Histoire des communes

Commune

Liste des lieux-dits

Ceton : Le Rippe

La châtellerie de Rippé n'avait pas de domaine et fut, comme beaucoup d'autres, réunie à la Motte. Le Seigneur le mieux connu, c'est Isaac Regnard, qui était archer du grand Prévôt du Mans et qui dut mourir pendant les guerres de religion d'une mort tragique car les quelques lignes qui restaient de son épitaphe, sur le second pilier du sud, au bas de la nef de l'église de Ceton, semblent l'indiquer.

Il est regrettable que les ouvriers en faisant les réparations de l'église se soient permis d'en faire disparaître une partie. La peinture à fresque qui s'est mieux conservée représente Saint Nicolas et, à côté, le sacrifice d'Abraham, et au-dessous on lit :

EPITAPHE SUR LA MORT D'ISAAC REGNARD SIRE DE RlPPE

« Passant qui que tu sois, qui verras de…………
Cy dessoulz est le corps, et au ciel est………..
De cet Isaac Regnard, dont la mort déloyale
Voulut faire trophée à sa barque fatalle
Ce corps comme Isaac était assubjety
A un devoir crestien et tenait le parti
de l'Eglise de Dieu, catholique et romaine
Ferme en ce bon advis, quoique la mort prochaîne
Et le couteau tout nud l'eussent fort menacé
De suivre Jésus-Christ il ne s'est pas lassé
Puis pour exterminer le voleur qui sacage
La…………………… il se range
Du grand Prévost du Mans il était son archer
C……………………. patient à dénicher
Il p…………… cette fausse canaille
Et fit si bien debvoir que non plus que la paille
……………….Jusqu’à tant que
devant…………faisant rancher sa tête
l’eussent…………………………

Il y avait un autre Sire de Rippé, non l'époux de la veuve Pineau mère de Mathurin Pineau, qui était aussi un des subalternes du grand prévôt du Mans. Mais, il n'était pas comme Isaac Regnard assubjety à un devoir crestien et ne tenait pas comme lui, le party de Dieu et de son église catholique et romaine.

C'était Charles de Breil, qui s'était jeté avec d'autres gentilshommes dans les rangs des réformés manceaux, dont plusieurs étaient peu avides de réformes morales, mais qui embrassaient la nouvelle doctrine par esprit d'indépendance. C'était souvent dans la maison de Charles de Breil que se réunissait le consistoire qui s'arrogea le droit d'exercer une inquisition morale dans les familles, en s'enquérant comme chacun se porte en son ménage afin de réparer le scandale. Le Sire de Rippé ne fut pas un modèle pour ses coreligionnaires, qui avaient la prétention d'imposer à l'église, non pas seulement dans ses moeurs mais dans ses croyances, une réforme accomplie sans autorité et en dehors d'elle. Le Sire de Rippé avait besoin de commencer la réforme par lui-même, car la discorde régnait dans son propre intérieur et la dame de Rippé, qui avait à se plaindre de lui, le dénonça au consistoire, qui a décidé le 2 février 1551 que les scandaleux époux seraient appelés à comparaître devant, le 9 du même mois, chez Maître Taron, advocat du Roi. Ils se rendirent à cet appel et furent ouys sur la séparation et divorce dernièrement advenus entre eux sur quoi leur a été fait une remontrance qui fut vaine, car le Sire de Rippé ne se réconcilia point avec sa compagne.

On fit comparaître Mathurin Pineau, fils de Madame de Rippé, qui a déposé en son âme et conscience. L'obstiné mari, au lieu de revenir à de meilleurs sentiments, se compromit bien autrement lorsque la guerre civile eut éclaté. On avait vu partir de sa maison, le jour de la prise de la ville, quelques douzaines de javelines, de pertuisanes, de hallebardes et autres bâtons ferrés, portés par ses serviteurs.

Archives du tribunal du Mans
"Il fut cité à comparaître devant le tribunal du Mans avec les huguenots qui avaient détenu cette ville et château du Mans par force d'armes et aultre, le vouloir, l'intention du Roy et des catholiques et qui avaient brûlé et saccagé les temples des églises de cette ville et pays du Maine, brûlé les reliquaires et les maisons des particuliers.

Le 21 novembre 1562, le tribunal portait l'arrêt suivant contre le Sire de Rippé et de ses complices : les susdits feront amende honorable en chemise, teste et pieds nus, ayant chacun une torche ardente à la main du poids de deux livres et ils seront traînés sur une claie au milieu du marché public de la cour pour être décapités et leurs têtes coupées seront mises pareillement sur le haut des lances aux cinq portes de l'entrée de cette dite ville et y avoir un écriteau déclaratif du nom des têtes".

Source : Monographie de l'Abbé Isidore Voiturier, curé de Ceton (1872-1885)


Source : Monographies

Saisie : Mireille ROUSSEAU

Dernière modification : 11 Novembre 2010

 

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