Alençon : Château des Ducs
La partie la plus ancienne a été détruite en 1781. Au XIXe siècle, il servait de prison.
C'est une tour du XIVe siècle, qu'on appelle la tour couronnée, dont la base imposante s'élève à environ 20 mètres de hauteur, jusqu'à une galerie d'immenses créneaux à mâchicoulis, du centre de laquelle part une autre tour moins large que termine un toit conique ; puis un grand pavillon, précédé d'une porte flanquée de deux énormes tours également couronnées de créneaux, spécimen très bien conservé de l'architecture militaire du XVe siècle.
Cette porte, dont la Briante remplit les profonds fossés, fut commencée par Jean II, et était à peine achevée à la fin du XVe siècle.
Une sombre légende, conservée par une complainte dont il existe plusieurs variantes, se rattache à la tour couronnée. Elle servait, dit-on, de demeure aux gouverneurs du château. L'un de ses plus anciens châtelains, au retour d'une absence prolongée, trouva un chevalier qui se vanta d'avoir triomphé de la fidélité de sa jeune épouse, et lui montra, pour preuve de son succès, l'anneau nuptial et les bijoux que la femme coupable avait reçus de son mari comme premiers gages d'amour.
Le châtelain irrité monta à la chambre conjugale, saisit par les pieds l'enfant que la châtelaine venait de mettre au monde et lui fracassa la tête contre la muraille. Quant à la mère, il la fit attacher à la queue d'un cheval fougueux, qu'on lança au galop à travers la campagne.
La malheureuse fut ainsi emportée, laissant un lambeau de sa chair à chacun des buissons, à chacun des cailloux. Quand le coursier s'arrêta haletant et épuisé, Marie Anson respirait encore.
Le châtelain, revêtu de l'habit d'un prêtre, s'approcha d'elle pour recueillir sa confession, pour obtenir un aveu qui pût justifier cette horrible vengeance. Marie Anson put lui montrer son anneau nuptial et les bijoux qu'elle tenait de lui ; le félon chevalier les avait fait habilement contrefaire et s'en était servi pour accuser une femme trop vertueuse au gré de ses désirs criminels.
L'épouse pardonna sa mort à son mari, mais non celle de son enfant qui n'avait pas reçu le baptême.
Depuis ce temps le spectre de Marie Anson, vêtu d'un blanc suaire, tenant entre ses bras un enfant tout sanglant, revient chaque nuit dans la tour, pousse un cri lamentable et disparaît.
Source : Guide-itinéraires de Paris au Mans par Auguste Moutié (1856)
Saisie : Christiane BIDAULT
Dernière modification : 20 Mars 2012