Histoire des communes - Fiche personnalité

Personnalité

  • Roland Charles Marie BOUDET

  • Naissance : 1913

  • Décès : 1993

  • Profession : Maire, député, conseiller général

  • 4 activités


Roland Charles Marie BOUDET

 

Maire et conseiller général de L’Aigle, député de la circonscription de Mortagne

Né à Bubertré, Roland BOUDET a d’abord suivi ses classes primaires dans l’école de cette commune où sa mère était l’institutrice d’une classe unique. Après avoir obtenu son certificat d’études, il a été admis comme pensionnaire au collège Rémi Belleau de Nogent-le-Rotrou, puis au cours complémentaire à Alençon, enfin à l’Ecole Normale de cette dernière ville.

En octobre 1934, Il est nommé instituteur à Bellême, mais doit quitter son poste le mois suivant pour partir au service militaire. A son retour, il est nommé à L’Aigle, puis à Berjou, puis à Athis-de-l’Orne.

C’est dans le contexte de la création du Front populaire, qu’il adhère au Parti Communiste… qu’il quittera bientôt, à la signature du pacte germano-soviétique. Mais cette adhésion passagère lui vaut d’être envoyé en Algérie peu de temps après sa mobilisation pour la « drôle de guerre ». Rapatrié dans la France occupée, il devient instituteur à Vitrai-sous-L’Aigle en novembre 1940.

En juin 44, il intègre le Comité cantonal de Libération qui tente de remettre de l’Ordre à L’Aigle, ville bombardée et en grande partie détruite. Il est désigné par ce Comité pour créer un journal local, le directeur de l’hebdomadaire antérieur, « le Nouvelliste » ayant été jeté en prison. Le premier exemplaire du « Réveil Normand » sort ainsi des presses de Montligeon le 24 octobre 1944, avec un éditorial signé Francis Roland JACQUELIN, pseudonyme de Roland BOUDET. Il venait d’être nommé instituteur à L’Aigle et ne voulait pas mélanger ses deux fonctions.

A cette époque, l’hebdomadaire local est lu par tous, autant pour connaître les cours des marchés, le prix des denrées et des produits de la basse-cour que l’état-civil, les vraies nouvelles comme les commérages et l’éditorial du journal donne le tempo politique. « Le Nouvelliste », dont la diffusion était très large entre l’Eure et l’Orne, s’opposait au « Perche » de Mortagne avant guerre, « Le Réveil Normand » prit la suite dans cette opposition.

En 1958, fort de cette position dans le journal local, Roland BOUDET se présente à la députation sous l’étiquette UNR (soutien au Général De Gaulle) et est élu. Il perd l’élection suivante de 1962, menée sous l’étiquette du Parti Libéral Européen.

Dans la foulée de cet échec, il est démis de ses fonctions de directeur du Réveil Normand. Il rachète alors une imprimerie de Livarot et son journal, dont il publie une édition aiglonne : « Nos Cantons », sans grand succès. Un journal gratuit d’information : « L’Aigle Dimanche » lui succédera, imprimé sur les presses de l’imprimerie Roland Boudet, cette fois installée à L’Aigle. Ces deux dernières publications sont rebaptisées par les lecteurs « Le Petit Boudet », une référence amusée à la petite taille du député.

Retour en politique : en 1964 il est élu conseiller général du canton de L’Aigle, poste qu’il occupera jusqu’en 1988. Puis, en 1965, il conquiert de haute lutte la mairie de L’Aigle en imposant les 23 membres de sa liste. Il sera maire de la ville jusqu’à son retrait,en 1989. En 1967, il retrouve le chemin du Palais Bourbon, comme député de Mortagne, réélu en 1968 et 1973, sous étiquettes centristes, jusqu’en 1978.

Personnage contrasté, tantôt extrêmement sérieux, tantôt mariant l’humour, parfois cinglant, parfois teinté de gauloiserie mais toujours légère, Roland BOUDET étonnait ceux qui ne le connaissaient pas. Il aimait ainsi à raconter comment il avait proposé… comme une évidence, le nom de Napoléon pour baptiser le lycée de L’Aigle. Ses capacités d’écoute des autres et d’empathie, sa finesse d’analyse, son don oratoire, sa bonhomie l’ont rendu très populaire. Mais il savait aussi se montrer obstiné dans ses choix et féroce avec ses adversaires.

Il avait également su conserver et cultiver son accent percheron, rocailleux, disait-il, qui faisait souvent rire à l’Assemblée Nationale quand il y prenait la parole, mais qui représentait un atout certain auprès de son électorat. Il se faisait ainsi le porte-parole des ruraux, ce qui n’était pas, pour lui, qu’une apparence. Né dans un village minuscule, au milieu de la forêt de Tourouvre où son père était marchand de bois, il avait conservé l’amour de la campagne profonde et des gens simples qu’il avait côtoyés depuis l’enfance.

Peu de temps avant sa mort, en 1991, il a écrit et édité un livre : « Né en 13 » où il relate son étonnant parcours. S’il ne fallait n’en retenir qu’un extrait, choisissons celui où il raconte que, né prématuré, sa mère, jeune institutrice, n’avait pu l’allaiter. On lui trouva donc une nourrice, exerçant le métier de laveuse, très pénible à cette époque, et « bien connue comme étant fortement portée sur le calva ». Si bien, poursuit-il « que mon premier aliment ce fut certainement du lait au calva. Cela prouve que ce mélange est fortifiant. En tout cas, j’ai toujours cru qu’il m’avait permis de franchir les premiers jours de ma vie qui furent périlleux. C’est pourquoi, devenu député, j’ai toujours défendu les producteurs de calvados, les bouilleurs de cru si calomniés... ».


Saisie : Jean Pierre HEDERER

Dernière modification : 1 Novembre 2018