Philippe de COURCILLON
Marquis de Dangeau, comte de Meslé le Husson et de Civray, baron de Sainte-Hermine, de Saint-Amand, de Château du Loir, de Lucé et de Bressuire, seigneur de Fargot (commune de Montoire) du 13 septembre 1698 au 17 janvier 1720, de la Chausseraie et de la Bourdaisière, Philippe de Courcillon voit le jour à Dangeau le 21 septembre 1638. Il est baptisé à l'église protestante de Pont-Tranchefêtu :
Je soussigné certifie à tous qu'il appartiendra que j'ay baptisé M. le marquis de Dangeau, qui s'appelle Philippe de Courcillon, du nom paternel et qu'il ne me souvient pas exactement du mois ni du jour de l'année mil six cent trente huit, n'ayant plus par devant moi le registre baptistaire qui fut pris et bruslé par les soldats, lorsque l'armée de M. de Bourbon passa devant Chartres et au Pont-Tranchefêtu, où est le temple de la religion prétendue réformée. Fait ce jeudi douzième d'octobre mil six cent soixante dix neuf.
P. Scalberge,
Ministre.
En plus de sa fortune considérable et de ses précieux amis de jeu, il a des qualités plus sérieuses :
il sait que les succès de salon ne suffisent pas à un gentilhomme et que, sur les champs de bataille, il doit montrer d'autres vertus que celles qui sont de mise à la Cour. Il combat donc à l'armée de Flandre, sous Turenne, en 1657, comme capitaine de cavalerie. Après le traité des Pyrénées, il prend du service en Espagne contre le Portugal.
En 1663, le Roi crée un régiment d'infanterie : il en est lui-même colonel et nomme Philippe de Courcillon lieutenant-colonel.
Il se convertit au catholicisme vers 1664. Son détachement de la religion réformée lui donne un titre de plus à l'amitié royale.
En 1666, il est créé gouverneur de la Touraine.
En 1667, le régiment est conduit à l'armée de Flandre, Philippe de Courcillon en est alors colonel. Il se distingue aux sièges de Tournai, de Douai et de Lille. En 1668, il abandonne son commandement pour servir le Roi en qualité d'aide de camp, resserrant ainsi les liens qui les unissent.
Le Roi a une confiance absolue envers lui et un acte, daté du 23 septembre 1670, lui donne la "permission d'entrer près la personne du Roi à toute heure et en tout lieu".
Après la campagne de 1672 qu'il fait en qualité d'aide de camp de Louis XIV, il est nommé envoyé extraordinaire auprès de l'électeur de Trèves et de l'électeur Palatin.
En 1675, il devient gouverneur de l'Anjou en plus de la Touraine.
En 1680, il est nommé menin du Dauphin ; 5 ans plus tard, chevalier d'honneur de la Dauphine.
Philippe de Courcillon est nommé chevalier de l'ordre du Saint-Esprit par le roi, le 31 décembre 1688.
Plus tard, le 24 décembre 1693, à la mort du marquis de Louvois, Louis XIV fait de lui le grand-maître des ordres réunis du Mont-Carmel et de Saint-Lazare. Il occupera cette charge pendant dix ans avant d'être remplacé par le duc de Chartres. Il succède à Scudéry à l'académie française en 1668.
En 1696, il est conseiller d'épée.
En 1688, le roi le nomme à l'académie royale d'Arles. En remplacement du duc de Saint-Aignan, et comme son frère l'abbé, il fait partie, en 1694, de l'Académie du Ricovrati de Padoue. Enfin, en 1704, il est appelé à succéder au marquis de l'Hôpital, à l'académie des Sciences.
Le 15 octobre 1714, les registres de l'état civil de la paroisse Saint-Pierre de Châteaudun [Archives communales, Merlet, 1885], indique que "Philippe de Courcillon, marquis de Dangeau, chevalier des ordres du Roy et d'honneur de feue Madame la Dauphine, conseiller d'Estat d'épée, gouverneur de la province de Touroine (sic), grand-maître de l'ordre de Saint-Lazare et de Notre-Dame du Mont-Carmel,...est parrain au baptême de Philippe Jean Baptiste Bellier, fils de Jean Baptiste et de dame Louise Compottier. La marraine est haute et puissante dame Madame Sophie de Bavière, née comtesse de Levestein, épouse dudit seigneur de Dangeau, représentée par haute et puissante damoiselle Mademoiselle Charlotte du Plesseys, leur nièpce".
Son journal, énorme manuscrit de 37 volumes se termine par cette phrase, écrite par son secrétaire :
Le 22 aoûst, M. le marquis de Dangeau tomba malade d'une jaunisse avec de la fièvre, et mourut le 9 septembre à huit heures et demie du soir, âgé d'environ quatre vingt quatre ans. C'est lui qui a écrit tous ces mémoires, et ne les a pu continuer que jusqu'au 16 aoûst 1720.
La lettre d'invitation à ses obsèques le qualifie des titres suivants :
Très haut et très puissant seigneur Monseigneur Philippe, marquis de Courcillon et Dangeau, comte de Civrai, Melle et Usson, baron de Sainte-Hermine, de Bressuire et de Château du Loir, seigneur de Chausserais et autres lieux, chevalier des Ordres du Roi, conseiller d'Etat d'épée, grand maître des Ordres royaux, militaires et hospitaliers de Notre-Dame-de-Mont-Carmel et de Saint-Lazare-de-Jérusalem, tant deçà que delà les mers, gouverneur et lieutenant général pour Sa Majesté de la province de Touraine, gouverneur particulier des ville et château de Tours, doyen de l'académie française, ci-devant chevalier d'honneur de feues Mesdames les Dauphines.
Il est inhumé dans l'église Saint-Sulpice, près de son fils, Philippe Egon, mort en 1719. Sur un pilier de la sacristie a été inscrit :
Icy repose très-haut et très-puissant seigneur Philippe de Courcillon, marquis de Dangeau, etc..., grand maître des ordres de Notre-Dame du Mont-Carmel et de Saint-Lazare de Jérusalem, gouverneur de Touraine, chevalier, chevalier des ordres du roi et chevalier d'honneur des deux dauphines, décédé le 13 septembre 1720, âgé de 84 ans. Et Philippe-Egon, marquis de Courcillon, son fils, gouverneur de Touraine, décédé le 20 septembre 1719, âgé de 33 ans.
Il se marie une première fois en 1670 avec Françoise Morin fille de Jacques, fermier général, seigneur de Châteauneuf, et d'Anne d'Yvelin, dont :
1. Marie Anne Jeanne, née en 1671, décédée le 28 juin 1718, mariée le 18 février 1694 à Honoré Charles Edouard d'Albert, duc de Luynes, né le 6 décembre 1669, décédé le 13 septembre 1704, fils aîné du duc de Montfort, et de Jeanne Marie Colbert, dont :
1.1 Charles-Philippe, il héritera du domaine de Dangeau en 1720 et portera le titre de marquis,
2. Thérèse, célibataire.
Sa première épouse meurt le 21 mars 1682, Philippe de Courcillon se remarie le 30 mars 1686 à la comtesse Sophie de Bavière, née en 1664, une des filles d'honneur de la dauphine, fille de Frédéric Charles, comte de Lowenstein-Wertheim-Rochefort, et d'Anne Marie de Furstemberg. Dans son journal (tome I, page 316), à cette même date, nous pouvons lire :
" Monseigneur courut le cerf. A six heures, mes fiançailles se firent chez Madame la dauphine, où le roi vint. Ce fût l'abbé Fléchier, nommé évêque de Lavaur, qui fit la cérémonie. Il y eut le soir appartement, et Madame la Dauphine se fit chanter l'opéra d'Armide par les acteurs de Paris. A minuit, nous allâmes à la chapelle où j'épousai la comtesse Sophie de Lowenstein ".
A propos de ce second mariage, cette union avantage très heureusement Philippe de Courcillon, en lui accordant l'une des plus aimables femmes de la cour, qui, sans apporter aucune fortune à son époux, lui donne le prestige de sa haute naissance car elle est de grande noblesse allemande, apparentée à tous les princes d'Empire et à la maison de Bavière [Dictionnaire de biographie française]. De plus, c'est une femme très vertueuse et d'une grande beauté. Saint-Simon dit d'elle "elle n'avait rien de vaillant, mais elle était charmante de visage, de taille, de grâce....avec toutes celles de l'esprit."
Par contre, cette union entre Philippe de Courcillon et Sophie-Marie de Lowenstein peut étonner car elle n'apparaît pas assortie sur le plan de la noblesse. Les "Dangeau" appartiennent en effet à la petite "gentry", longtemps restée attachée à la Réforme ; un petit fief qui aspire à être grand.
De cette seconde union, il laisse Philippe-Egon.
Saisie : Patrick POIRIER
Dernière modification : 19 Octobre 2007