Albert PREJEAN
Une Famille d’artistes : Les PRÉJEAN
Nos recherches généalogiques sur le Perche-Gouët nous ont amené à étudier dès 2007 la famille Préjean (alias Prégent), suite à une correspondance échangée avec notre ami Nicolas Soulard qui travaillait alors sur la filiation de Ségolène Royal (et son ascendance sarthoise, dont les Prégent).
Certaines bases de données sur Internet laissaient en effet penser que le célèbre comédien Albert Préjean (1894-1979) pouvait avoir des racines percheronnes, et de fait cousiner avec l’ancienne candidate à l’élection présidentielle.
Piqué par la curiosité, nous avions ébauché un premier tableau, sans parvenir toutefois à progresser au delà du milieu du XIXè siècle. Et c’est avec le concours récent d’un autre collègue érudit, Monsieur Claude Fath, fondateur de la Société d’Histoire d’Aubervilliers, qui nous a complaisamment fourni les informations en sa possession, que nous avons pu débloquer la situation.
Merci donc à Nicolas et à Monsieur Fath pour leur aide précieuse et leur esprit de coopération sans lesquels cette recherche biographique n’aurait pu aboutir.
Albert PRÉJEAN (1894-1979)
Albert Préjean est né le 27 octobre 1894 à Pantin (93), au 12 rue Lapérouse chez sa mère, Marie Hamon, journalière d’origine bretonne.
L’année suivante, ses parents se mariaient dans cette commune et Aimé Louis Alexandre Préjean, restaurateur au 11 rue Solférino à Aubervilliers (93), le reconnaissait comme son fils.
Certains biographes affirment que le jeune Albert passa son enfance à Cloyes-sur-le-Loir (28), mais si la chose est plausible, elle n’est cependant pas confirmée par les documents.
Nous avons visionné les recensements de Cloyes pour les années 1896 et 1901, sans rencontrer sa présence, alors que Monsieur Fath, qui a regardé minutieusement ceux d’Aubervilliers pour les mêmes dates (et même au delà) peut affirmer qu’Albert demeurait bien chez ses parents, avec ses frères.
Il est vrai que la grand’tante maternelle de l’enfant, Félicie Préjean (fille des époux Préjean-Crosnier), mariée en 1866 à Auguste Augis, sabotier, habitait bien la ville de Cloyes, quartier du Vivier, en 1896, et qu’elle élevait un nourrisson. Albert, le « Petit Parisien », a-t-il été envoyé à Cloyes dès sa naissance, où est-il simplement venu passer des vacances dans la vallée du Loir durant sa prime jeunesse, chez cette tante ou des cousins restés dans la région ? La question mérite d’être posée.
Albert Préjean fit ses études à la pension Escache de Nogent-sur-Marne, puis son père, qui rêvait de faire de lui un homme d’affaires, l’envoya à Fribourg pour apprendre l’allemand.
Très sportif, il pratiqua le vélo, la boxe [avec son amie Georges Carpentier (1894-1975)], la lutte, la course à pied et l’escrime.
En 1912, il trouva un emploi à la Bourse et réussit à faire quelques bonnes affaires. Puis, sur les injonctions de son père, il décida, l’année suivante, de devancer l’appel au service militaire…
Albert Préjean choisit le 25è régiment de dragons par l’amour des chevaux, et alors que la guerre venait tout juste d’éclater, il fut cité le 15 novembre 1914 à l’ordre du détachement d’Armée de Belgique : « Sorti d’une rafale de gros obus, y est retourné de lui-même pour relever sous le feu un brigadier de son escadron mortellement blessé ».
Cet acte de bravoure lui valut la Médaille militaire et sa promotion au grade de brigadier.
Le 14 juin 1915, Albert Préjean reçut la Croix de Guerre avec palme pour une nouvelle citation à l’ordre de l’Armée.
Nommé sous-lieutenant à titre temporaire en juin 1916, il passa rapidement au 111è RI avant de rejoindre le 245è RI.
Blessé deux fois les 31 décembre 1916 et 6 février 1917, le jeune homme demanda, au sortir de l’hôpital militaire, à être affecté à l’Armée de l’Air. « On me l’accorda. Au manche de mon zinc, j’étais devenu un as et nous formions une petite équipe. Magnifique escadrille, celle des Cigognes avec Guynemer… rien que çà ! ».
L’horrible guerre terminée, voici le héros de retour, auréolé de ses nouveaux exploits : citation en novembre 1917, avec la Légion d’Honneur, et deux étoiles de bronze.
Les affaires de son père ne marchant pas très bien, il devint le représentant de l’entreprise « Pétard et Préjean » spécialisée dans la vente de socs de charrue « Messidor ». Un jour de 1920, il rencontra Augusta Favas, une petite modiste de 22 ans, qu’il épousa trois mois plus tard avec une précipitation qui déconcerta son entourage !
Albert apprit l’existence d’un cours : «Devenez Star en trente leçons » et c’est là qu’Henri Diamant-Berger (1895-1972), remarquant sa dextérité dans le maniement de l’épée, lui confia un petit emploi proche de la figuration pour le film : « Les trois mousquetaires » (1921). On ne l’aperçoit que quelques secondes !
Découvert par Diamant-Berger, Albert fut cependant consacré par René Clair (1898-1981), futur Académicien, qui en fit une vedette avec « Paris qui dort » (1923), « Le chapeau de paille d’Italie » (1928), grand succès, et surtout « Sous les toits de Paris » (1930), l’un des premiers films sonores dans lequel il poussa agréablement la chansonnette de sa voix gouailleuse de petit Parigot. Tout le monde se mit à fredonner la chanson qui, prolongement du film, se vendit dans la rue comme des petits pains.
A 36 ans, ce fut la consécration pour le sympathique comédien, issu des milieux populaires, le bon gars au cœur d’or et aux poings d’acier, coqueluche des music-halls et des studios, tant français qu’allemands. Il tint dans ses bras les plus belles femmes de l’époque, Annabella (1907-1996) et la toute jeune Danielle Darrieux (16 ans et demi !), sa partenaire de « Volga en flammes » (1934).
Riche de près d’une centaine de rôles, la carrière d’Albert Préjean s’allongea jusqu’à la guerre de plusieurs titres honorables : « Jenny » (1936), le premier film de Marcel Carné, « La Piste du Sud » (1938), qui l’emmena jusqu’à Colomb-Béchar, et « Dédé de Montmartre » (1939), dont la chanson resta un de ses plus grands succès.
Puis ce fut la guerre, qu’il regarda avec beaucoup d’amertume. Promu capitaine de réserve, on l’appela au 610è régiment de pionniers basé à Saint-Malo, avant de le retrouver sur les routes de Champagne, et enfin à Sedan. Démobilisé, il s’installa à Nice où il continua son métier. On lui reprocha d’avoir rejoint, en 1942, une délégation d’artistes invitée à Berlin par la Propagande allemande, compromission qui lui valut quelques semaines de prison à la Libération. Mais son passé de combattant héroïque lors du premier conflit mondial dut plaider en sa faveur…
Côté cinéma, il interpréta dans trois films le rôle du commissaire Maigret (1942-1944).
Albert Préjean participa aussi à un spectacle en tournée dans le midi , dont la vedette féminine s’appelait Lysiane Rey. Albert fut aussitôt séduit, et un garçon, prénommé Patrick, débarqua dans leur vie le… 4 juin 1944 ! Une grande complicité perdura entre le père et son fils qui deviendra à son tour comédien.
Après la fin de la seconde guerre mondiale, à la cinquantaine passée, les rôles se raréfièrent et devinrent plutôt alimentaires. Sa dernière apparition lui permit de donner la réplique à Eddie Constantine (1917-1993) dans « Bonne chance Charlie » (1961). On le vit également dans l’habit de Monsieur Loyal pour le cirque Jean Richard (1921-2001) qui reprendra pour la télévision le rôle du commissaire à la pipe qu’avait tenu son ami quelques décennies plus tôt.
Dans les dernières années de sa vie, il coulera des jours heureux, s’adonnant à la peinture, accompagné de Jeanne Poché, sa dernière épouse.
Albert Préjean est décédé le jour de Toussaint 1979 à Paris, d’une crise cardiaque. Il repose désormais au cimetière d’Auteuil dont il avait été élu maire de la commune libre.
Patrick PRÉJEAN
Patrick Préjean, né en 1944, est un acteur rompu au théâtre de boulevard, et une grande voix du doublage français.
Il débuta à 13 ans, dans la troupe du cirque Gruss où il prit part aux jeux du Far West : clown, voltige, cheval, fouet… Il obtint, au Conservatoire national supérieur d’art dramatique de Paris, le 2ème prix de comédie moderne et le prix de la critique à l’unanimité.
Au théâtre, il joua dans plus de 80 pièces. On retiendra, entre autres, « Le Dindon » (Feydau, 1975), et « Cyrano de Bergerac » (Rostand, 1997), rôle pour lequel il fut nominé au Molière 1998 du meilleur comédien.
On le retrouva à la télévision, dans divers téléfilms, mais surtout au cinéma, notamment en 1982, sous les traits du Maréchal des logis Perlin, dans « Le Gendarme et les gendarmettes », aux côtés de Louis de Funès.
Il prêta sa voix à de multiples films d’animation, dont Tigrou dans la saga des Winnie l’ourson, et Sylvestre dans Titi et Grosminet.
Patrick Préjean a enfin été immortalisé dans un album de Lucky Luke, « Le Bandit Manchot », sous les traits de Double-Six.
Marié à Liliane Ne, il est le père de Laura qui a son tour est entrée dans le monde du spectacle.
Laura PRÉJEAN
Née en 1977, Laura est une actrice spécialisée dans le doublage. Elle a joué au Théâtre du Temple à Paris, en mars 2011, une pièce, « La Brigade des Tigresses avec Marion Game et Virginie Ledieu. Elle est aussi la directrice de plateau de la série « Vampire Diaries ».
Conclusion
La liste d’ascendance d’Albert Préjean publiée en annexe ne reprend pas la branche maternelle Hamon, d’origine bretonne, bien connue grâce aux recherches du CG 22, mises en ligne sur son site.
Côté Préjean donc, l’implantation géographique est centrée, dès le début du XVIIè siècle et ce jusque vers 1800, sur le village de Saint-Avit-du-Perche, à l’extrême nord du Loir-et-Cher, canton de Mondoubleau.
On notera, en 1681, une alliance avec une de Ferré, issue de gentilshommes verriers au Plessis-Dorin, siège de la verrerie du Chêne-Bidault, cités l’année 1552, en la personne de « Jacques (de) Ferré, écuyer, sieur de la Borde, demeurant au Plessis-Dorin, maître de la verrerie du lieu, époux de Cécile de Poupaille » (Maurice Jusselin - Archiviste du 28).
Chose curieuse, deux siècles plus tard, nous rencontrerons des Préjean, ouvriers verriers dans le Vendômois (Rougemont), et le Perche ornais (l’Hôme-Chamondot), et la région parisienne (Pantin).
Dernière singularité : l’union, en 1781, entre Charles Préjean et Louise Ferry, fille d’un scieur de long venu du diocèse du Puy-en-Velay, travailler de son métier dans la forêt de Montmirail. Le fils Préjean deviendra lui-même scieur de long.
Aucun lien généalogique n’a pu être établi à ce jour entre Albert Préjean et Ségolène Royal, malgré un voisinage très proche de leurs ancêtres sarthois.
Sources
- Claude Fath : « Enquête à Aubervilliers-Albert Préjean chez nous » Bulletin du Cercle Généalogique de l’Est Parisien – N° 59-Année 2005, pp 29-35).
- Patrick Préjean : « Albert Préjean », Éditions Candeau, 1979, 192 pages.
- Article de Donatienne sur Internet (février 2010).
- Archives communales de Saint-Jean-Froidmentel (Loir-et-Cher) consultées par Annette Sicot, que nous remercions ici.
Saisie : Christian LEGER
Dernière modification : 30 Décembre 2011