Histoire des communes

Droué : le Grand Bois Bercy

Ancien Fief

L’affaire Fisseau à Droué (Loir-et-Cher) (1853-1854)

Ce fait-divers sanglant a défrayé la chronique au milieu du XIXè siècle dans le Perche Vendômois au point de perdurer encore aujourd'hui dans la mémoire des familles concernées durement touchées par ce drame. Voici le compte-rendu intégral des audiences de la Cour d'Assises de Loir-et-Cher des 9 et 10 février 1854 publié dans le « Journal des Débats politiques et littéraires » du 24 février de la même année.

Assassinat suivi de vol et d'incendie. – Destruction d'une ferme entière. - Cadavre trouvé sous les ruines.

Louis Fisseau, âgé de trente deux ans, cultivateur né et demeurant à Droué, est accusé d'assassinat et d'incendie.
Le fauteuil du ministère public est occupé par M. Aucher, procureur impérial.
Me de La Hautière, avocat du barreau de Vendôme, est au banc de la défense.
Le greffier donne lecture de l'acte d'accusation qui expose les faits suivants :

« Le 1er novembre dernier (1853), jour de Toussaint, une femme Bouju, se trouvant avec son fils au lieu dit de la Morache (commune de Droué), aperçut vers midi une épaisse fumée qui sortait des bâtiments de la ferme de Boisbercy, située à 500 mètres de là. C'était la ferme qui brûlait.

Elle envoya immédiatement son fils à Droué chercher du secours, et elle-même, en courant vers le lieu du sinistre, avertit les habitants d'alentour. La première personne qu'elle rencontra fut un individu que plus tard elle sut être le nommé Fisseau, neveu du sieur Panais, propriétaire de la ferme. Il chassait dans un champ voisin ; il accourut avec elle et se mit de suite à prendre la direction des secours.

Au moment de leur arrivée, le feu était dans les écuries, et la partie des bâtiments qui servait d'habitation aux époux Panais n'était pas encore atteinte ; mais la flamme, poussée par le vent, ne rencontrant d'ailleurs pas d'obstacles, embrasa et détruisit tout.
Plus de 100 mètres de bâtiments furent consumés. Cependant, si les secours avaient été dirigés comme le demandait la femme Bouju au moment de son arrivée vers la maison qui n'avait pas encore été atteinte, on eût pu, sinon la préserver, du moins y pénétrer. Fisseau ne le voulut pas.
La ferme de Boisbercy, située à 4 ou 5 kilomètres de Droué, était isolée ; elle était la propriété des époux Panais, gens d'un certain âge, laborieux, cultivant eux-mêmes leurs terres, économes, jouissant d'une certaine aisance et passant pour tenir cachées chez eux des sommes considérables. Trois personnes seulement composaient leur domestique : c'étaient François Chaillou, la fille Georgette et Louis Silly, enfant de onze ans.

Le jour de Toussaint, on avait vu Panais se rendre, vers neuf heures, à la grand'messe à Droué avec François Chaillou et la fille Georgette. Louis Silly avait été envoyé aux champs. La femme Panais était restée seule à la maison. Chacun remarquait son absence pendant l'incendie. Fisseau chercha à calmer ces inquiétudes.
Une circonstance semblait inexplicable, c'est que la maison d'habitation était fermée, et qu'en puisant de l'eau dans une mare auprès de la maison, quelqu'un y avait trouvé la clef de la maison. Il en résultait dans l'esprit de chacun une vague inquiétude au sujet de la femme Panais. Aussi, dès que l'on fut maître du feu, on déblaya avec ardeur les ruines de la maison. Après quelques recherches, on découvrit, près de la porte d'entrée et de l'évier, un cadavre couché sur le dos, horriblement mutilé ; la figure, réduite en charbon, n'était plus reconnaissable; le crâne, enlevé, brisé, était presque vide ; les jambes, les cuisses et le ventre étaient carbonisés ; une partie du tronc avait été seulement préservée.

Quelques indices pouvaient faire croire que ces restes étaient ceux d'une femme. De minces vestiges d'étoffes permirent d'affirmer que ce cadavre était celui de la femme Panais. Il gisait au milieu d'une large mare de sang desséché par le feu ; mais ce sang avait jailli avant que l'incendie eût exercé son action, car il avait coulé par l'orifice de l'évier sur de la paille qui en était imbibée. Le cadavre portait dans la région dorsale une large plaie faite avec un instrument piquant et contondant qui, pénétrant dans la poitrine, avait déchiré l'aorte thoracique.
La mort avait été le résultat immédiat de cette blessure ; l'incendie avait fait disparaître les traces de l'assassinat. Le mobile qui avait dirigé la main de l'assassin et de l'incendiaire, c'était le vol.
Panais déclara qu'il possédait, au moment de l'incendie, 2000 fr., dont 60 fr. en or, le reste en pièces de 5 fr. Les recherches les plus minutieuses n'ont pu faire trouver dans les meubles où cet argent était déposé qu'une somme de 1376 fr. 50 c. en pièces de 5 fr., dont une partie était entrée en fusion, une pièce d'or, une croix d'or, une cuvette de montre en argent; ces deux derniers objets étaient à moitié fondus ou détruits. Une somme de 600 fr. avait donc été soustraite au moment de l'assassinat, soustraite par une personne connaissant les habitudes des époux Panais, initiée aux détails intimes de leur habitation.
Enfin, un fusil à deux coups avait également disparu.
Quel était l'auteur de ces crimes commis avec tant d'audace en plein jour ?
L'opinion publique fit d'abord planer ses soupçons sur Fisseau.
Comment Fisseau n'avait-il pas vu cet incendie qui avait frappé les regards de la femme Bouju, tandis que lui, Fisseau, semblait être en action de chasse à deux cents pas de la ferme ?
Arrivé sur le théâtre de l'incendie, au lieu de chercher à préserver la maison d'habitation, Fisseau s'était dirigé vers l'étable d'abord ; les bestiaux étaient sortis. Il était entré ensuite dans l'écurie et en avait fait sortir les chevaux. La femme Bouju l'avait engagé cependant à pénétrer dans la maison. Fisseau s'y était refusé en disant: « Il n'y a pas d'enfant ici, et s'il y avait quelque personne dans la maison, elle sortirait. »
Cependant, les secours arrivaient, la maison n'était pas encore atteinte par les flammes ; quelques personnes, voulant préserver la maison et la grange, traînaient des chevrons enflammés sur un patis ; mais Fisseau, qui s'était mis à la tête des travaux, rejetait ces chevrons dans le feu, près du pignon de la maison en disant: « Il faut sauver la grange et que tout brûle là! ». Dans un autre moment, une femme voulant puiser de l'eau dans une petite mare, Fisseau s'y opposa, et ce fut précisément dans cette mare que plus tard on trouva la clef de la maison. Enfin, lorsqu'il s'agit d'expliquer la disparition de la femme Panais, Fisseau hésite, il varie dans ses dires.
Le juge de paix donna l'ordre alors de déblayer les ruines de la maison. Fisseau encore tenta de s'y opposer, en disant que le lendemain ils s'en occuperaient entre eux. On le repoussa à grand'peine, et bientôt le cadavre de la femme Panais était retrouvé.
Fisseau fut immédiatement interrogé, et il déclara que, venant de chez lui pour aller voir ses bestiaux, il avait entendu crier au feu, et qu'aussitôt il était accouru sur les lieux. Questionné sur les rapports d'intérêts qui pouvaient exister entre les époux Panais et lui, il répondit qu'il n'y en avait aucun et qu'il ne leur devait rien. C'était là un mensonge ; car il fut bientôt constaté que Fisseau devait depuis cinq ans à son oncle une somme de 3000 fr. L'accusé, comprenant tout ce que cette circonstance, niée d'abord, reconnue exacte ensuite, avait de grave, s'efforça d'établir qu'il n'avait pas vu sa tante le 1er novembre au matin. Mais sur ce point il reçut un démenti énergique du jeune berger Silly.
Ce dernier avait vu Fisseau et la dame Panais se promener le matin, pendant la messe, non loin de la ferme ; ils étaient ensuite retournés tous les deux vers la ferme. L'accusé chercha à repousser cette preuve de sa culpabilité par un alibi, sans y parvenir.
Une dernière circonstance est invoquée par l'acte d'accusation. Le soir de l'incendie, on avait vu le fusil du sieur Panais apposé sur des fagots, sous un hangar. Une femme Chevalier avait demandé à qui était ce fusil. - C'est le fusil de mon oncle, avait répondu Fisseau. Et dans ce moment, il prit le fusil et le cacha « en me lançant, dit la femme Chevalier, un regard dont je ne puis perdre le souvenir. »
L'audience du 9 février a été consacrée tout entière à l'audition des témoins.
A l'audience du lendemain, après le prononcé du réquisitoire, la plaidoirie, de vives répliques et un résumé de M. le président retraçant avec soin tous les détails de cette affaire, le jury est entré dans la salle de ses délibérations.
Il en est sorti à sept heures, rapportant un verdict de culpabilité modifié par l'admission de circonstances atténuantes.
Fisseau est condamné aux travaux forcés à perpétuité ».

Louis Fisseau fut transféré au pénitencier des îles du Salut en Guyane et mourut le 15 août 1855 à 34 ans.

Généalogies.

0001 FISSEAU Louis François ° 25/08/1820 Droué (41), † 15/08/1855 Iles du Salut (Guyane), cultivateur au Bois-Bercy (Droué),
X 03/07/1843 Droué (41), avec
BEAUGER Marie Françoise ° 13/09/1823 Droué, y † 06/02/1893, fille de BEAUGER François René, cultivateur, et LECLERC Marguerite, dont une fille survivante:
FISSEAU Marie Désirée ° 02/01/1853 Droué (41), y X 06/03/1872 BRÛLÉ François, garçon de labour, fils de BRÛLÉ Simon, journalier et TAILLARD Catherine Rosalie.

Nota: BEAUGER Marie Françoise X 2°) 02/09/1857 Droué (41) TOURNEUX Jacques François, charpentier,
puis cultivateur ° 02/03/1827 Boursay (41), de feu TOURNEUX Jacques et AUBERT Marie
_____ Françoise.
0002 FISSEAU François ° 18 messidor an VII Droué (41), † 25/07/1874 Châteaudun (28), cultivateur,
X 14/11/1817 Droué (41), avec
PANAIS Catherine Françoise° 07/11/1786 La
Fontenelle (41), † 02/05/1842 Droué (41).

_____
0004 FISSEAU Pierre ° 19/05/1760 La Chapelle-Vicomtesse (41), † 11/02/1826 Droué (41), meunier au Moulin-Bureau (Droué),
X 22/01/1782 Droué (Boisseleau) (41), avec
THOMAS Marie Françoise ° 29/08/1761 Saint-Denis-les-Ponts (28), † 21/05/1808
_____ Droué (41).
0006 PANAIS Pierre † 23/06/1804 Arville (41)
X 03/02/1780 Langey (28), avec
HUCHET Marie Anne ° ca 1762 Langey,
† 24/01/1838 Droué (41) [X 2°) SOURCIN
_____ François].
0008 FISSEAU Jean
X 03/02/1756 Bouffry (41), avec
_____ BERTIN Suzanne.
0010 THOMAS Claude Bernard, meunier au Moulin-Bureau (Droué)
X 25/10/1756 Marboué (28), avec
_____ TOUCHARD Marie Anne Noëlle.
0012 PANAIS Jean
X 20/10/1750 Droué-Boisseleau (41), avec
_____ HARMAND Jeanne.
0014 HUCHET Mathurin ° ca 1722, † 3 germinal an V Langey, laboureur,
X 03/09/1754 Ruan-sur-Egvonne (41), avec
BECQUEREAU Marie Anne.



______


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0002 PANAIS Jacques François ° 24/08/1789 La Fontenelle (41)
X 10/12/1835 Droué (41), avec
HUCHET Madeleine Françoise
° 20 germinal an V Boisgasson (28), † assassinée 01/11/1853 Droué(41). Sans
_____ postérité.
0004 PANAIS Pierre
X 03/02/1780 Langey (28), avec
_____ HUCHET Marie Anne.
0006 HUCHET Jacques Mathurin ° 05/12/1767 Boisgasson, † 11/11/1845 Droué (41), propriétaire,
X 04/02/1788 Boisgasson (28), avec
BEAUGENDRE Françoise Marguerite
° 04/09/1760 Boisgasson (28), † 16/11/1836
_____ Droué (41).
0008 PANAIS Jean
X 20/10/1750 Droué-Boisseleau (41), avec
_____ HARMAND Jeanne.
0010 HUCHET Mathurin
X 03/09/1754 Ruan-sur-Egvonne (41), avec
_____ BECQUEREAU Marie Anne.

0012 = 010
_____
0014 BEAUGENDRE Pierre
X 19/02/1754 Boisgasson (28), avec
LORMEAU Madeleine.


Saisie : Christian LEGER

Dernière modification : 15 Novembre 2014

 

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