Histoire des communes - Fiche personnalité

Personnalité

  • Jean Baptiste CLOUET

  • Naissance : 1811

  • Décès : 1881

  • Profession : Instituteur

  • 1 conjoint

  • 3 activités


Jean Baptiste CLOUET

Champrond en Gatine 1811.

Le 16 avril est né Jean Baptiste CLOUET, fils de Jean-Baptiste, compagnon cloutier, et de Marie Catherine BOULAY. Sont déclarants comme témoins: Denis Hallot, instituteur et Pierrre Joineau, bourrelier, demeurant à Champrond-en-Gâtine.

Vaupillon octobre 1836.

En cette fin du mois d'octobre la nuit est tombée de bonne heure ; Jean CLOUET sommeille un peu. Il regarde le berceau dans lequel s'endort son nouveau-né ; Jules est né le 7 octobre à Vaupillon et le grand-père paternel, Jean-Baptiste Clouet, cultivateur de 58 ans, est venu de la commune voisine de Champrond-en-Gâtine pour témoigner à la mairie. C’était il y a trois semaines.

La jeune maman, Marie Jeanne BOURGINE épousée le 4 juillet 1835 à Magny, n'a que 16 ans; elle berce l'enfant et ainsi se repose au soir d'une journée de labeur.

Comme tous les pères, Jean se demande ce que deviendra cet enfant, son premier fils. Son propre père s'était sans doute interrogé 25 ans plutôt, mais avait-il imaginé, lui cloutier et cultivateur, que son fils deviendrait instituteur en un siècle où beaucoup ne savent ni lire, ni écrire.

Mais comment Jean est- il devenu instituteur ? Lui connaît la réponse.
Il pense au vieil oncle Pierre Percheron qui était instituteur en 1810 à Champrond-en-Gâtine; c’était le mari de Marie Magdeleine Desorge, une sœur de sa grand-mère paternelle.
Il pense aussi à Denis Hallot qui avait témoigné pour déclarer sa naissance et dont les fils sont devenus notaires.
Des hommes éclairés par la foi en l'instruction qui donne l'égalité et la liberté promises par la "Grande Révolution".

Jean a choisi ce métier exaltant dont la récompense est morale :
"En devenant instituteur communal, vous appartenez à l'instruction publique….Il n'y a point de fortune à faire, il n'y a guère de renommée à acquérir dans les obligations pénibles (accomplies). Destiné à voir sa vie s'écouler dans un travail monotone, quelquefois même à rencontrer autour de lui l'injustice et l'ingratitude de l'ignorance, il s'attristerait souvent et succomberait peut être s'il ne puisait sa force et son courage ailleurs que dans les perspectives d'un insert immédiat et purement personnel. Il faut qu'un sentiment profond de l'importance morale de ses travaux le soutienne et l'anime, et que l'austère plaisir d'avoir servi les hommes et secrètement contribué au bien public devienne le digne salaire que lui donne sa conscience seule…"

Jean a lu et relu cette lettre du ministre Guizot à tous les instituteurs de France après la loi du 28 juin 1833 qui accordait la liberté aux communes d'ouvrir des écoles primaires ; cette loi fondamentale constitue l'acte de naissance de l'école primaire publique puisqu'elle rend obligatoire, dans toutes les communes de plus de 500 habitants, la construction d'une "maison d'école".

Cette loi prévoit aussi que "tout individu âgé de 18 ans accomplis pourra exercer la profession d'instituteur primaire… sans autres conditions que de présenter préalablement au maire de la commune où il voudra tenir école :
un brevet de capacité..
un certificat constatant que l'impétrant est digne, par sa moralité, de se livrer à l'enseignement…".

Jean a conscience de la grandeur morale du métier d'instituteur, mais sait aussi combien la tâche est difficile dans une société où plus de la moitié des conscrits est illettrée ; en outre la loi de 1833 ne parle pas des filles. Dans les campagnes les enfants travaillent très jeunes ; tous les bras sont nécessaires pour subvenir aux besoins des familles; l'instruction est une utopie, un luxe réservé aux "riches". La Révolution a engagé un processus, mais il est difficile de changer les mentalités et de mettre en place les moyens nécessaires. La loi de 1833 marque un progrès, mais il faudra attendre les lois de 1881, celles de Jules Ferry, pour instituer la gratuité généralisée et donc l'obligation scolaire pour tous les petits Français. Cela Jean ne le sait pas ce soir de 1856.

En ce soir d'automne, il songe à ce qu'il doit apprendre à ses élèves et à ce qu'il devra inculquer à son fils. Le programme est simple et complexe à la fois. Il est défini par la loi :
"L’instruction morale et religieuse,
la lecture,
l'écriture,
les éléments de la langue française et du calcul,
Le système légal des poids et mesures."

"En (lui) confiant un enfant, chaque famille (lui) demande de lui rendre un honnête homme et le pays un bon citoyen." …

Demain, il commencera la journée par la leçon de morale qui servira de fil conducteur aux autres matières ; il n'a pas encore choisi la phrase qui éveillera la valeur du travail et le sens du devoir accompli. Puis il fera écrire sur l'ardoise… demain matin, car ce soir il ne veut penser qu'à son fils…

Montireau, mars 1859.

Depuis plus de vingt ans, Jean, avec la même conscience du devoir, apprend aux petits percherons qui lui sont confiés les règles de la morale civique et les éléments de langage et calcul qui en font de bons travailleurs. Il a vite quitté Vaupillon pour rejoindre en 1838 la commune voisine de Montireau où 322 habitants ont été recensés en 1857. Il est l’instituteur qui participe pleinement à la vie du village en tant que secrétaire de mairie ; à partir de juillet 1838 dans tous les actes d’état civil il est déclaré témoin et signe les registres.

Il est au cœur de l'éducation républicaine, qu’il l'inculque à tous et d'abord à ses propres enfants.
Après Jules, sont nées quatre filles à Montireau :

*Julie, Françoise Alexandrine, le 21 avril 1843
*Louise, Lucie Alphonsine, le 4 février 1849
*Marie Armandine, Léonie le 1 août 1854
*Emérance, Mélanie Henriette le 11 février 1859

Jean a 48 ans et son émotion est intense quand il regarde le berceau de sa quatrième fille pour laquelle il a voulu un prénom non ordinaire, un prénom qui signifie « celle qui mérite ». Aura-t-il le temps de lui apprendre à lire, écrire et compter, le temps d'en faire une bonne épouse et une bonne mère, le temps de lui trouver un bon parti ? Il s’interroge mais a confiance en l’avenir.

Montireau janvier 1860.

Emérance n'a pas un an, mais déjà Julie, sa sœur, se marie.
Julie a 16 ans et épouse un cultivateur de 21 ans domicilié au Clos des Demoiselles de Saint-Victor-de- Buthon, Auguste Joseph LECOINTRE ; il est né le 2 août 1838, fils de Jean-Louis Lecointre et Louise Jumeau.

Les deux familles ont préparé le mariage dans les règles ; un contrat a été passé devant Me Belfin, notaire à La Loupe. A la mairie, Julie peut signer avec la même sûreté du geste que son père, sa mère et son frère Jules qui est soldat en garnison à Douai dans le Nord.

L'instituteur de Montireau est fier en ce jour : sa famille entre dans une famille originaire, comme la sienne, de Bretoncelles dans l'Orne et il a le sentiment que Julie sera une cultivatrice de grand caractère ! Et il a raison car Julie marquera de son empreinte la famille Lecointre : tous ses petits enfants qui naîtront à la ferme de La Villedieu de Manou acquise vers 1875, porteront, en son honneur, en second prénom celui de Julien ou Julienne.

Montireau décembre 1872.

Douze ans se sont passés depuis le mariage de Julie. Jean a exercé son métier d’instituteur jusqu’en 1864, puis est devenu cabaretier - débitant de tabac. Il reste donc au cœur de la vie villageoise et continue de temps à autre à aller témoigner des naissances et décès à la mairie ; dès 1865, il est mentionné comme « ex. instituteur et propriétaire au chef lieu ».

Il veille à marier ses filles. Marie Armandine a 18 ans et épouse son cousin Jules Constant ROULLEAU qui a 24 ans et a perdu sa première femme en 1871. Les mères des mariés, Marie Jeanne et Louise Bourgine qui sont sœurs, et leurs maris trouvent que c’est un « bon arrangement ». Jules est cordonnier et comme ses parents habite Versailles (78). Marie Armandine va donc devoir abandonner son Perche natal. Mais le couple reviendra assez vite s’installer à Montlandon.

Jean ne sait pas que ce mariage ne sera pas heureux et s’achèvera sur un divorce en 1923. Il peut encore moins imaginer que les descendants de ses filles, Julie et Marie Armandine, se retrouveront au XXIe grâce au CRGPG ! ( Merci au passage à Mme Roulleau - n°1737 pour les informations données).

Montireau 21 mai 1881.

Le maire de Montireau enregistre le 21 mai 1881, sur le témoignage de Jules Constant Roulleau, cordonnier à Montlandon, 32ans, et Pierre Jules Constant instituteur à Montireau, 35 ans, le décès de :
CLOUET Jean Baptiste, ancien instituteur, né le 16 avril 1811 à Champrond-en-Gâtine, domicilié au bourg de Montireau, 70 ans, époux de Julie Marie Jeanne Bourgine.

L’instituteur témoigne pour l’ancien qui a si souvent signé les registres.
Jean laisse une veuve et deux filles célibataires :
- Alphonsine a 32 ans et est couturière.
- Emérance a 22 ans. Elle attendra treize années pour épouser en mars 1894 un veuf : Louis Prudent VERDIER, jardinier à Manouyau de Fontaine Simon. Elle aura un enfant.

Marie Jeanne Bourgine décédera le 22 janvier 1895, âgée de 74 ans.

Voilà l’histoire que j’ai reconstituée de Jean Clouet instituteur ; j’y ajoute les données sur son ascendance qui se localise à Bretoncelles dans l’Orne et Champrond-en-Gâtine en Eure et Loir.

Article publié dans le Souaton n° 102.


Saisie : Dominique LECOINTRE-MONTAGNE

Dernière modification : 17 Décembre 2010