Incendie à Prasville ( E 304/003)
« L'an mil sept cens soixante-neuf, le dimanche trente avril,
le feu a pris sur les dix heures et demy du matin, à la
maison du nommé Pierre Mathurin CHARAMON, la seconde
du côté de Mondonville. Le vent du nord qui souffloit
alors assez fort poussa les flames avec tant de rapidité
que tous les secours furent inutiles. En moins d'une
heures, tout Praville, d'un bout à l'autre étoit en feu, plus
de cent maisons furent consummées dans les flames, une
grande quantité de grains de toutes espèces et la plus part
des effets. Par le procès verbal dressé par Mrs les
officiers de l'élection de Chartres, accompagnés d'experts,
la perte a été estimé à la somme de cent quatre-vingt douze
mille cinq cens trente-quatre livres. L'église, le corps de
logis du château, les maisons, seulement des deux fermes (...)
ont été conservée, leurs écuries, granges, remises, bergeries
etc, tout avoit péri par le feu. La ferme de l'Hôtel Dieu
de Janville, les maisons de Jean VACHER maçon, de Gilles
FOREST tailleur de pierre, des enfans DURANDS, de Jean
Baptiste POULAIN maçon, de Pierre BARAILLON vigneron,
de Claude DECOURTY et d'Alexis POULLAIN, quoique
couverte en chaume, ont été conservées parcequ'elles étoient
à l'abry du vent. Ces maisons ne sont que de très petits
objets. Le presbitaire a aussy été brûlé, la grange,
l'écurye, le toit à vaches et toute la bassecour absolumment
détruite, tout le haut de la maison brûlé jusques à
cinq à six pieds de l'église en sorte que de tout le comble,
Il n'est resté que cinq à six chevrons entiers. Dans le
procès-verbal de Mrs les officiers de l'élection, le domage
a été estimé la somme de douze cens cinquante livres.
Le sieur curé a tout fait réparer à ses frais sans en
rien demander aux habitans.
Jamais peut-être dans la vie on a vu d'incendie plus
terrible que celui qui nous a réduit à la plus grande
misère. Tout notre malheureux village n'étoit qu'un
vaste océan de feu, semblables et plus affreuses que
les flots de la mer dans sa plus grande fureur.
Les flames, en se joignant d'une rue à l'autre se levoient
par tourbillons et formoient le plus affreux, le plus
horribles des spectaccles. Toutte communication d'une
rue à l'autre étoit otée, toutes les issues fermées,
plus de secours à attendre de ses voisins.
Les chevaux, les vaches, les brebis, les femmes, les
les viellards, les malades, les enfans épars et pêle mêle
au milieu des chârettes, des meubles, des effets arrachés à
la voracité des flames. Tous les malheureux habitans,
le c?ur serré de douleur et poussant des cris lamentables
à la vue de leurs maisons en feu, présentoient l'image
de la plus grande désolation. La nuit, en étendant ses
sombres voiles, augmentoit encore l'horreur de leur situation.
Plus de maison, plus de retraite. Il ni a point à en demander
à son voisin, tous partagent le même sort. Ils sont éga-
-lement malheureux. Les feux qui étincellent pendant la
nuit et qui de tems en tems se lèvent encore dans les airs,
la sombre lueur qu'ils répandent dans les pleines voisines,
renouvellent à chaque instant leur crainte, leur douleur.
Le jour, en dissipant les ténèbres, semblent venir que
Pour éclairer nos malheurs. Praville est anéanti, il
n'est plus. De quelque côté qu'on tourne les yeux, on en
voit, on en découvre que les ruines. Des cheminées
isolées, des morceaux de mur noircis de fumée ou
encore enflamés, les foiers, les planchers en charbon, en
cendre, encor en feu. Quelques habitans pâles, défigurés,
le visage couvert de fumée et à peine reconnoissables
osent disputer aux flames quelques morceau de solives
embrasées, les autres plus timides et succombant
sous le poids de la fatigue et du malheur osent à
peine lever les yeux. Il n'ont pas même la force de
se plaindre. Tous les jours ils reviennent pleurer sur
leurs foiers en cendres. La nuit les en chasse comme le
jour éloigne les bêtes féroces.
Tel est le désastre affreux que nous venons d'éprouver.
Spectacle d'horreur dont mes yeux ont été témoins. Les
suites eussent encore été plus à craindre peut-être que
le malheur même sans les soins et la bonté paternelle
de Monseigneur notre évêque, mes pauvres paroissiens
se trouvoient la pluspart sans bled, sans pain, sans
linge, sans habits. La charité sans borne de ce
digne, de ce respectable prélat m'a mis en état de
suppléer à leurs besoins les plus pressans. Avec les secours
qu'il m'a envoié au moment même où ma lettre lui
a annoncé nos malheurs, je me suis vu en état de
secourir les pauvres, de courir au-devant de leurs
besoins les plus urgents. C'est le premier moment de
consolation que j'ay éprouvé dans nos malheurs. Le
Seigneur qui nous humilie, qui nous châtie dans
les jours de sa colère ou plustot de sa justice
nous relèvera, je l'espère, dans ceux de sa miséricorde.
Que sa Volonté Suprême s'accomplisse et que
son Saint Nom soit béni. »
Saisie : Chantal ARCHAMBAULT
Dernière modification : 22 Septembre 2019