Histoire des communes

Gréez-sur-Roc : Chapelle Notre-Dame

Voir aussi :

Source : Dictionnaire topographique, hist. de la Sarthe

 

La Chapelle Notre-Dame de Gréez - Son histoire, ses dépendances.

Au milieu des débris informes et des murs arasés qui permettent à peine de retrouver aujourd’hui dans le Bas-Bourg de Gréez quelques traces de l’ancien monastère, la Chapelle de Notre-Dame, seule, demeure reconnaissable. Ses fortes assises en granit poli sont restées en place : on peut encore mesurer diverses parties de l’édifice, et dans la façade s’ouvre une porte surmontée d’un arc en accolade de la fin du XV ème siècle.

A quelle époque fut reconstruite, sur l’emplacement de l’oratoire primitif de saint-Almire, cette Chapelle de Notre-Dame ? Il est difficile de le préciser.

Aux termes d’une description de 1725, “ elle aurait été bastie à deux fois ”. L’ancien bâtiment, ajoute ce mémoire, “ voûté de deux voûtes et la pierre de taille n’y a pas été épargné. Le nouveau bâtiment qui forme la nef a été édifié à moindre frais ”.
De ces détails, on peut conclure qu’au commencement du XVIII ème siècle, le modeste édifice présentait deux parties de dates et de styles différents : le coeur et le pinacle de l’époque romane sans doute, et une nef très vraisemblablement de la fin du XV ème siècle, comme l’indique l’ornementation de la porte d’entrée.

Une sentence prononcée le 18 septembre 1737 par la sénéchaussée du Maine et une déclaration rendue le 2 septembre 1740 au seigneur de Vibraye confirment, du reste, l’antiquité de ces origines, en nous disant “ que la dite chapelle remonte à un temps fort éloigné et que depuis une très ancienne répartition, ses revenus sont solidement établis ”.

Le monastère de Saint-Almire, la Chapelle Notre-Dame.

Située, au point de vue féodal, dans la mouvance du fief de la Motte qui relevait des Seigneurs de Vibraye, la Chapelle Notre-Dame appartenait, par suite de diverses transactions, moitié au curé et moitié à la fabrique de Gréez. Elle possédait un droit de dîme que le curé et la fabrique se partageaient et « quelque peu de terre en fonds » , sur lesquels avaient été construits de petits bâtiments. Il y avait autrefois, reprend le Mémoire de 1725, de plus amples bâtiments dépendant de la chapelle, qui ont été ruinés par le laps du temps ou délaissés comme inutiles. La preuve de ce fait résulte entre autre d’un titre de 1606, conservé au trésor de l’église.

« Il y a en outre une petite maison attenante à la chapelle et tenue de temps immémorial par les vicaires ou le curé quand il loge le vicaire en son presbytère ». Cette maison, telle qu’elle existe encore, a été bâtie en 1626. On lit, en effet, au-dessus de la porte Nord l’inscription suivante :

M :IA :IODON :PBRE
CVRE :MA :fait :Fre
Avec :la :Fabrice
A :commvns : frais
V : Trepetin
:Tibault : P
OCUREVRS
1626

La chapelle Notre-Dame de Gréez, comme on le voit, ne constituait pas un bénéfice spécial : ses revenus se confondaient avec ceux de la fabrique et elle était desservie par le clergé paroissial.

Au XVIIème siècle, l’usage était d’y célébrer la première messe les fêtes et dimanches, « bien qu’il n’y eut aucune fondation pour cela » Tous les offices matin et soir, les fêtes de la sainte Vierge, l’une des messes des Rogations, et d’y venir en procession le lundi de Pâques, le jour de la Fête-Dieu, le jour de la fête de « saint-Almer » et même tous les dimanches, après les vêpres, de Pâques à la Toussaint.

Malgré le nombre et la régularité de ces offices, qui suffiraient à prouver de quelle vénération la chapelle de Notre-Dame demeurait entourée, son entretien avait été peu à peu négligé. Dans les premières années du XVIIème siècle, « elle n’était pas mieux ornée ni meublée que l’église paroissiale et aussi dénuée de tout » .

En 1724, la paroisse de Gréez ayant eu la bonne fortune de tomber entre les mains d’un prêtre intelligent et zélé, M. Julien Bigot, le nouveau curé entreprit de remettre en ordre son église et la chapelle de Notre-Dame. Il eut, de plus, l’excellente idée de consigner toutes ses améliorations dans un registre commencé en 1725, « pour instruire ses successeurs et servir de mémoires des affaires principales » , registre actuellement conservé aux Archives de la Sarthe.

Au moment de l’arrivée de M. Julien Bigot, l’antique chapelle de Notre-Dame était donc bien pauvre et bien dénudée : elle n’offrait d’intéressants, en dépit de leur état de dégradation, que le retable d’autel et le groupe du Trespas de la Vierge avec ses figures peintes et dorées, que nous sommes heureux de signaler pour la première fois et qui font tout naturellement songer au curieux retable de Saint-Jean- des-Echelles, œuvre remarquable de la Renaissance.

En quelques années, grâce à l’activité et aux efforts de M. Julien Bigot, l’aspect de l’humble sanctuaire se modifie du tout au tout. Après les transformations matérielles, le pieux curé s’occupe ensuite de réorganiser le service du culte dans la chapelle Notre-Dame et de le réglementer sur de nouvelles bases.

Quelques-uns des anciens usages lui paraissent offrir des inconvénients. La célébration des offices au Bas-Bourg les jours de fêtes, par exemple, fait déserter l’église paroissiale, « de sorte que les habitants ne pensent plus à y rentrer, excepté ceux qui veulent, par un autre abus, recevoir la sainte communion hors la messe ». De même, les processions de chaque dimanche à la chapelle Notre-Dame lui semble faire perdre trop de temps.

Toutefois, M. Julien Bigot n’entend pas détourner entièrement ses paroissiens de la chapelle Notre-Dame, et encore moins leur faire oublier les souvenirs qu’elle rappelle. Il propose donc d’y célébrer chaque année à l’intention des fondateurs ou bienfaiteurs, six grandes messes, savoir le jour de l’octave de la Chandeleur et le mardi des Rogations, le 2 juillet, fête de la Visitation, les 22 août, 15 septembre et 21 novembre, octaves de l’ Assomption et de la Nativité et fête de la Présentation.

En 1784, l’église paroissiale ayant besoin de réparations, on songea à transférer provisoirement l’exercice du culte à la chapelle Notre-Dame. Une assemblée de fabrique du 6 juin décida, à cette occasion, d’y faire quelques travaux, de manière à ce que le service divin puisse y être célébré décemment. Lorsque la révolution éclata, la chapelle Notre-Dame de Gréez demeurait donc entretenue avec assez de soins pour affronter longtemps encore l’injure des siècles, et elle restait un lieu de pèlerinage toujours fréquenté des habitants de la paroisse. La tourmente révolutionnaire, hélas ne pouvait l’épargner et devait bientôt joindre ses débris aux ruines accumulées sur la vielle terre de France. Après avoir servi aux assemblées et aux élections de la garde nationale, l’antique chapelle fut livrée à des mains mercenaires qui la démolirent en grande partie. L’autel fut renversé, les lambris arrachés, les fenêtres défoncées, les murs eux-mêmes disparurent en plus d’un endroit. Seule, la porte du XV.ème siècle a été conservée. Nous avons pu encore mesurer les anciennes fondations de l’édifice, elle compte 22 mètres de longueur sur 7 mètres de largeur.

Depuis la révolution, de nouvelles humiliations ont été imposées à ces tristes ruines, transformées en un vulgaire entrepôt. Le sol et le paysage nous restent, du moins, avec leur aspect primitif que les siècles et les révolutions n’ont pu modifier. Ce sont bien les mêmes collines qu’Almire a gravies pour travailler, prier et enseigner ; les mêmes sentiers qu’il a suivis, le même torrent qui s’échappe du fond de la même gorge pour caresser les touffes d’aulnes et de nénuphars . Les rives, comme au temps de « Saint-Almer », demeurent muettes et recueillies, à peine troublées par quelques cris d’oiseaux ou quelques hennissements. Le Bas-Bourg lui-même aurait gardé une religieuse mélancolie si la civilisation moderne n’était venue y élever un semblant d’abris d’où s’échappent les voix perçantes des lavandières dont les palettes, activées par de robustes bras, s’abattent à qui mieux mieux sur la toile ruisselante.

Enfin, si nous avons le regret de ne pouvoir espérer qu’un jour la chapelle de Notre-Dame renaisse de ses ruines, nous avons la joie de posséder dans l’église paroissiale l’ancien oratoire Saint-Pierre, fondé par Saint-Almire et devenu peu à peu l’église de « Monsieur Saint-Almer de Gréez », dont il nous reste à retracer brièvement l’histoire.

La Chapelle tomba en désuétude. Aujourd’hui elle est la propriété d’un particulier.

Sources : extraits du livre de l’abbé Vavasseur et fondation Jean Jousse


Saisie : René Raymond Jean PIGEARD

Dernière modification : 12 Septembre 2011