Histoire des communes

Vaupillon : Le Nouveau Monde

Dans cette petite commune, on chercherait inutilement quelque vestiges du magnifique château que le duchesse ce Verneuil s'y était fait construire vers la fin du XVIe siècle, et sur le fronton duquel un pédant de ce temps avait paraphrasé en grec ce vieil adage chevaleresque :

DIEU, LE ROI, MA DAME;

Mais, non loin des ruines de la terrasse sur laquelle s'élevait le somptueux palais de l'ambitieuse favorite, un siècle après sa démolition, MM. Hunebelle frères, entrepreneurs des terrassements de cette partie de la ligne de chemin de fer (la Loupe-Nogent) ont fait construire une élégante maison d'habitation, environnée d'ateliers, de forges, de charronneries, de chaumières, de cabanes, de cantines, pour le campement et la nourriture de l'armée d'ouvriers employée à leurs gigantesques travaux. Cette colonie improvisée, établie sur le sommet d'une côté aride et déserte, a reçu le nom de Nouveau-Monde.

Là, pendant plusieurs années, mille ou douze cents ouvriers ont péniblement travaillé à l'oeuvre la plus colossale qui ait encore été exécutée sur la ligne de l'Ouest. Il s'agissait en effet de faire passer la voie par une immense hauteur que, pendant longtemps, on avait crue de formation granitique, et que M. Desnoyers, le savant bibliothécaire du muséum d'histoire naturelle de Paris, a reconnue, le premier, pour appartenir au terrain tertiaire et n'être formée que d'argile ferrugineuse très tenace, entremêlée d'une énorme quantité de rognons de silex, primitivement engagés dans le craie remaniée et balayée par les révolutions du globe. Il s'agissait, disons-nous, de traverser cette hauteur : d'abord on eut l'idée s'y pratiquer un tunnel, et il y eut même un commencement d'exécution ; mais dans la suite, diverses considérations obligèrent d'y renoncer. Le tracé fut alors modifié, et au sombre souterrain on substitua une large et profonde tranchée à ciel ouvert.

Cette tranchée a 4000 mètres de longueur et 15,68 M dans sa plus grande profondeur : elle a nécessité un mouvement de 1 100 000 mètres cubes de terres. La nature argileuse du sol en a rendu l'ouverture extrêmement difficile ; d'énormes masses de glaise menaçaient à chaque instant de glisser sur elles-mêmes, de sorte qu'il a fallu faire marcher les travaux de consolidation en même temps que les déblais. Dans les parties les plus exposées à glisser, on a retenu les terres par d'épaisses murailles de soutènement, hautes de 4 mètres, au sommet desquelles s'étend une banquette large de 4,25 m destinée à recevoir l'éboulement des terrains supérieurs, s'il en survenait malgré les fortes pierrées pratiquées au-dessus. Par ce moyen, la voie ne peut être entravée par aucune espèce d'éboulement.

De la plus grande partie des terres provenant de la fouille, on a formé des dépôts ou cavaliers, hauts de 6 à 8 mètres, placés à droite et à gauche, à 15 mètres de la crête du talus, de sorte que la tranchée paraît plus large et plus profonde qu'elle n'est réellement ; sa plus grande largeur en crête ne dépasse pas 60 mètres.

Le profil de cette tranchée offre d'abord un palier de 2000 mètres environ, auquel succède une pente de 5 millimètres par mètre sur un kilomètre de longueur ; puis une autre pente de 8 millimètres par mètre, laquelle se prolonge à 4000 mètres de la tranchée.

Plusieurs voies de communication, interrompues par cette vaste excavation, sont rétablies à l'aide de six élégants viaducs, construits en rognon de silex, encastrés dans de belles pierres de taille des carrières de la Madeleine, près de Nocé, dans le département de l'Orne. Les robustes tabliers de ces ponts aériens sont supportés par des arcs abaissés, formés de chêne goudronné ayant l'aspect et la couleur de la fonte de fer.

Mais vous ne pouvez voir et vous ne vous avons décrit qu'une faible partie de ces immenses travaux. Le tunnel, projeté que 1738 mètres de longueur dans le parcours de cette tranchée, avait nécessité le percement de trois puits descendant à 10 ou 12 mètres au-dessous du sol actuel de la voie. Ces puits ont été utilisés et reçoivent les eaux pluviales et les eaux de source que leur amène un réseau d'aqueducs souterrains dont vous auriez peine à concevoir les ramifications et l'étendue. Conduites ainsi jusqu'aux sables inférieurs à l'argile, les eaux s'écoulent et se perdent dans les terres.

Représentez-vous maintenant combien cette longue tranchée, que vous franchissez en moins de quatre minutes, pour un prix si modique et bien commodément assis dans votre voiture, combien ce travail cyclopéen a dû coûter d'argent, de temps, de fatigues et de sueurs !en parcourant cette longue excavation et ses talus de quarante-cinq degrés appuyés sur leurs soutènements de pierre, en contemplant ces hardis et légers viaducs et tout cet étonnant travail, payez un juste tribut d'admiration à ces hommes habiles et laborieux qui les ont conçus, conduits et exécutés. Pour nous, dans notre impuissance de leur prodiguer ici tous les éloges qu'ils méritent, bornons-nous à vous nommer M. Ducos, ingénieur en chef, qui a déjà dirigé avec tant de succès les gigantesques travaux du tunnel de Blaisy-Bas, sur le chemin de fer de Lyon ; M. l'ingénieur Boulongne, M. Mortagne, conducteur des ponts et chaussées, et MM. Hunebelle frères, entrepreneurs de terrassements.

Source : Guide-itinéraires de Paris au Mans par Auguste Moutié (1854)

Dans les décès de cette époque à Vaupillon, nous relevons :
- Pierre André DELETANG, 38 ans, terrassier né à Cour-Cheverny.
- Pierre VERGNAUD, 31 ans, ouvrier mineur né à Mouthiers (Charente)
- Gilbert VEDRINE, 31 ans terrassier, né à Murat-le-Quaire (Puy-de-Dôme)
- Etienne PERLADE, 23 ans maçon, né à Dainac (Haute-Vienne)
- Angelus WANDEVILLE, 39 ans né à Peterlene (Flandre Orientale)
- Louis JAMETON, 21ans né à Belete, canton de Chantelus-Boussac (Creuse)
- Léonard AUSSIETRE, 29 ans né à Clugnac, canton de Charlelus (Creuse)


Source : Guide touristique

Saisie : Christiane BIDAULT

Dernière modification : 16 Février 2012

 

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