient. Quelque
diligence qu’on fit de venir à leur secours, on ne pût
parvenir à en sauver un plus grand nombre. Un
malheureus qui s’était accroché à une branche criait
à ceus qui l’environnaient de le prendre par ses
habits, croyant les sauver avec lui. Il s’y en attachas un si grand nombre que leur
poids et la rapidité de l’eau firent éclater la branche et ce malheureus périt ainsi avec
ceus qu’il voulait sauver. Une fille fût plus heureuse, elle saisit la queue du
cheval qui la mena à bon port sur les prés. Elle en fût quitte pour quelques
coups de pied qu’elle reçut du cheval en nageant. On vit dans cette circonstance un
singulier effet de la crainte du danger et de sa joye d’en être échappé. Une autre fille
eût le bonheur de pouvoir grimper sur le saule qui avait causé le malheur commun.
Elle en eût une si grande joye qu’elle la fit éclater par des cris immodérés quoiqu’elle
eût dans les yeus un si triste spectacle ….(fin de la ligne effacée). »
Source : registre paroisse St Pierre / 30 janvier 1774 vue 102
Saisie : Chantal ARCHAMBAULT
Dernière modification : 16 Juin 2015