Victor Eugène DEBREE dit PENEL

Victor-Eugène Debrée vit le jour le 27 juillet 1854 à La Ferté-Villeneuil (Eure-et-Loir) au foyer de Pierre Constant Debrée et Victoire Robillard, son épouse, marchands merciers et épiciers en ce bourg rural du canton de Cloyes. Il était issu d'une famille de sept enfants dont quatre décédèrent en bas-âge.
Le jeune Victor dut apprendre à lire et à écrire, avant d'être embauché très jeune dans les fermes du voisinage. En 1875, il était encore charretier dans son village natal lorsqu'il épousa Rose Dubut, domestique à Marboué, fille d'Alexandre Sébastien Dubut, charron, alors détenu à Avignon après avoir été condamné par la Cour d'Assises d'Eure-et-Loir, le 13 décembre 1871, à la peine des travaux forcés à perpétuité.
En 1876, Victor se fit recenser comme journalier à la Chapelle-du-Noyer, mais il changea radicalement de métier après cette date puisqu'on le retrouve marchand-colporteur à Charray en 1879, et enfin brocanteur au Mée en 1881. Pour son commerce, Pénel (c'est ainsi qu'on l'avait surnommé) participait à toutes les fêtes, louées et assemblées de la région dunoise assisté de son épouse qui s'occupait de la vente des confiseries, des loteries et des jeux.
« La vivacité de son esprit et la sûreté de ses répliques lui gagnèrent l'estime du public. Bonimenteur de foire, il avait l'habitude d'interpeller les paysannes venues au marché ou les gamins voulant jouer à sa loterie. Finalement, il devenait une des attractions de la fête!...A la foule groupée autour de son étalage, Pénel prenait plaisir à chanter quelques-unes de ses dernières compositions » (Christian Porcher).
Car notre colporteur s'était hissé au rang de vedette locale avec des chansons caustiques, souvent à caractère revendicatif, qui stigmatisaient notamment le sort des « malheureux ouvriers agricoles » en proie à la cupidité des « riches propriétaires » , traduisant une connaissance personnelle de la situation. On se doute que son auditoire des campagnes était réceptif à ses couplets contestataires, et les ouvriers ne manquaient pas de les entonner à la première occasion, et de se passer les cahiers compilant de tels écrits! Plusieurs de ses chansons évoquaient aussi des faits-divers de la vie quotidienne, des situations incongrues etc... Nous en reprendrons des extraits un peu plus loin.
A une époque indéterminée, Pénel se mit à la réparation des parapluies et organisa avec succès des tournées de ramassage de ces objets endommagés, à tel point que les gens prirent l'habitude de désigner le parapluie du nom de « pénel », appellation dont les anciens de la région se souviennent encore. Les commandes augmentant, le réparateur, doté d'un petit pécule, décida d'ouvrir une boutique à Châteaudun, rue Porte-d'Abas. C'était en 1904. Puis l'ouvrage affluant, il s'installa en 1907, 2, rue Nationale, aujourd'hui rue du Maréchal Lyautey, et fit imprimer à cette occasion, un prospectus destiné à sa clientèle :
« Chers clients des villages
« Je ne puis régulièrement
« Pour avoir votre ouvrage
« Aller vous voir souvent.
« Veuillez donc m'envoyer
« Et par n'importe qui
« Ce qu'il faut réparer
« En fait de parapluies.
« Toutes les commissions
« Par moi seront payées
« Sans que les réparations
« En soient plus augmentées
« Et si vous avez besoin
« D'un pépin à crédit,
« Je vous connais très bien,
« N'êtes-vous pas mes amis? (…) »
Signé: Pénel le Fou.
Pénel avait trouvé pour sa nouvelle boutique une enseigne appropriée: « Au pauvre Morainville », en souvenir du célèbre chansonnier, mort à Chartres en 1851, qui comme lui courut les foires du département en y déclamant des couplets de sa composition accompagné d'un violon.
Dans les annonces de la presse locale, il usait même de ce « slogan » publicitaire:
« Au Pauvre Morainville
« Qui n'a rien amassé
« Apportez tous en ville
« Vos parapluies cassés. »
Aux alentours de la Première Guerre Mondiale, Pénel se vit confier l'emploi de tambour de ville à Châteaudun. Après avoir fait ses annonces légales, il agrémenta la sortie de ces trois vers inspirés:
« Payez donc, pauvres mercenaires
« Pour acheter des fourrures
« Aux femmes des fonctionnaires... »
Le succès auprès de la population fut immédiat...mais le maire outragé le congédia le lendemain!
En 1923, Pénel et son épouse céderont leur fonds pour une somme modique et se retireront au lieudit: « La Croix-Vadé », écart de Châteaudun. Tombés dans la pauvreté, ils vécurent alors de petits travaux et de la générosité de quelques familles charitables.
Très connu dans la contrée comme amateur de vieilles pierres (vieux silex, fossiles etc...), Pénel amassa une riche collection qu'il légua en 1925 à son ami Henri Lecesne, l'un des fondateurs de la Société Dunoise, lequel en fit don au Musée de Châteaudun. Pénel peut donc être cité au nombre des archéologues locaux.
Malade, il mourut chez lui le 7 juillet 1932 âgé de 78 ans, laissant le souvenir « d'un homme courageux, patriote, passionnément libre et bon vivant, quoiqu'un peu amer d'être réduit au rôle d'amuseur aux yeux de trop de ses compatriotes ».
Certaines de ses chansons ont été imprimées chez H. Chartier à Vendôme. En voici quelques extraits: la première, toujours d'actualité, s'en prend aux promesses non tenues des hommes politiques...
Totore s'en f... (sur l'air de Raymonde).
« Tout' la foule était ravie,
« On d'vait fair' baisser la vie
« Et déposer sans façons
« Les mercantis en prison.
« Au lieu d'aller à la baisse,
« Les prix montèrent en vitesse
« Tout d'même on vit un beau soir
« Baisser... le réservoir.
Refrain
« Totore, Totore,
« Il en rigole encore,
« Totore, Totore,
« N'y croyait pas du tout.
« Totore, Totore,
« Si le marchand majore
« Le prix du filet de porc,
« Totore... s'en fout.
« La morale de cette histoire
« Est qu'il ne faut jamais croire
« Les bobards des candidats
« Puisqu'eux-mêmes n'y croient pas ».
Le second texte aborde le problème des trains qui n'arrivent jamais à l'heure!
Folle complainte dédiée au passage à niveau de la rue d'Orléans.
(Air: Ah! Mes enfants...)
Le Garde barrière:
« J'vais ouvrir dans un moment
« Car le train de Paris
« Va passer je vous l'dis
« Dans ¾ d'heures d'ici
« Je n'puis être plus précis.
« Oui mes enfants
« L'express de Courtalain
« On l'attend d'puis c'matin
« Et celui d'Orléans
« Ça c'est très surprenant
« Ah! Mes enfants.
« Celui qui vient de Tours
« Nous a joué un sale tour,
« Depuis bientôt deux jours
« Nous l'attendons toujours
« Ah! Mes enfants
« Quant à celui de Lutz
« Ah quel huluberlu,
« Depuis trente heures et plus
« On n'la pas encore vu
« Ah! Mes enfants ».
La dernière chanson que nous avons choisie moque l'absence d'un mobilier pourtant bien commode dans nos villes.
Les monuments oubliés
(Air: Mon Paris).
« Il y a trente ans dans la ville
« On pouvait trouver un peu partout
« Des édifices fort utiles
« Pour déverser... tout ça dans les égouts.
« Quand on avait trop bu de bocks de bière
« Ou d'apéritifs au Café Français
« De p'tit's cabin's hospitalières
« Rec'vaient l'trop plein de nos excès.
Refrain
« Ah qu'elle était belle ma p'tit' ville,
« Châteaudun au bord du Loir.
« On y vivotait bien tranquille,
« On y trouvait des urinoirs.
« Mais d'puis l'Ad-mi-nis-tra-tion
« Décida leur suppression.
« Faut donc prendr' ses précautions,
« Quand on a bu un coup d'trop
« D'anis ou bien de pernod,
« Faut mettr' ça chez soi dans un pot.
« Ah qu'elle était bell' ma p'tit' ville.
« Châteaudun au bord du Loir ».
Sources:
- Christian Porcher: « Victor Debrée, dit Pénel, marchand de parapluies et chansonnier (1854-1932) », in « Bulletin de la Société Dunoise », N° 274, année 1984,pp 5-15.
- Médiathèque de Chartres – Fonds Jusselin.
Ascendance
0001 DEBRÉE Victor, dit PÉNEL ° 27/07/1854 La Ferté-Villeneuil (28), † 07/07/1932 Châteaudun (28), marchand de parapluies et chansonnier,
X 26/10/1875 La Ferté-Villeneuil (28), avec
DUBUT Rose ° 05/01/1852 La Ferté-Villeneuil, fa DUBUT Alexandre Sébastien, charron,
_____ détenu à Avignon (84) et CARRÉ Victoire (Postérité).
0002 DEBRÉE Pierre Constant ° 18/05/1828 La Ferté-Villeneuil (28), marchand-mercier
X 11/02/1850 La Ferté-Villeneuil (28), avec
_____ ROBILLARD Victoire Angélique ° 31/08/1823 Moisy (41), † 14/01/1895 La Ferté- Villeneuil (28).
0004 DEBRÉE Pierre ° 2 fructidor an XII Tripleville (41), † 05/11/1836 La Ferté-Villeneuil (28), berger,
X 19/10/1825 Membrolles (41), avec
GUILLEMOT Marie Louise ° 7 fructidor an IX La Ferté-Villeneuil (28), † 25/12/1871 La Ferté-
_____ Villeneuil (28).
0006 ROBILLARD Laurent ° ca 1795 Moisy (41), † 24/12/1862 La Ferté-Villeneuil (28), journalier,
X ca 1820, avec
_____ RIGOLET Angélique ° ca 1799 Brévainville (41), † 24/11/1863 La Ferté-Villeneuil (28).
0008 DEBRÉE Pierre ° 28/04/1759 Membrolles (41), journalier,
X 06/05/1788 Ozoir-le-Breuil (28), avec
_____ LEGRAND Thérèse Angélique ° ca 1765, † 11/11/1808 Tripleville (41).
0010 GUILLEMOT André ° ca 1763 Darnac (87), † 24/02/1804 La Ferté-Villeneuil(28), sabotier,
X 17/10/1786 La Ferté-Villeneuil (Saint-Martin) (28), avec
DAVEAU Marguerite[veuve 1°) LEMOINE Louis, journalier] ° ca 1761, † 27/03/1837 La Ferté-
_____ Villeneuil (28).
0012 ROBILLARD Jean [veuf 1°) GOUGEON Marie], journalier,
X 02/06/1789 Moisy (41), avec
_____ RENAULT Catherine.
0014 RIGOLET Alexis ° 09/04/1776 Brévainville (41), propriétaire à Cloyes (28) en 1850,
X 25/11/1794 Saint-Jean-Froidmentel (41), avec
_____ TRIAU Madeleine Geneviève ° ca 1779, † 29/07/1842 Brévainville.
0016 DEBRÉE Toussaint ° 06/05/1731 Membrolles (41), † 03/02/1784 Membrolles (41), cultivateur,
X 09/08/1751 Membrolles (41), avec
_____ BURON Marie [veuve 1°) GIRARD Étienne] ° ca 1718, † 24/12/1798 Membrolles (41).
0018 LEGRAND Lubin ° 20/11/1732 Ozoir-le-Breuil (28), journalier
X 03/05/1760 Verdes (41), avec
_____ DIVRAY Madeleine ° ca 1741, † 13/11/1802 Villampuy (28).
0020 GUILLEMOT Sylvain, laboureur
X 09/11/1750 Bussière-Poitevine (87), avec
_____ ROUSSEAU Jeanne.
0022 DAVEAU Jean, cordonnier
X 03/08/1756 La Ferté-Villeneuil (Saint- Martin) (28), avec
_____ DUFOUR Marguerite [veuve 1°) TRÉMASSE Marin]
0024 ROBILLARD Alexis, journalier
X 03/02/1735 Moisy (41), avec
_____ MAUGER Marie.
0026 RENAULT Pierre, journalier,
X 06/07/1756 La Bazoche-Gouët (28), avec
_____ BOUVIER Françoise.
0028 RIGOLET Alexis ° ca 1749, maître d'école
X 23/11/1773 Brévainville (41), avec
_____ PHILIPPE Marie Louise ° ca 1750.
0030 TRIAU Claude ° ca 1742, † 15/11/1802 Saint-Jean-Froidmentel (41)
X 17/05/1763 Saint-Jean-Froidmentel (41), avec
_____ LECOMTE Marie Madeleine, † 25/10/1782 Saint-Jean-Froidmentel (41)
0032 DEBRÉE Toussaint
X avec
_____ BELLANGER Madeleine
0034 BURON Pierre
X 08/01/1715 Membrolles (41), avec
_____ GUILLON Marie.
0036 LEGRAND Pierre
X 04/03/1726 Ozoir-le-Breuil (28), avec
_____ THIBAULT Jeanne.
0038 DIVRAY François
X 23/01/1731 Binas (41), avec
_____ GOUET Louise ° ca 1709, † 10/03/1744 Verdes (41).
0044 DAVEAU (DAVIAU) Nicolas, demeurant à Séris (41)
X avec
_____ ROSE Jeanne.
0048 ROBILLARD Alexis
X avec
_____ RABY Catherine.
0052 RENAULT Étienne
X 04/07/1719 La Bazoche-Gouet (28), avec
_____ BIARD Marie.
0054 BOUVIER Jean ° ca 1690
X 23/09/1716 Droué (Boisseleau) (41), avec
_____ RALLU Jeanne.
0056 RIGOLET (RIGOLLET) Pierre
X 13/02/1733 Semerville (41), avec
_____ BLESLU Jeanne.
0058 PHILIPPE Pierre
X 08/01/1743 Ouzouer-le-Doyen (41), avec
_____ SAVOIR Elisabeth.
0060 TRIAU (TRIGNIAU) Jacques
X 14/02/1719 Brévainville (41), avec
_____ BOURSIER Madeleine.
0062 LECOMTE René
X 22/11/1740 Saint-Jean-Froidmentel (41), avec
_____ BEAUGENDRE Marie.
0104 RENAULT Étienne
X 03/08/1688 Les Autels-Saint-Éloi (28), avec
_____ GUINEBERT Anne ° 03/08/1668 Les Autels-Saint-Éloi (28)
0106 BIARD Nicolas [veuf 1°) POUILLET Julienne]
X 13/08/1696 La Bazoche-Gouet (28), avec
_____ ROUSSEAU Marie [veuve 1°) GIROUX Michel].
0108 BOUVIER Toussaint
X 02/07/1686 Droué (Boisseleau) (41), avec
_____ DORILLEAU Anne
0110 RALLU Louis
X avec
_____ PASQUIER Marie.
0112 RIGOLET Maurice
X avec
_____ RECOQUILLÉ Madeleine.
0114 BLESLU François
X avec
_____ ESNAULT Gabrielle.
0116 PHILIPPE Étienne
X avec
_____ CHAMPENOIS Marie.
0118 SAVOIR Philippe
X avec
_____ AVRIN Anne.
0122 BOURSIER Jacques
X avec
_____ VIDIER Madeleine.
0124 BEAUGENDRE René
X avec
_____ BENOIST (BINOIS) Marie.
0210 GUINEBERT Pierre
X 03/11/1665 Charbonnières (28), avec
_____ RENAULT Anne.
0214 ROUSSEAU Mathurin
X 22/05/1646 Cherré (72), avec
_____ COUTURIER Catherine.
0216 BOUVIER Julien
X avec
_____ PÉAN Élisabeth.
0218 DORILLEAU Jacques
X avec
_____ GAUDRY Michelle.
0420 GUINEBERT Marc
X 23/02/1626 Charbonnières (28), avec
_____ BONNIN Pasquière.
0422 RENAULT (REGNAULT) Daniel
X avec
_____ FERREAU Coulonne.
0842 BONNIN Michel
X avec
LESCARBAULT Pasquière.
Saisie : Christiane BIDAULT
Dernière modification : 16 Février 2014