Jean HAIS
Jean Hais, un instituteur autoproclamé qui s'oppose à l'administration
Dès le 10 novembre 1794 (20 Brumaire an III), le sacristain, Jean Hais, déclare au corps municipal qu’il est dans l’intention d’ouvrir une école conformément à la loi du 29 Frimaire an II (19 décembre 1793) dite Bouquier.
Jean Hais avait été baptisé le 6 octobre 1755 à Fontaine Simon, fils de Jean, laboureur, et d’Anne Roger. Il est marié à Marguerite Joannet dont il a deux fils : Jean-Charles et Pierre-Michel, et une fille Marguerite-Julienne née en 1779 à Manou.
Il sait signer et exerce la fonction de sacristain-chantre, mais aussi celle de sonneur et de fossoyeur. Il faut bien cumuler les fonctions pour gagner sa vie ! Pendant la période révolutionnaire il fait partie de la municipalité ; on a vu qu’il avait signé lors de la délibération sur l’institutrice.
Peu après le départ de la citoyenne Duhamel, Jean Hais « s’autoproclame » donc instituteur, mais l’Administration de la Convention nomme un instituteur officiel envoyé à Manou le 9 mars 1795; il s’agit de Sixte-Pierre-Jacques Lecomte, domicilié à St Germain le Gaillard, canton de Courville. Il est accueilli très fraichement par la population de Manou qui a seulement une chambre à lui offrir dans le presbytère – (alors occupé par trois locataires). Le problème du local d’école va servir d’argument pour rejeter le nouveau venu.
Jean Hais qui voit l’arrivée d’un concurrent d’un mauvais œil prend la tête de l’opposition. Le 15 mars est rédigée une protestation avec 15 signatures, dont celles de Jean Hais et de Louis- David notaire : « Nous ne voulons pas d’instituteur, ni de maistre d’école. Nous voulons un curé et nous le logerons dans notre presbytère. »
Les pétitions se multiplient et le Jury d’instruction du District cherche une solution qui élimine la question du local d’école ; il nomme un instituteur, homme du pays qui possède une maison ! Le citoyen Lecomte démissionne, et le 2 juillet, le citoyen Francois Andre arpenteur à Manou est nommé instituteur.
Mais les gens de Manou sont des rebelles et Jean Hais est opiniâtre ! Le Conseil Général de la commune, dans lequel siège Jean Hais, refuse absolument la nomination d’un instituteur ! François André ne fut donc pas installé.
L’opposition de Jean Hais à toute concurrence avait gagné ! Il fut le seul instituteur de Manou de mars 1795 jusqu’en 1811. Il possédait, face à l’église, une maison dans le bourg de Manou – (correspondant à parcelle 406 de la section E du cadastre Napoléonien) – où il faisait la classe dans une salle de 4m de large sur 6/7m de long, très basse de plafond et éclairée par deux fenêtres. Pendant plus de quinze ans il y accueillit les enfants qu’on voulait bien lui confier et leur a appris les rudiments de l’écriture, de la lecture et du calcul.
Jean Hais devint maire de Manou du 15 mars 1809 au 31 décembre 1813. Son fils Jean-Charles lui succéda et signa sur les registres « Jean Hais fils ».
Il décèdera le 26 avril 1829, âgé d’environ 73 ans ; l’acte mentionne qu’il est propriétaire.
Dominique Lecointre-Montagne
"La création des écoles de Manou au XIXe " , Le Souaton n°120, mars 2015
Source : Monographies
Saisie : Dominique LECOINTRE-MONTAGNE
Dernière modification : 12 Mars 2015