Cette ferme/ manoir du Perche située à proximité de Rémalard sur la commune de Bellou sur Huisnes, un peu au sud de Mortagne, était la propriété de familles nobles. Elle dépendait de la Seigneurie de Villeray à Condeau, village voisin. C'était une des principales terres de la châtellerie de Bellême, l'ancienne capitale du Perche, nous dit Eric Yvard, un historien de la région dans l'étude qu'il a consacré à ce manoir en 2019 & particulièrement aux différents propriétaires. Celle-ci avait été réalisée pour Marie-Christine Salin, la propriétaire actuelle. C'est elle qui a bien voulu m'en confier un exemplaire. Je vais tenter de compléter cette étude en m'intéressant aux différents fermiers qui l'ont occupé, à leur origine et aux liens entre ces familles
Ière partie les différents fermiers
Méhéry signifiait au Moyen-Âge la maison d'Henri. Les plus anciennes traces datent du XIIème siècle et les propriétaires successifs en hériteront jusqu'après la Révolution.
En parallèle, les terres ou métairies étaient louées à différents fermiers qui les exploitaient en versant donc un fermage (loyer) aux propriétaires. Ils disposaient de leurs propres outils contrairement aux métayers qui dans d'autres régions utilisaient ceux des propriétaires ainsi que les semences & partageaient ensuite le bénéfice des récoltes mais ce type d'exploitation n'était pas pratiqué dans le Perche. On parle aussi parfois de bordage ou de bordager :
Voici ce que nous dit Wikipedia à propos de ces termes de bordage ou de métayer et métairie.
C'est un fait très caractéristique que, ni dans les listes électorales de 1790, ni dans les rôles des tailles, ni dans les registres d'état-civil antérieur à la Révolution, on ne trouve le terme de « cultivateur ». On trouve, par contre, toujours une division tripartie en laboureurs (ou fermier), bordagers (ou, dans le sud-ouest, closiers), journaliers.
En réalité, dès l'Ancien Régime, le terme de « métairie » désignait dans l'Ouest une exploitation importante, menée par un laboureur pourvu d'un notable capital d'exploitation, et notamment d'un ou plusieurs attelages par opposition au « bordage », de beaucoup plus petite dimension, exploité par un bordager, sensiblement plus démuni de cheptel vif ou mort.
Souvent, les « laboureurs » allaient au cours de leur vie « de ferme en ferme » souvent pour s'agrandir, à l'occasion de mariage ou décès. L'analyse des registres paroissiaux ou d'état civil et des recensements quinquennaux sera donc très précieuse pour retrouver l'historique.
Les premiers fermiers
1) Charles Lavye au début du 18ème siècle
C'est le plus ancien fermier que j'ai pu découvrir. Né le 18 juin 1704 à Verrières, 5 kms au sud de Bellou, & décédé le 17 janvier 1751 à l'âge de 45 ans dans la ferme de Méhéry. Il avait épousé Marguerite Pinagot qui occupa encore la ferme après sa mort jusqu'en 1756. Ils auront au moins 2 enfants : Françoise et Charlotte. Marguerite Pinagot décédera le 2 janvier 1768 à Bellou sur Huines mais dans la ferme des Bertinières et non à Méhéry.
2) Joachim Pelletier en 1756
M.Yvard cite dans son étude l'entrée de Joachim Pelletier en 1756, 5 ans après le décès de Charles Lavye. Les 5 & 9 mars 1756 à cette occasion, il est procédé à une visite avec état des lieux en présence du notaire M° Desnoyers de Nocé, à la requête de Marie Louise Bordel de Viantais, marquise de Dollon, la propriétaire de l'époque. Son château situé à Bellou a disparu en 1927 dans un incendie. Il n'en reste que quelques fondations.
Joachim Pelletier est dit alors marchand laboureur, ce qui veut dire qu'il avait bien ses propres outils pour cultiver & qu'en plus il devait procéder à l'élevage d'animaux qu'il revendait -souvent des b?ufs et des chevaux dans cette région célèbre pour ces percherons, chevaux de trait ou de labour.
La fermière sortante, Marguerite Pinagot, veuve Lavie, est assistée de ses filles Françoise & Charlotte, représentées par leur époux respectif, Michel Hivert, laboureur à St Jouin de Blavou & René Aguiret, marchand laboureur à Courgeout. Chacune des parties, propriétaire & fermier, se fera assister aussi par son propre expert pour procéder à l'état des lieux. Ceux-ci, aux dires de tous et noté par le notaire semblent en état très moyen voire un peu délabré ; « La place en terre a besoin d'être refaite avec quatre mauvais volets... ». Les experts s'attachent spécialement à l'état des portes et de leurs gonds souvent cassés ou manquants. Après avoir passés en revue les différents bâtiments, ils décrivent aussi la quantité de récoltes engrangées ainsi que les pièces de terres attenantes à la propriété. Ceci est bien sûr très intéressant pour se rendre compte aujourd'hui de l'importance des lieux : 30hectares de terres labourables et neuf hectares de prés & pâtures à la révolution de 1789.
Mais qui était Joachim Pelletier ?
Ce nom tout de suite résonne dans ma mémoire car il fait partie de mes ancêtres maternels. On sait et on le reverra en détails plus loin, que Honoré Viandier, mon arrière arrière grand père avait épousé Octavie Pelletier. Joachim Pelletier, descendant de cette longue lignée des Pelletiers, famille très connue dans cette partie du Perche, était né le 7 mai 1719 à Condeau, comme ses 8 frères et s?urs, sa dernière soeur Françoise étant elle née à Rémalard. Il avait épousé à Brunelles le 30 octobre 1745 Marie Françoise Charlotte Sortais. Ils furent d'abord laboureurs à Dorceau lors de la naissance de Joachim, lui aussi, leur premier fils puis donc arrivèrent à Bellou sur Huines en mars 1756. Marie-Françoise était enceinte de Sébastien René qui naquit à l'automne. C'était son 4ème enfant ...6 autres allaient suivre avant qu'elle ne décède le 6 avril 1760 à Méhéry en donnant naissance au 10ème & dernier qui lui non plus ne survivra pas. Joachim restera à Méhéry et ne se remariera pas. Il y était toujours lors du décès de son fils Sébastien-René en 1775.
Trois filles iront jusqu'à leur mariage puisque l'on retrouve la présence de leurs époux respectifs au décès de Joachim le 5 août 1786 au Breuil de Corbon, lieu de la nouvelle ferme qu'il exploita de 1776/1780 à sa mort le 5 août 1786 à l'âge de 67 ans. Nous verrons dans une autre partie les liens de Joachim Pelletier avec les autres Pelletier de la région.
3) 1779 Julien Le Jeune
Après le départ de Joachim Pelletier pour une raison inconnue, sans doute pour occuper une ferme plus importante ou mieux proportionnée, c'est Julien Le Jeune qui lui succéda. Nous ne connaissons pas la date exacte de son arrivée mais on sait que lors du recensement de 1799 il est présent à Méhéry alors que Joachim n'y figure pas, il est déjà parti au Breuil. Le 11 juin 1779 c'est la naissance d'Anne-Elisabeth Le Jeune à Méhéry et c'est cette année là qu'il a dû arriver puisqu'en février 1778 il est encore à Moutiers pour la naissance de sa fille Angélique : Mais qui sont ils, ces Le Jeune? Une longue histoire qui va nous montrer combien ces familles étaient liées puisque après les Pelletier nous approcherons cette fois les Viandier, mes ancêtres aussi.
Julien Le Jeune était né le 19 février 1749 à St Victor de Buthon en Eure & Loir, à la limite de l'Orne. Fils de Julien Lejeune, bordager & Marie Jeanne Sagot. Marie Jeanne après le décès de ce Julien...-ils s'appelaient tous Julien au fil des générations comme c'était la coutume à l'époque (le fils reprenait le prénom de son père),- Marie Jeanne donc, épousera en seconde noce, un certain Antoine Viandier que nous retrouverons plus loin : c'est un de mes ancêtres directs ! Son fils Julien, « notre Julien » de Méhéry, prendra deux des enfants d'Antoine, son « beau père » donc, pour parrain de sa nombreuse progéniture : André & Jean -Louis Viandier.
Notre Julien épousera, lui, Marie Elisabeth Bresdin à Dorceau à 5 kms environ à l'ouest de Méhéry. C'était le 14 avril 1771. Ils habitaient alors tous les deux à Dorceau, même si elle était native de Rémalard. Le couple ira s'installer au départ à Moutiers-au-Perche un peu au Nord de Dorceau. C'est là que vont naître leurs 4 premiers enfants, dont Marie Jeanne l'ainée que nous allons retrouver. Après ils iront donc, sans doute en mars 1778 ou 1779, -les baux semblant se renouveler en Mars- exploiter la ferme de Méhéry à Bellou.
Là, ils auront encore 11 enfants, 15 au total donc en 20 ans, si je n'en ai pas oublié en route ! Bien sûr tous, loin de là, n'ont pas survécu mais il devait y avoir des piailleries & des « bras » à Méhéry pour la ferme. Depuis 1792, on les retrouve dans les recensements quinquennaux. Ils décéderont à Méhéry, elle le 20 novembre 1809 à 57 ans ; lui le 7 septembre 1819 à 70 ans. Il aura occupé cette ferme pendant 40 ans.
4) En 1820, l'arrivée de Christophe Roze.
Le 31 décembre 1799, l'aînée Marie Jeanne sera la première à partir du « nid ». elle épouse à Bellou, Christophe Jean Roze, un marchand de bestiaux domicilié alors à Préval, bourgade près de La Ferté Bernard dans la Sarthe. Il était né à ND des Champs/St Jean d'Assé au Nord du Mans le 5 avril 1775, issu d'une famille de laboureurs/ bordagers. Ils durent se marier à Remalard, le chef lieu de canton et non à Bellou sur Huisnes comme le voulait la coutume car, révolution oblige, en l'an VIII & en l'an IX de nombreuses erreurs ayant été constatés dans les registres par suite de l'inexpérience des révolutionnaires, il fallait aller au chef lieu de canton pour célébrer son mariage. Comment Marie Jeanne & Christophe avaient ils pu se rencontrer ? Mystère ! Contrairement aux habitudes, on ne retrouve pas de liens de parenté entre ces familles éloignées aussi géographiquement de 40kms environ pour Préval et de près de 100kms pour ND des Champs, une distance importante pour l'époque. Peut-être une relation commerciale de marchands de bestiaux. Marie Jeanne avait déjà près de 28 ans alors que lui n'en avait que 24, une curiosité de plus ! Le couple ira s'installer d'abord à Champaissant/St Cosme à 15 kms au sud de Mamers où naîtront leurs 4 enfants premiers enfants. Puis ils arriveront à Boissy Maugis où naîtra en 1804 à la ferme de la Hayse ( ?) la dernière, Marie Elisabeth Félicité. On les retrouve au recensement de 1815 mais sans leurs enfants peut-être mis en nourrice. Par contre en 1819 ils sont là avec 3 enfants - deux jumelles sont mortes à la naissance à Champlaissant. Restent donc :
-Jean Julien né en 1800 à Champlaissant
-Jeanne née en 1803 à Champlaisant
-Marie Elisabeth Félicité née à Boissy Maugis en 1804
C'est de Boissy qu'ils s'agrandiront en reprenant Méhéry située à quelques kms, sans doute en 1820 puisqu'ils ne figurent plus au recensement de Boissy cette année là et que le recensement de Bellou pour cette même année a disparu. Christophe, sera maire de Bellou en 1836 & le restera pendant un court mandat puisqu'il décédera le 21 août 1837 à l'âge de 62 ans , à Méhéry, alors que Marie Jeanne décédera à plus de 80 ans chez sa fille Marie Elisabeth, à Rémalard en 1852. En 1838, le 1 mars, le bail s'arrête et la ferme est reprise par Jeanne, l'aînée des 2 filles.
En effet :
- Le fils aîné Jean Julien s'est marié en 1829 à Thimer (28) avec Marie Charlotte Lhommé et en 1838 ils habitent la ferme de la Beaudonnière à St Martin Du Vieux Belleme. On dit qu'il est aussi marchand de b?ufs comme son père. Sa mère demeure chez lui à cette époque, après le décès de Christophe.
- Marie Elisabeth épousera à Bellou en 1826 Jacques Germain Jérémie Charpentier. « Charpentier, tiens, tiens, un nom qui me dit quelque chose ! » : Je savais depuis mes recherches généalogiques que la soeur de mon trisaïeul Théodore Viandier, Rose donc, avait épousé un nommé Alexandre Charpentier & ils avaient été fermiers à la ferme de Méhéry juste avant que Théodore & son épouse ne reprennent cette même exploitation en 1880. Nous verrons plus loin dans la 2ème partie les liens que j'ai découverts entre ces Charpentier.
-Jeanne épousera Pierre Foucault en 1824 à Bellou. Ils auront 2 enfants nés à Bellou à la ferme du Haut Chêne: Louis Pierre en 1824, & Emilie en 1826 mais Jeanne va mourir en 1829 au Haut Chêne, des suites de son accouchement d'un 3ème enfant mort né.
Pierre Louis se remariera en 1836 à Dorceau où il épousera Florence Pelletier. « Tiens tiens (bis !) encore un nom qui me dit quelque chose ! » Nous la retrouverons dans l'étude dont j'ai déjà parlé. En 1838, le 1er mars le couple prend la succession du beau-père de Pierre, Christophe Roze décédé en 1837, comme on l'a vu : Ils entrent à leur tour à Méhéry.
4) 1838 L'arrivée de Pierre Foucault/.
Grâce à Eric Yvard, j'ai pu découvrir l'arrivée de ce couple à Méhéry. Il va nous donner copie de leur visite d'introduction les 2 & 3 mars 1838 avec l'état des lieux détaillé comme en 1756 à l'arrivée de Joachim Pelletier. Par comparaison des deux états, on voit que la propriété a été améliorée notamment les sols où les carrelages en terre cuite semblent avoir été refaits. On note aussi que les portes sont en meilleur état. L'écurie aux chevaux semble avoir été rebâtie à neuf. Les terres semblent toujours les mêmes mais les appellations diffèrent un peu et il est malaisé de s'y retrouver.
Le couple Foucault/Roze y restera une vingtaine d'années et Méhéry verra la naissance de leur fils François en 1841. D'après le recensement de 1836, le couple Foucault/Roze habite la ferme du Ht Chêne sans leurs enfants ; de même pour le couple Foucault/Roze à Méhéry en 1841. Où sont passés les enfants ? Peut être mis en nourrice car Pierre ne pouvait pas s'en occuper après le décès de Jeanne & son remariage avec Florence.
Cependant on les retrouve tous au recensement de 1846 avec 5 domestiques.
Pierre, le père, a alors 42 ans, sa nouvelle épouse 32, Pierre le fils aîné 26, Emilie 19 & François, du 2ème lit, 4 ans. Au recensement de 1856, ils sont toujours à Méhery mais les enfants du 1er lit sont déjà parti :
-Louis Pierre s'est marié en 1853 avec Eugénie Poivret, sa voisine du Haut Chêne où elle est née : Ses parents avaient repris l'exploitation après le départ du couple Foucault/Pelletier pour Méhéry et ce couple Foucault/Poivret occupe la ferme des parents au Haut Chêne comme en témoigne le recensement de 1856. Ils auront au moins 2 enfants : Henri Armand en 1855 et Arsène en 1857.
- Emilie quant à elle va avoir une vie plus mouvementée ! En 1846 à 19 ans elle est toujours à Méhéry mais en 1851 elle n'y est plus car on la retrouve à Bellême en 1849 puis à Nocé, un autre village voisin où elle demeure chez monsieur Bezard. C'est de là qu'elle lance à son père sa demande d'autorisation de mariage avec le fils d'un fermier propriétaire & voisin de Méhéry, Pierre Désiré Guillon, fils de Pierre Guillon qui occupent la ferme de la Couture à Bellou.
Hélas le père Foucault s'oppose vigoureusement au mariage. Il ira même jusqu'au tribunal et fera appel de 2 jugements successifs. Il sera débouté et Emilie, tenace, épousera son Pierre Désiré le 3 novembre 1849 à Bellou ! Mais tout cela a bien traîné depuis près d'un an qu'elle a fait sa demande à son père. En février 1849, elle est enceinte d'une Marie Emilie Désirée qui naîtra chez monsieur Bezard à Nocé le 14 octobre 1849 deux semaines avant son mariage ; voilà qui a dû faire du bruit dans les chaumières de Bellou & surtout à Méhéry ! Le trio s'installe à Mortagne sans doute pour fuir l'opprobre public, où ils ont repris un café place au Blé. C'est là que naîtra leur deuxième fille Célina Elisa le 31 décembre 1850. Ensuite, on les retrouve revenus à Bellou dans la ferme paternelle de la Couture lors du recensement de 1856. Le père de Pierre Désiré est toujours là ; il va y décéder en 1863 tandis que l'aînée des filles, Marie Désirée, y est morte le 16 avril 1858. Entre 1872 & 1876, le couple Guillon/Foucault quitte à nouveau Bellou pour Remalard où ils s'installent rue de Paris. C'est là que Pierre Désiré va mourir à son tour le 11 décembre 1895. Elle le suivra dans la tombe le 19 janvier 1907. Quant à Célina, elle va épouser Hippolyte Bresdin, un marchand de bestiaux comme il se doit !
-Le fils du second lit, François va épouser Amandine Bailly et devenu banquier, ils habitent rue de l'église à Rémalard.
Mais revenons un peu à notre couple de départ Pierre Foucault & successivement Jeanne Roze & Florence Pelletier. Au recensement de 1856, la ferme s'est considérablement agrandie depuis la Révolution. Selon le cahier des charge de la vente aux enchères de 1852 elle a alors une contenance totale de plus 70 hectares - à comparer aux 40 hectares de 1796. Les Foucault sont toujours à Méhéry mais les enfants des premiers et deuxième lit sont partis. Ils restent à la ferme avec 6 domestiques.
Entre 1856 et 1861, ils abandonnent la ferme de Méhéry pour une retraite à Remalard rue de l'église, eux aussi. Chez leur fils François ? C'est là que Pierre va mourir le 1èr octobre 1876 et sa femme le suivra l'année suivante. Là s'arrête l'histoire de ces occupants de Méhéry. Ils y seront remplacés par Alexandre Charpentier & Rose Viandier.
5) En 1858 sans doute, l'arrivée d'Alexandre Charpentier & Rose Amélie Viandier.
En 1856, c'est la fin du deuxième bail de 9 ans et peut être la raison du départ du couple Foucault/Pelletier pour Rémalard ; Pierre Foucault a 56 ans et Florence Pelletier 42 ans , leur fils François a 15 ans. Dans le recensement de Rémalard en 1861 on les y retrouve tous les 3.
Par contre à Méhéry, c'est le couple Charpentier/ Viandier qui occupe la ferme cette année là. Voyons tout d'abord qui ils étaient.
Ce couple a un caractère particulier pour moi, surtout Rose. En effet, elle fait partie de mes ancêtres quasi directs : C'est la s?ur de mon trisaïeul, Théodore Gabriel Viandier comme nous le verrons dans la 2ème partie. Fille de Pierre Julien Viandier & de Rose Louise Pelletier, elle est née à Brunelles (28) le 7 septembre 1831. Nous avons déjà rencontré son grand père Jean Louis Viandier , le parrain de Denis Le jeune au début de cette histoire. A leur arrivée à Méhéry, lui a 24 ans, elle 26. Ils se sont mariés en 1858 à Maison -Maugis où résidaient alors ses parents et ils ont donc dû venir s'établir à Méhéry tout de suite après leur mariage.
Ils ont bientôt un fils, Alexandre lui aussi comme son père, né à Méhéry le 4 janvier 1861
Elle devait alors un solide caractère cette Rose car elle fut bien éprouvée par la vie !
A 30 ans seulement, en février 1863, Alexandre, son mari décède alors que leur fils n'a que 2 ans. Elle se retrouve seule patronne de l'exploitation, aidée toutefois de 5 domestiques. Mais elle ne se remarie pas et va accueillir chez elle successivement son père Pierre Julien en 1861, boiteux, qui y décédera en 1866 &, en 1872, son frère Arsène qui vient y mourir cette année là le 28 septembre à 36 ans, alors qu'il est pourtant toujours domicilié à Condé sur Huisnes où demeure son épouse. C'est Pierre Guillon qui sera témoin du décès, en voisin de la ferme de la Couture. Elle a alors 7 domestiques. En 1876, elle est toujours à Méhéry avec seulement 5 domestiques. Mais bientôt, un nouveau drame va survenir : le 28 février 1880 Alexandre Charpentier son fils âgé de seulement 19 ans décède. Elle ne lui survivra guère puisqu'elle meurt à son tour 3 semaines plus tard le 19 mars. Elle n'avait que 48 ans ! Peut-être est elle morte de chagrin ?
6) 1880 L'arrivée d'Honoré Viandier.
Rose Amélie Charpentier/Viandier avait un autre frère, Honoré né comme elle à Brunelle (28) le 24 juillet 1828. Après son mariage avec sa cousine germaine Marie Louise Adélaïde Octavie Pelletier en 1856 à Brétoncelles, ils avaient été fermiers à la ferme de L'Ormarin à Mauves sur Huisnes où ils resteront au moins jusqu'en 1860, et y auront 3 enfants, Honoré Gabriel en 1857, Théodore mon trisaïeul en 1858 et Marthe en 1860. Ils iront ensuite reprendre une autre exploitation à Neuville sur Eure (28). En 1880, on l'a vu, c'est le décès de Rose. Honoré vient alors s'établir à sa place à Méhéry. Les propriétaires aimaient bien avoir pour fermiers des gens solvables et les liens familiaux étaient très importants dans leurs choix surtout si ces familles avaient du répondant comme les Viandier et surtout les Pelletier. En 1881 lors du recensement, les deux aînés sont déjà partis : Honoré Gabriel deviendra employé de banque en région parisienne, à Alfortville; Théodore deviendra boucher à Alençon avant d'y reprendre l'hôtel de France & de la Poste en plein centre de la ville, rue Ste Blaise.
Marthe Angèle est encore là mais plus pour longtemps car elle épouse en 1883 Léon Dupont, employé de banque à Paris, lui aussi (une relation de son frère Honoré ?). A la ferme ils se spécialiseront dans l'élevage des chevaux qu'ils exporteront jusqu'en Argentine, aux dires d'une arrière petite fille d'Honoré.
Ma grand-mère Mathilde Boisnard/Viandier, fille de Théodore semble avoir bien apprécié ses séjours à Méhéry avec sa s?ur Germaine & le cousin Paul Dupont. J'ai retrouvé dans ses archives un précieux album photos où, par chance elle avait annoté au dos les dates & lieux. Ainsi on retrouve une série de photos prises à Paques 1903 à Méhéry.
Lors de cette visite, Honoré est déjà décédé le 24 juillet 1897 à l'âge de 69 ans. Octavie se retrouve avec 2 domestiques auxquels s'en adjoint un autre, Alexandre Viandier, âgé de 40 ans au recensement de 1901. C'est son neveu, un fils d'Arsène, un des frères d'Honoré & de Rose que l'on a vu ci-dessus et qui était venu aider à la ferme après le décès d'Alexandre Charpentier son mari. Alexandre va mourir à Méhéry en 1903. En 1906, Octavie est toujours à Méhéry, elle a 72 ans mais n'a plus que 2 domestiques. Elle va quitter Méhéry car c'est Louis Tremblayes qui l'a remplacée au recensement de 1911. Elle décédera chez son fils Théodore Léon à Alençon le 29 mai 1914.
Ainsi s'achève l'histoire des fermiers qui exploitèrent la ferme Manoir de Méhéry du temps de Louis XV à la guerre de 14/18.
Saisie : philippe CHASSET
Dernière modification : 24 Février 2021
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