Histoire des communes - Fiche personnalité

Personnalité

  • Henry Charles DANJOU

  • Naissance : 1758

  • Décès : 1828

  • Profession : Agent municipal, meunier et cultivateur

  • 1 conjoint

  • 2 activités


Henry Charles DANJOU

Récit inédit du temps passé

Première partie

Le 27 frimaire an VIII de la république, il s'est passé à Luigny un tragique événement.

5 ouvriers puisatiers, désignés dans la contrée sous le nom de marnerons, avaient creusé une marnière au terroir du Verger.

Pour éviter tout accident, ils avaient consolidé l'excavation produite par un cintrage méthodique : une marque bleue et d'excellente qualité avait été rencontrée à 37 mètres environ de la surface. Dès lors l'exploitation pouvait commencer.

Un nommé Binois, âgé de 40 ans, travaillant seul, commençait à creuser une galerie latérale, quand soudain un bruit inquiétant annonçant un éboulement se fit entendre. Inquiets, ses camarades descendent en toute hâte le baquet ou benne d'extraction, criant à Binois de monter dedans. A t'il vraiment entendu ? Hélas ! voici un craquement terrible. Une masse énorme de terre, brisant les boiseries, se détache des parois de la marnière et la comble en partie, ensevelissant le malheureux Binois.

On devine l'angoisse des survivants qui lancent des appels désespérés, sans aucune réponse.

Pour sûr, il est mort, disent-ils.

Poutant, ils n'ont pas abandonné tout espoir. Après tout, une voûte a pu se former au dessus de sa tête, il peut être simplement blessé ou évanoui.

Finalement ils se rendent au bourg pour réclamer du secours et racontent le terrible accident à la municipalité. Le maire de Luigny de l'époque se nomme Henri Charles Danjou, cultivateur aux tardivières. C'est un honnête homme, instruit et intelligent.

Il réunit le plus grand nombre d'hommes possible et se rend sur les lieux de l'accident.

Hélas ! le mal s'est aggravé, de nouveaux éboulements se sont produits, de sorte qu'il est dangereux même d'en approcher... on écoute, mais on n'entend aucune plainte ! Plus de doute, le puisatier est mort.

Le bon maire voudrait bien faire quelque chose, mais se sentant écrasé devant les difficultés énormes, il se retire, la mort dans l'âme.

Cependant Danjou recommence à espérer contre toute espérance. Le lendemain, à l'aube, il retourne sur les lieux de l'accident, se couche à terre et colle son oreille sur le sol : alors, ô bonheur !... il entend distinctement des plaintes, des appels désespérés.

Vite il retourne au bourg, réquisitionne tous les hommes valides, jusque dans les localités voisines, avec tous les instruments de sauvetage possibles. Il y a déjà 30 heures que l'accident est arrivé !

Le travail est repris avec la plus grande vigueur. En raison du danger, le déblaiement de la marnière semblant impossible, un nouvel oeil est ouvert à côté. Le sol étant sablonneux et friable jusqu'à la profondeur de 30 mètres, le forage devait se faire facilement. En effet les travaux avancent rapidement. Au fur et à mesure de la descente, les parois sont consolidés avec le plus grand soin. On entend de mieux en mieux les plaintes du malheureux. Les ouvriers redoublent d'efforts et arrivent en moins de 60 heures de travail à une profondeur égale à celle de la marnière... Alors on crie à Binois de dire, s'il le peut, dans quelle situation il se trouve. Il répond qu'il est tout près dans une excavation où il a eu le temps de se réfugier, il n'est point blessé, mais n'ayant rien pris depuis trois jours, il se sent très faible.

Encore quelques coups de pic... et le voilà sauvé ! Binois est ramené au jour et la foule lui fait une chaleureuse ovation. Au bout de quelques jours, il était remis et de sa terrible aventure il ne lui restait plus qu'un mauvais souvenir.

Deuxième partie

Le maire de Luigny, Danjou, ayant entrepris et dirigé les travaux de sauvetage, méritait une récompense. Une médaille en argent, grand format, lui fut accordée.

La remise eut lieu à Nogent-le-Rotrou, avec solennité, en présence des notables et d'une foule nombreuse. Le chef de district lui dit ensuite : "citoyen, tu as bien mérité de la République, mais ce n'est pas assez. Dis-moi ce que tu désires pour toi ou ta commune. Si cela m'est possible, je te l'accorderai".

Danjou répond qu'il n'a fait que son devoir et ne demande rien. Le chef de district insiste. Alors Danjou s'enhardit : "pour moi, je ne demande rien mais, si tu veux me faire plaisir, donne-moi pour ma commune, la cloche qui sert de pot de ch... dans le cimetière de la Bazoche." - Tu as ma parole, tu l'auras."

Danjou est ensuite porté en triomphe jusqu'à son hôtel.

Quelques temps après, non sans difficultés, la fameuse cloche est livrée par la municipalité de la Bazoche. Elle pesait 1500 Kg.

Source : l'écho de Brou vers 1900


Source : Archives Départementales Eure-et-Loir

Saisie : Christiane BIDAULT

Dernière modification : 23 Novembre 2013