La ville d’Alençon (Alencium, Alencio, Alencionium) ne paraît pas être d’une origine antique ; du moins rien ne fait présumer de son existence à l’époque celtique ou gallo-romaine.
Sous le règne de Charlemagne, elle était le chef-lieu d’une centénie, canton composé de cent lieux ou paroisses, que ce prince fit comprendre dans les possessions de l’évêque du Mans. Elle était située sur les confins méridionaux de cette belle province de Normandie, que le faible Charles le Simple abandonna si facilement au farouche Rollon, par le traité de Saint-Clair-sur-Epte. Depuis ce temps elle paraît avoir été exclusivement possédée par les ducs de Normandie, jusqu’à ce que, vers le commencement du XIe siècle, Richard II donna son château et ses dépendances à Guillaume Ier, seigneur de Bellême et comte du Perche, pour l’encourager dans la guerre qu’il poursuivait avec acharnement contre Herbert Eveille-Chien, comte du Maine, pour lequel de duc avait une haine invétérée.
Guillaume Ier
Guillaume était fils d’Yves de Bellesme, auquel il succéda, en 997, dans la seigneurie de ce nom et dans le pays de Sonnois, situé dans la partie septentrionale du Maine. Il était le neveu de Sigenfroi et frère d’Avesgend, qui se succédèrent immédiatement dans l’évêché du Mans.
Guillaume avait déjà rendu d’éminents services à Hugues Capet contre Charles de Lorraine, son compétiteur à la couronne de France, et n’avait pas été moins utile au roi Robert. On croit qu’il tenait aussi de la libéralité de Richard II le pays de Domfront, dont il fit bâtir le château vers l’an 1025. En 1027, il accompagna le duc Richard III au siège de Falaise, dont son frère Robert venait de s’emparer. Celui-ci étant parvenu, l’année suivante, au duché de Normandie, fit sommer le vieux Guillaume de venir lui rendre hommage pour le château d’Alençon. Sur son refus, le duc vint mettre le siège devant cette place. Le vieillard, près de s’y voir forcé, sorti pieds nus, la corde au cou et une selle de cheval sur le dos demander merci à son suzerain :
« Son dos offrit à chevauchier ;
Ne se puet plus humilier »
Dit le roman du Rou.
Le duc se laissa fléchir, mais le fier vassal ne put oublier cette cruelle humiliation et chercha à s’en venger ; il se souleva de nouveau, et, sous la conduite de deux de ses fils, Foulque et Robert, envoya des troupes ravager le Maine et la Normandie. Une rencontre sanglante eut lieu près de Blavon, dans laquelle Foulque périt, et Robert, grièvement blessé, fut fait prisonnier. En apprenant ce désastre, Guillaume mourut de chagrin, en 1028.
Guillaume II - Talvas
Robert, son fils aîné, lui succéda dans les seigneuries de Bellesme et d’Alençon, qu’il laissa en 1033, à Guillaume II, son frère, auquel sa cruelle férocité, ou plutôt la forme du bouclier qu’il portait habituellement, fit donner le surnom de Talvas. On raconte de lui que, passant par Falaise et ayant rencontré le jeune Guillaume, fils naturel du duc Robert, il dit en l’envisageant : « Hélas ! je prévois que toi et tes descendants porterez de rudes atteintes à mes fiefs et à ma puissance. » Cette prédiction ne se réalisa que trop.
Cependant, son premier soin fut de chercher à venger la mort de son frère Robert, qu’Hébert Eveille-Chien, après l’avoir vaincu, avait fait enfermer dans le château de Ballon, où il eut la tête fendue d’un coup de hache. A l’aide de Guillaume Giroye, seigneur d’Echauffour, l’un des plus vaillants chevalier de son temps, il eut bientôt reconquis le Perche et le Sonnois, que le comte du Mans lui avait enlevés.
Voici comment il récompensa ses loyaux services. Déjà il avait fait étrangler se femme, Hildeburge, fille d’un noble chevalier, parce qu’elle lui reprochait ouvertement ses cruautés. Peu de temps après, à ses secondes noces avec Hadeburge, fille de Raoul, vicomte de Beaumont, il invita fort courtoisement ce même Giroye, qui, malgré les vives représentations de ses amis, s’y rendit sans défiance. Pendant le repas, il le fit saisir, lui fit crever les yeux, lui fit subir la plus horrible mutilation, et le fit jeter en cet état dans l’une des tours du château d’Alençon, qui fut démolie en 1781, et porta jusqu’à cette époque le nom de Tour de Giroye.
Les amis du chevalier ne voulurent pas laisser impunie une si cruelle barbarie ; ils se jetèrent sur les domaines de Talvas, qu’ils ravagèrent. Ses sujets mêmes, indignés d’autres atrocités plus nouvelles, se révoltèrent contre lui, ayant à leur tête son propre fils, Arnoul, qu’il avait eu de son premier mariage, et le chassèrent de toutes ses possessions en 1048. Talvas se réfugia chez Roger de Montgommery, auquel il avait marié sa fille Mabille, et y passa le reste de ses jours. Arnoul ne survécut pas longtemps à l’expulsion de son père, car la même année on le trouva étranglé dans son lit.
Yves
Il eut pour successeur Yves, son oncle, évêque de Séez et fils de Guillaume Ier. Vers l’an 1054, Geoffroy Martel , comte d’Anjou, s’étant rendu maître d’Alençon, le duc de Normandie, Guillaume le Bâtard, vint lui-même pour reprendre la ville. Il y avait déjà quelques engagements, quand les Angevins qui défendaient la place, voyant le duc tout près des murailles, se mirent à lui crier sur le ton le plus ironique : A la pal, à la pal ! faisant allusion au métier de pelletier qu’exerçait son grand-père, dont le duc Robert avait séduit le fille. Le Bâtard, irrité de cet outrage, jura pour la resplendeur de Dieu, son serment habituel, qu’il s’en vengerait ; et il tint parole. Il fit couper les pieds et les poings à une trentaine de prisonniers qu’il venait de faire et les fit jeter par-dessus les remparts, menaçant de faire subir un pareil sort à toute la garnison, si elle ne se rendait incontinent. Les Angevins effrayés ouvrirent aussitôt les portes d’Alençon, que Guillaume rendit au prélat.
Yves mourut en 1070 : ses terres de Bellesme et d’Alençon revinrent de droit à sa nièce Mabille, femme de Roger de Montgommery, dont nous venons de parler.
Mabille
Mabille était une femme méchante, artificieuse, cruelle, et la digne fille de son père. Elle se défit par le poison de plusieurs nobles chevaliers qu’elle haïssait. Hugues de la Roche d’Igré, dont elle avait enlevé le château, la tua dans son lit, au château de Bures, dans les premiers jours de décembre 1082.
Roger de Montgommery, son mari, ne se distingua, au contraire, que par de belles actions. Cousin par sa mère de Guillaume le Conquérant, ce prince lui confia la garde de la duchesse Mathilde, pendant qu’il était à la conquête de l’Angleterre. Pour le récompenser de sa fidélité, le nouveau roi lui donna le comté de Shrewsbury, où Roger fit bâtir le château de Montgommery, qui devint le chef-lieu du comté de ce nom.
Robert II
Mais revenons à Alençon. Après la mort de Mabille, il échut à son fils, Robert II, dit de Bellesme, qui fut aussi comte de Ponthieu. Sous ce seigneur turbulent, tantôt l’ami, tantôt l’ennemi des rois d’Angleterre et des ducs de Normandie, tantôt ligué contre eux avec le roi de France, la ville d’Alençon tomba plusieurs fois entre les mains de Guillaume le Conquérant ou de ses successeurs.
Etienne
L’an 1118, le roi d’Angleterre en avait de nouveau disposé en faveur de Thibault, comte de Blois. Celui-ci, avec l’agrément du souverain, avait transporté ce don à son frère, Etienne, comte de Mortain.
La conduite tyrannique de ce jeune prince souleva les Alençonnois, qui, de concert avec Arnoul, frère de Robert, appelèrent secrètement à leur secours Foulque le jeune, comte d’Anjou, en lui promettant de le mettre en possession de leur ville. Le comte accourut, entra dans Alençon, dont il trouva les portes ouvertes, et dès le lendemain commença le siège du château. A cette nouvelle, le roi d’Angleterre se prépara à secourir la place et y envoya le comte de Blois avec son frère Etienne. Foulque se défendit vigoureusement et fit plusieurs sorties par lesquelles il repoussa les deux comtes. Ayant repris le siège de la citadelle, Foulque l’obligea à se rendre en coupant l’aqueduc qui lui donnait de l’eau. Cette conquête fut suivie d’un traité de paix, par lequel Foulque s’engagea à remettre le comté d’Alençon au roi d’Angleterre, en faveur de Guillaume, fils de Robert, qui était alors son prisonnier, ce qui fut pleinement exécuté
Jean Ier
Ce même Guillaume, troisième du nom, surnommé Talvas, comme l’un de ses ancêtres, eut pour successeur, en 1171, son fils, Jean Ier, qui, selon quelques historiens, fut le premier seigneur qui prit le titre de comte d’Alençon. Il mourut en 1191, laissant son comté à son fils Jean II, qui ne lui survécut que deux mois et demi ; son frère, Robert III, fut son héritier.
Robert III
Il fut du nombre des seigneurs qui, en 1203, excitèrent et aidèrent Philippe Auguste à venger la mort d’Arthus, duc de Bretagne, égorgé par le roi Jean, son oncle. Ce dernier étant venu l’assiéger dans Alençon, Robert demanda du secours au roi de France, dont les forces étaient alors tellement dispersées qu’il ne put lui en donner immédiatement ; mais il imagina d’aller à Moret, en Gâtinais, où toute la noblesse de France était rassemblée pour un grand tournoi, demanda du secours à ces braves champions, et leur assigna les plaines d’Alençon comme le lieu du rendez-vous, et le champ le plus favorable où ils pussent déployer leur bravoure. Cet appel fut entendu. Tous les chevaliers, animés par l’honneur, se dévouèrent à punir le lâche meurtrier. Instruit de leur approche, Jean prit la fuite si précipitamment qu’il abandonna à l’ennemi ses tentes, ses machines et tous ces bagages.
Robert III mourut le 8 septembre 1217, laissant enceinte sa seconde femme, Emme, héritière de la maison de Laval, qu’elle porta dans celle de Montmorency par son mariage avec le connétable Mathieu.
Né après la mort de son père, le jeune Robert IV ne vécut que deux ans à peine, et mourut vers la fin de l’année 1219. En lui finit la série si tristement célèbre, des premiers seigneurs et comtes d’Alençon de la maison de Bellesme et de Montgommery.
Philippe Auguste, ayant conquis la Normandie, réunit au domaine le comté d’Alençon, par cession d’Aimery, vicomte de Chatellerault, et de sa femme Alix, fille issue du premier mariage de Robert III, sœur consanguine et héritière du jeune Robert IV. Dès lors, ce comté ne cessa plus d’appartenir à la couronne ou de faire partie de l’apanage des princes du sang royal de France.
Sous ces princes nouveaux, l’histoire d’Alençon devient moins sinistre et moins sombre. La ville eut sans doute à souffrir encore des malheurs des guerres et des troubles civils, mais au moins elle put, pendant de longs intervalles, accroître son importance et vivre dans une douce sécurité qui jusqu’alors lui avait été inconnue.
Pierre
Au mois de mars 1269, Saint Louis donna les comtés d’Alençon et du Perche en apanage et en pairie, avec droit d’échiquier ou de cour souveraine, à Pierre, son cinquième fils. L’année suivante, le nouveau comte suivit son père au voyage d’outre-mer, et deux ans plus tard, par son mariage avec Jeanne de Châtillon, il devint aussi comte de Blois, de Chartres, de Dunois, seigneur de Guise et d’Avesnes. Il mourut en 1284, à Salerne, sans laisser d’enfants vivants, et des deux comtés firent retour à la couronne.
Charles I, II et III
Philippe le Bel les donna au même titre, an 1293, à Charles de Valois, son frère, lequel, après sa mort arrivée à Nogent-le-Roi, les transmit héréditairement à Charles II, son second fils, frère du roi Philippe de Valois, qui, malgré cette transmission héréditaire, lui en fit une nouvelle donation.
Ce prince fut tué le 26 août 1346, à la bataille de Crécy, qu’il avait témérairement engagée et où il commandait l’avant-garde de l’armée française.
Il eut pour successeur Charles III, l’un des fils nés de son second mariage avec Marie d’Espagne. Celui-ci s’étant fait dominicain en 1361, et étant devenu archevêque de Lyon, sa succession fut partagée entre Pierre et Robert, ses frères. Le comté d’Alençon échut à Pierre II, auquel ses exploits firent mériter le surnom de « le Noble ».
Pierre II, le noble
En 1367, la seigneurie de Domfront fut réunie, en sa faveur, au comté d’Alençon. Dans la suite il hérita du comté du Perche, après la mort de son frère Robert, et mourut en 1404, au château d’Argentan, dont il avait acheté la seigneurie en 1362. Il avait épousé Marie de Chamaillard, fille du vicomte de Beaumont, dont il eut une nombreuse lignée.
Jean Ier dit le Sage
Jean Ier, dit le sage, son fils aîné, lui succéda en 1404. Nous ne voyons guère dans la vie turbulente de ce prince, sans cesse en lutte contre le parti du roi de France et dévoué au roi d’Angleterre, ce qui put lui mériter un surnom si flatteur. Quoi qu’il en soit, le roi Charles VI, qui fut surnommé l’insensé, avec lequel il s’était enfin réconcilié, érigea, en 1414, le comté d’Alençon en duché-pairie, pour terminer le différend que Jean avait avec le duc de Bourbon, qui prétendait, en sa qualité de duc, avoir la préséance sur lui, quoique plus éloigné de la branche royale.
Ce furent ces deux princes qui, l’an 1415, firent perdre la funeste bataille d’Azincourt, en l’engageant contre l’avis des autres chefs, tandis que le roi d’Angleterre cherchait à l’éviter et offrait même des conditions fort avantageuses. Le duc Jean y périt, après avoir tué de sa main le duc d’York et abattu d’un coup d’épée la couronne que le roi d’Angleterre portait sur son casque.
Jean II, le Beau
Jean II , surnommé le Beau, fils du précédent, né en 1409 au château d’Argentan, fut élevé sous la tutelle de Marie de Bretagne, sa mère, et fit ses premières armes à la bataille de Verneuil (1424), où il fut fait prisonnier par les Anglais. Pendant sa captivité, qui dura trois ans, il refusa avec dédain de prêter serment de fidélité au roi d’Angleterre, et le duc de Bedfort, en prenant le titre du duc d’Alençon, toucha tous les revenus de ce duché. Jean acheta sa liberté pour 300 000 écus d’or, pour le payement duquel il fut obligé de mettre en vente ses plus beaux domaines.
Ce prince brillant et chevaleresque assista au premier entretien que Jeanne d’Arc eut avec Charles VII. La Pucelle, qui l’appelait le bon duc, le suivit avec l’armée française, qu’il commandait après la disgrâce du Connétable de Richemont, fit avec lui les sièges de Jargeau et de Baugency, et ils battirent ensemble les Anglais, le 18 juin 1429, à la bataille de Patay, où Talbot fut fait prisonnier par Xantrailles.
Ce fut seulement en 1449 que le duc recouvra la ville d’Alençon par la bonne volonté des principaux habitants, qui lui ouvrirent l’une des portes pendant la nuit.
En 1450, il se rendit au siège de Caen, où il se signala par sa valeur ; il n’y eut, d’ailleurs, presque aucune expédition en Normandie et dans les pays voisins, pour en chasser les Anglais, à laquelle il ne prît une part active. Tour à tour dans la faveur ou dans la disgrâce de Charles VII, le duc d’Alençon, après tant de services rendus à l’état, crut devoir demander quelques dédommagements à son ingrat souverain, dont il n’obtint que des promesses qui ne furent jamais exécutées.
C’est alors qu’il eut avec les Anglais des intelligences qui furent découvertes par le roi. La cour des pairs le condamna à mort pour crime de haute trahison. Cette peine fut commuée en prison perpétuelle, dont il fut délivré par Louis XI, à son avènement, en reconnaissance des services qu’il en avait reçus lorsqu’il n’était que dauphin. Son amitié avait, en effet, grandement contribué à éveiller les soupçons de Charles VII contre le duc.
Jean reconnut mal cette grâce ; il se joignit aux princes mécontents, et fut l’un des chefs de la Ligue du Bien Public. Il reprit ses intelligences avec les Anglais, fit un traité avec le duc de Bourgogne, fabriqua de la fausse monnaie, commit des meurtres et toutes sortes de mauvaises actions, indignes de son rang et de ses nobles antécédents.
Louis XI le fit arrêter le 8 mai 1472 ; le duc fut jugé et condamné une seconde fois à mort. Le roi lui fit de nouveau grâce de la vie, le fit enfermer au château de Loches, où il avait été la première fois, et le fit transférer à la tour du Louvre, d’où il sortit en 1476.
Jean II mourut peu de temps après, laissant de son mariage avec Marie, fille de Jean d’Armagnac, un fils nommé René, auquel la clémence de Louis XI restitua la succession de son père.
René
René portait déjà les titres de comte du Perche et de vicomte de Beaumont. Ce prince menait une vie dissolue, sur laquelle ses serviteurs enchérissaient encore. Ce fut peut-être la cause qui suscita contre lui tant d’ennemis, qui, jaloux des grâces et des faveurs dont le roi l’avait comblé, cherchèrent à lui nuire dans l’esprit de cet ombrageux souverain.
Ils ne réussirent que trop : soupçonné, à tort ou à raison, d’intrigues contre le roi, il fut arrêté en 1481, traîné de prison en prison jusqu’à Chinon, où on l’enferma dans une cage de fer d’un pas et demi de longueur. C’était là qu’on lui donnait à manger au bout d’une fourche à travers les barreaux, sans l’en tirer que tous les huit jours pour donner de l’air à la cage et la nettoyer.
Après douze semaines de cette abrutissante captivité, il fut transféré à Vincennes, pour y être jugé par une commission que le roi avait nommé à cet effet. Ce fut néanmoins le parlement qui prononça la sentence, le 22 mars 1482, et le condamna, par politique, à implorer la clémence du roi et à recevoir garnison royale dans ses châteaux. Charles VIII, parvenu au trône, reconnu, à certains égards, l’innocence du duc, et l’admit parmi les princes du sang à son sacre, où il représenta le duc de Normandie.
En 1487, pour lui donner des marques plus éclatantes de sa faveur, le roi le rétablit dans tous ces droits. Depuis ce temps, René mena une vie paisible. Il mourut en 1492, et son fils Charles IV seulement âgé de trois ans, lui succéda dans le duché d’Alençon.
Charles IV
Charles hérita encore, en 1497, des comtés d’Armagnac et de Rouergue. Sous le règne de Louis XII, il fit partie de plusieurs expéditions en Italie.
Après avoir été fiancé, dès sa tendre jeunesse, à la fille du duc de Bourbon, la plus riche héritière de l’Europe, qui devint la femme du Connétable de Bourbon ; il épousa Marguerite de Valois, sœur de François Ier.
Ce prince, à son avènement, conféra à son beau-frère le titre du premier prince du sang, lui délivra tous les biens de la maison d’Armagnac, et plus tard lui donna le duché de Berry.
Charles, qui en plusieurs occasions avait fait preuve d’une grande valeur, qui s’était distingué à la bataille de Marignan, qui avait commandé l’avant-garde de l’armée royale dans les Pays-Bas, au préjudice du connétable de Bourbon, se démentit honteusement à la funeste journée de Pavie, où il commandait l’aile gauche de l’armée française. Voyant le défaite de l’aile droite, le désordre du corps de bataille et le roi prisonnier, la tête lui tourna, il ne songea plus qu’à sa sûreté personnelle, et, sans écouter son lieutenant, qui cherchait à le retenir, il courut à bride abattue jusqu’en France.
Il mourut de regret à Lyon, le 11 avril 1525, sans laisser de postérité. La duchesse Marguerite courut en Espagne, pour négocier de la délivrance de son frère avec l’empereur Charles-Quint. A son retour, en 1526, veuve d’un prince pour lequel elle n’avait que du mépris, elle se remaria, dès le mois de janvier, avec le roi de Navarre Henri II, aïeul de notre Henri IV, et, malgré ses nouveaux liens, elle resta usufruitière François Ier, ce frère qu’elle aimait si tendrement et qui ne l’appelait jamais que sa Mignonne et la Marguerite des Marguerites.
Depuis l’époque de son mariages (1509) jusqu’à sa mort, Marguerite résida presque constamment dans sa ville d’Alençon. Elle avait réuni à sa cour beaucoup d’hommes de lettres, et leur nombre augmenta lors des persécutions dirigées contre les partisans de Luther. Alençon devint l’asile des savants persécutés : à leur tête, il faut placer l’illustre Charles de Saint-Marthe, échappé aux flammes de l’inquisition à Grenoble. Guillaume de Rouillé, Thomas Cormier, Nicolas de Danguye, évêque de Sées, Clément Marot, Bonaventure Desperriers, Sylvius de la Haye, Antoine le Maçon, traducteur de Boccace, faisaient avec lui les délices et l’ornement de cette cour, de cette académie, présidée par une belle, spirituelle et savante princesse, que ses contemporains ont appelé la dixième muse.
La reine de Navarre étant morte, le 2 décembre 1549, au château d’Odos en Bigorre, le duché d’Alençon, malgré les contestations des héritiers collatéraux du duc Charles IV, fit retour à la couronne. Après la mort de François II, Charles IX céda ce duché, avec le comté du Perche, à la reine Catherine de Médicis , sa mère, soit par assignat de dot et de douaire, soit par pur bienfait. Celle-ci en jouit jusqu’en 1566, et les remit au roi, qui donna Alençon à François, son plus jeune frère, alors âgé de douze ans. On sait comment ce prince ambitieux, mal fait de corps et d’esprit, ruina ses propres affaires ou troubla celles du royaume par son inconstance, ses indiscrétions et ses perfidies.
Catherine de Médis
Dès le commencement du règne de Charles IX, les protestants se portèrent aux plus violents excès dans la ville d’Alençon ; ils pillèrent les églises de Notre-Dame, de Saint-Blaise et du couvent de l’Ave Maria. Les catholiques furent obligés de s’armer contre ces forcenés pour protéger leur vie, incessamment menacée. On vi t l’un d’eux, chef de la corporation des bouchers, réunir ses compagnons, les faire armer de leurs assommoirs, de leurs coutelas, et suivis de leurs chiens, ils escortèrent ainsi la procession le jour de la fête-Dieu.
Depuis ce temps, et en commémoration de cet évènement, les bouchers d’Alençon, ainsi armés et escortés, firent tous les ans une procession solennelle qui ne cessa qu’en 1789.
Cependant les protestants du Mans vinrent au secours de leur coreligionnaires, s’emparèrent de la ville et pillèrent de nouveau les églises. L’ordre se rétablit enfin dans la cité, où il paraît que les catholiques et les protestants se partagèrent, par égales portions, les fonctions municipales.
Catherine de Médicis n’avait jamais pu pardonner à Montgommery, l’un des seigneurs du pays, le meurtre involontaire d’Henri II, son mari ; aussi elle le poursuivait avec une haine aveugle. Celui-ci, fervent protestant et soldat intrépide, propageant la foi nouvelle dans toute la contrée, était devenu la terreur des catholiques. Il s’empara d’Alençon, qu’il fut bientôt obligé de quitter, pour aller rejoindre l’armée du prince de Condé à la Rochelle.
A l’époque de la Saint-Barthélémy, les catholiques se préparaient à prendre une revanche éclatante ; mais ils furent maintenus dans la modération par Matignon, gouverneur de la basse Normandie. Il sauva ainsi les protestants, très nombreux dans le pays. Ceux –ci, deux ans après, s’emparèrent une seconde fois d’Alençon.
François
En 1519, quand le duc François parvint à s’échapper de la cour, où son frère Henri III le retenait presque prisonnier, il se réfugia dans sa ville ducale d’Alenço , où le roi de Navarre, depuis Henri IV, ne tarda pas à venir le rejoindre, pour mettre à exécution les plans qu’il avait combiné avec lui. Ce fut à Alençon qu’Henri fit sa rentrée dans l’église protestante, et renia publiquement le catholicisme qu’on lui avait fait embrasser, le poignard sous la gorge, le jour de la Saint-Barthélémy.
François étant mort à Château-Thierry, le 10 juillet 1584, sans laisser de postérité, le duché d’Alençon fut de nouveau réuni à la couronne. Pendant la Ligue, il devint le théâtre de la guerre ; la ville était restée fidèle à Henri III, mais elle fut prise et rançonnée par le duc de Mayenne.
Henri IV , Gaston duc d’Orléans
Sous le règne de Henri IV, le maréchal de Biron l’assiégea à la tête de l’armée royale ; son artillerie y fit un dégât considérable, et les ligueurs furent contraints à capituler. Comme le roi avait besoin d’argent, il se fit payer par la ville 17 000 écus qu’elle devait au duc de Mayenne, sur le prix de sa capitulation. Plus tard Henri IV engagea au duc de Wurtemberg la ville et le duché, qui ne furent rachetés que sous la régence de Marie de Médicis.
Compris par la suite dans l’apanage de Gaston, duc d’Orléans, frère de Louis XIII, le duché d’Alençon passa, en 1660, à Isabelle, sa seconde fille, mariée plus tard à Joseph de Lorraine, duc de Guise. C’était la sœur de la duchesse de Montpensier, la grande demoiselle.
Isabelle
Mme de Guise a été bien diversement appréciée. Suivant les uns, à l’époque de la révocation de l’édit de Nantes, elle commença la persécution contre les protestants de son Duché, alla jusqu’à faire exhumer leurs restes et les fit jeter à la voirie, pour réunir leur cimetière à ses jardins d’Alençon. Suivant d’autres, la ville n’oubliera jamais les exemples de vertus que cette noble princesse lui donna, ni les abondantes aumônes que son intarissable charité lui fit verser dans le sein des indigents.
Elle mourut en mai 1696.Le duché fut alors donné à Charles de France, fils du Dauphin, qui mourut en 1714 ; et il fit en dernier lieu partie de l’apanage de Monsieur, frère de Louis XVI, depuis Louis XVIII.
La révolution
Pendant la Révolution , Alençon subit plutôt qu’il ne provoqua l’agitation générale qui suivit l’explosion de 1789.
Selon l’expression d’un écrivain du pays, cette révolution, si fatale au dernier duc, n’a point occasionné dans la ville autant de malheurs que dans beaucoup d’autres endroits.
Pendant qu’on immolait à Caen M. de Belzunce, on a conservé à Alençon M. de Caraman. Un seul capucin a été victime.
Après le 31 mai, cette ville sembla d’abord se prononcer pour le parti girondin, auquel elle avait donné Vélazé, l’un de ses plus énergiques représentants. Mais elle se soumit bientôt à l’autorité de la Convention.
La même année, après la défaite des Vendéens au Mans, un grand nombre de ces malheureux soldats furent pris et conduits à Alençon, où on les fusilla.
Plus tard, les environs furent ravagés et ensanglantés par les chouans, qui, sous la conduite de Georges Cadoudal et de M. de Frotté, leur dernier chef, faisaient d’énergiques mais vains efforts pour soutenir une cause désespérée. L’arrestation et la fin malheureuse de M. de Frotté mirent un terme à ces désordres, et, depuis ce temps, Alençon n’a pas cessé de jouir de la plus grande tranquillité et du calme le plus profond.
Alençon en 1856
La ville est située sur l'extrême limite de son département, dans une plaine vaste et fertile, entourée de forêts, au confluent de la Sarthe et de la Briante, qui, avant de se réunir, l'enveloppent presque entière dans leurs contours.
La ville est flanquée de cinq faubourgs qui s'étagent sur les diverses routes qui la traversent, ou sont séparés d'elle par l'une ou l'autre de ces deux rivières.
Ses rues principales, ses rues les plus nouvellement percées, sont généralement larges et bien bâties. Les anciens quartiers, plus irrégulièrement percés, n'offrent point, pour ainsi dire, de ces ruelles tortueuses, aux maisons de bois surplombant les unes sur les autres, si fréquentes dans les villes de Normandie : l'ensemble général en est triste, froid et silencieux.
Source : Guide-itinéraires de Paris au Mans par Auguste Moutié (1856)
Source : Guide touristique
Saisie : Christiane BIDAULT
Dernière modification : 20 Mars 2012