La ferme du Grand Malainville en 1873
1873 - Journal d'agriculture pratique, de jardinage et d'économie domestique - Excursion agricole des élèves de GRIGNONE.
Arrivant à Châteaudun, l'héroïque cité qui s'est signalée par sa belle résistance à l'ennemi, notre première impression, en face des ruines amoncelées par l'armée allemande, se manifeste par un sentiment de tristesse que vint adoucir le souvenir de la noble conduite de ses vaillants défenseurs. Les élèves de GRIGNON, dont plusieurs ont pris part à cette guerre malheureuse, veulent connaître tous les détails de la lutte et s'informent avec une saine curiosité, auprès des habitants, des moindres évènements de cette action ; nous devons rappeler ici leur profonde admiration pour ceux qui se sont illustrés dans cette journée.
Revenons maintenant à l'agriculture ; ne doit-elle pas contribuer puissamment à réparer les désastres de la guerre. Sur les conseils de M. MOISANT, l'homme si dévoué aux intérêts agricoles de son pays, aujourd'hui membre du conseil général du département d'Eure-et-Loir, dont le concours obligeant nous a été très utile, nous visitons une première ferme qui doit nous représenter aussi exactement que possible l'état ordinaire des fermes beauceronnes. C'est M. RICOIS, fermier à Mallainville, commune de LA CHAPELLE-DU-NOYER, à peu de distance de CHÂTEAUDUN, qui est le premier cultivateur chez lequel nous nous arrêtons. Sa ferme a une étendue de 93 hectares ; la rente est de 66 fr. par hectare, et elle s'élève à 74 fr. avec les impôts. Le bétail entretenu sur le domaine se compose de : 16 vaches, 8 chevaux ou poulains, 3 étalons et 225 moutons ; ce qui correspond à une demi-tête de gros bétail environ par hectare. Le rendement du blé est, année moyenne, de 20 à 24 hectol. A l'hectare ; la dernière récolte d'avoine a été très bonne ; elle a donné 60 hectol. Environ pour la même étendue. La luzerne peut fournir, en trois coupes, un rendement de 8,000 à 9,000 kilogr. De fourrages secs. Les vaches, de race normande, sont bien conformées, sans avoir cependant la valeur et l'importance de celles que nous avons vues dans la Brie. Leur prix est de 500 à 550 fr., et, au lieu d'être achetées directement dans les centres de production, elles sont élevées à la ferme. Le troupeau est composé de mérinos plus ou moins purs, auxquels on a infusé depuis l'année dernière un peu de sang anglais dans le but d'augmenter leur aptitude à l'engraissement. Ces animaux sont bons à voir à titre de comparaison. Nous n'avons rien de particulier à dire des porcs ; mais nous devons insister en ce qui concerne les chevaux. Au moment d'entrer à la ferme, nous nous étions arrêtés devant un attelage de trois forts chevaux qui traînaient une lourde voiture. Le plus âgé n'avait encore que deux dents de remplacement ; le limonier avait encore lui-même toutes ses dents de lait. Les fermiers beaucerons opèrent tous de même ; ils achètent de jeunes poulains à l'âge de dix-huit mois, pour les employer immédiatement à des travaux modérés. Leur valeur s'accroît pendant leur séjour à la ferme, et ils sont vendus au moment où ils ont atteint leur prix maximum, pour remplir les divers services auxquels ils sont propres. La production et l'élevage du cheval percheron montrent un exemple frappant de l'application à l'agriculture du principe économique si fécond de la division du travail. Le Perche fait naître les poulains, la Beauce les élève. C'est dans la Beauce que se trouvent les meilleurs percherons ; ceux qui ne quittent pas le Perche ont beaucoup moins de valeur ; nous aurons l'occasion de nous assurer de ce fait dans les deux journées qui nous restent. L'écart entre le prix d'achat et le prix de vente peut varier beaucoup avec les conditions du marché. Un des poulains que nous avons vus a été payé 900 fr. à l'âge de dix-huit mois, ce qui est un prix élevé, même pour un animal de choix ; son propriétaire espère le revendre à trois ans de 1.100 à 1.200 fr. Dès son arrivée, il a été attelé. Un deuxième cheval a été acheté, au même âge, 425 fr. ; il vaudra probablement de 900 à 1,000 fr. au moment de le vendre.Les chevaux sont préparés à la vente par une espèce d?engraissement qui est passé dans les usages du commerce, et que les meilleurs conseils ne parviennent pas à faire abandonner. On ne saurait guère en blâmer les éleveurs, qui cherchent avant tout à satisfaire les acheteurs et qui ne doivent pas avoir d'autres soucis. M. Moisant critique ces habitudes avec beaucoup de raison ; mais, pour les détruire, il faudrait pouvoir agir sur les étrangers qui viennent acheter dans le pays. De la Beauce sortent un certain nombre d'étalons rouleurs qui sont, selon M. MOISANT, une plaie pour la production. Ils parcourent le Perche pendant la saison de la monte, et rapportent ainsi 500 à 600 fr. par an à leur propriétaire. Au-delà de Mallainville, le sol devient un peu plus accidenté ; on se rapproche du Perche, et l'on est à peu près sur la limite des deux pays »
Source : Gallica
Saisie : Marie-Gabrielle LAFITTE
Dernière modification : 2 Mai 2017
Immeuble