Histoire des communes - Fiche personnalité

Personnalité

  • Jacques NOYAU

  • Décès : 1713

  • Profession : prêtre

  • 1 activité


Jacques NOYAU

 

Les aventures du curé Noyau

C’est dans une ambiance rien moins qu’idyllique que le curé Jacques Noyau exerça son ministère à la tête de la paroisse de Saint-Germain-des-Grois. Les conflits qui émaillèrent sa vie sacerdotale ont laissé des traces ineffaçables dans les registres paroissiaux, de 1684, année de sa nomination par l’évêque de Sées, jusqu’à son décès survenu en décembre 1713, et même au-delà.

Le litige originel

L’arrivée du curé Noyau avait été précédée onze ans auparavant par un événement que d’aucuns auraient pu juger de mauvais augure pour la bonne harmonie de la vie communautaire : la naissance d’un enfant du curé de la paroisse Denis Nully et d’une Marie Coudray, fille née en 1652 du greffier de la châtellenie de Villeray, André Coudray. Cette paternité insolite est attestée dans le registre paroissial :

« Le vingt deuxiesme jour du mois (janvier 1673) et an que dessus a esté par moy pbre desservant la cure de St Germain des Grois baptisé pierre fils naturel de mre denis nully ainsy que me l’a déclaré Elisabeth mauger la sage femme, et de marie coudray , le parrain Anthoine Richard fils de feu Blaise, la marraine Marie Gouin qui ont dict ne scavoir signer de ce interpellés suivant l’ordonnance Et a esté le mesme enfant aussy par moy inhumé dans le cimetière dudit St Germain décédé du soir précédent le douzieme jour du mois de febvrier, présence de Joseph Brunneval sousdiacre et René David le jeune signés avec nous »
A Bercil

Ce n’est toutefois pas cette entorse aux impératifs de bonne vie et moeurs sacerdotales qui allait générer les événements, parfois dramatiques, qui vont suivre. C’est le conflit créé par la désignation du successeur du curé Nully.
Deux semaines après le baptême de son fils par le vicaire Antoine Bercil, Denis Nully signe son dernier acte - un mariage – puis il disparaît. Mais on le retrouvera douze ans plus tard quand il participera à l’agression dirigée contre l’abbé Noyau, à ce moment-là nouveau curé de la paroisse.
Le curé titulaire aura été entre temps Anthoine Bercil, d’abord vicaire en 1672 puis desservant dès le 9 janvier 1673, soit 3 semaines avant le baptême de Pierre Nully. Il est nommé à la tête de la paroisse deux ans plus tard en février 1675.

L’année 1676 est cependant marquée par l’entrée en scène d’un étrange personnage, Jacques Odet de Malnoue, qui se révèlera être le candidat à la cure de Saint-Germain, soutenu par Messire Odet de Ryans, haut et puissant seigneur, chevalier de Villeray et autres lieux, contre le candidat de l’évêque de Sées.
Odet, fils de Louys de Malnoue escuyer sieur du Ronceray, n’est pas un novice dans ce genre d’intrigue. Il est né le 29 janvier 1626 à Saint-Germain-des-Grois. On ne sait rien des études qu'il a pu faire, mais il s’est signalé à l’attention dès le 14 mai 1661 (douze ans donc avant le départ du curé Nully) en administrant son premier baptême. Il se disait alors « Mre Jacques odet de Malnoue prestre ». Il est possible qu'on lui ait demandé d’assister Jean Pallu, le curé de la paroisse à cette époque, qui mourra trois mois plus tard le 20 août 1661. En janvier 1676 il se dit : « vénérable et discret Mre jacques odet de Mallenoüe pbre (prêtre) prieur de St Georges des bois ». enfin, en décembre 1679 « de malnoue curé » . Ces deux titres sont usurpés, d’abord celui de prieur de Saint-Georges car il n’y avait pas de prieuré, mais seulement une chapelle de Saint-Georges dans la paroisse de Saint-Germain-des-Grois . Odet de Malnoue intervient fréquemment pour des baptêmes de 1676 à 1678. Cependant, pour assurer sa légitimité, le curé en titre, Anthoine Bercil écrit sur le registre de 1677 : « A Bercil commis par monseigneur de Sais pour desservir la cure de st germain pendant le litige » .
Le dernier acte signé de Malnoue est daté du 3 juillet 1684. Le lendemain, Jacques Noyau, le nouveau curé, précise sa légitimité : « registre pour la paroisse de st germain des grois deppendant du diocesse de Seais pour les baptesmes mariages et sépultures à faire en la ditte paroisse à commenser par nous jacques Noyau prestre curé de la ditte paroisse et entré en icelle par autorité de justice le quatrième jour de juillet mil six cent quatre vingt quatre. »

La chapelle, vouée à saint Georges, avait été fondée par le comte de Tonnerre, seigneur de Villeray, en 1486 et restait sous le patronage de la seigneurie de Villeray. Cette situation ne pouvait pas ne pas créer des liens entre Mr de Villeray et Malnoue. Les cartes de Cassini indiquent que cette chapelle était en ruine en 1750.

L’agression et la fuite

La réaction des opposants à la décision épiscopale attendra six mois pour se manifester. Elle n’en sera pas moins violente comme le montre la relation qu’en fait le curé Noyau lui-même dans un long réquisitoire où le nom du curé Nully, son prédécesseur parti douze ans auparavant, est orthographié Neuilly :

« le jeudy dix huit janvier mil six cens quatre vingt cinq georges cochereau père et fils ont passé par les murs de mon presbytère de st germain des grois vers les sept à huit heures du matin et criant et blasphémant le saint nom de dieu me malmenèrent fort à coups de bâton et personne ne vint à mon secours quoique tout le monde qui demeure autour du presbytère m'entendirent crier de loing sans que personne vint à mon secours et après les dits cochereau père et fils allèrent au chateau de villeray me menacèrent de leur maistre et me dirent qu'ils allaint faire le raport de ce qu'ils avaint fait et le dire à mr de villeray, en effet ils y furent me menassèrent et aussytôt revinrent passer par le mur du presbytère accompagnés de denis neuilly dit laborde et le nommé hamelin masson et autres célérats qui achevèrent de casser la porte de la grange et emporter le reste de la paille jurant et criant le saint nom de dieu, je fut ce même jour là pour rendre ma plainte à belelme, m'envené puis passer Saint Hilaire des noyers où je couche des fois, j'étais fort mal tout noir des coups, le lendemain vendredi dix huit du dit mois de janvier je me plaigny à belelme et me fut visiter par le sieur le roux et la maréchaussée, et leur raport a été mis au greffe, après je m'en revins à st germain le même jour vendredi dix neuf janvier et le dimanche suivant qui était le vingt du dit mois plusieurs personnes me dirent que je prisse garde à moy et qu'on me cherchait pour massassigner et la même nuit vers les dix heures on madvertit de me sauver qu'on devait me prendre pour se saisir de moy et massassiner ce qui m'obligea de quitter tout et aller me plaindre à messieur le grand vicaire, je leur signifiai mes plaintes les priant de mettre un prêtre à ma place et que j'allais me jetter aux pieds du roy, je leur mis le présent registre ès main, les clés de mon tabernacle et celles des saintes huiles aussi un procès verbal de ce qui était dans le dit tabernacle, dedans les fons baptismaux, le tout a été signifié et mis ès main de mr le roy archidiacre diex mois secrétaire du chapître le siège vacant en foy de quoi j'ai curé soussigné ce vingt sept janvier mil six cens quatre vingt cinq. il faut voir à condeau chez mr le curé ce qui a été fait pendant mon absence étant allé au roy me plaindre »

Denis Nully ex-curé de la paroisse, à l’origine du conflit, est donc de retour après une disparition de douze ans, retour peu glorieux puisqu’il fait partie de la bande de « célérats » soudoyés par le haut et puissant seigneur de Villeray.

Le retour de Noyau

Afin que nul ne l’ignore, le curé Noyau écrit rageusement, en tête du registre de 1683

jamais odet malnoue na été curé

Après une absence de sept mois durant lesquels il n'y a plus de clergé dans la paroisse, le curé Noyau note son retour dans son registre paroissial :

« le vendredi dernier aout mil six cens quatre vingt cinq je soussigné curé de st germain des grois reconnais que mr leroy archidiacre diex mois et secrétaire du chapître de séez le siège vacant m'a remis ce jourd'huy de la part de meusieur le grand vicaire le siège vacant, les clés du tabernacle et des fons baptismaux et le registre des baptemes mariages et mortuaires que je leur ai donné avec les plaintes et outrages que Mr de villeray m'a fait faire par jacques odet malnoüe et Denis neuilly homme sentencié et des coups de bâton que les nommés georges cochereau père et fils m'ont donné dont acte est au greffe de Séez, a beleme et a paris »

Rappelons que Jacques Odet Malnoüe était le desservant qui a précédé le curé Noyau à Saint-Germain des Grois après la sentence infligée à Denis Nully.

La querelle avec René Auvry, sieur de la Fauconnerie

Odet de Malnoue puis Denis Nully protégés du seigneur de Villeray ont ouvert la liste des adversaires du curé Noyau. René Auvry, sieur de la Fauconnerie, va la continuer.

Le 2 janvier 1705, J. Levillain, vicaire de St Germain-des-Grois baptise un enfant dont la marraine est Marguerite, fille de René Auvry. Curieusement, les termes honorifiques habituels « damoiselle et sieur de » sont oblitérés dans l’acte :

Le 27 juillet de la même année, un enfant de René Auvri dit Fauconnerie a dû être baptisé à Condeau « à cause d’une friponnerie » faite au curé Noyau

La querelle avec René Auvry culminera cinq ans plus tard avec l'affaire de Villeperdue

L’affaire de Villeperdue

Le curé Noyau relate ainsi cette affaire :

« l'an de grâce mil sept cens dix le jeudi dix avril environ les trois heures après midi nous curé soussigné de l'église et paroisse de st germain des groy nous nous somme transporté au lieu de ville perdue de notre paroisse dans la maison de gilles bouchet et anne paquier sa femme où étant revêtu de notre surpelis, étole et bonnet carré avons monté dans la chambre haute accompagné de jacques denis et de jacques rouget voisins, avons ouvert la porte de la chambre, nous avons trouvé jeanne radiguet fille servente nouvellement accouchée d'une fille par charlotte moreau sage femme qui achevait d'accomoder cet enfant, nous avons demandé à la dite jeanne radiguet à qui était cet enfant, qu'il fallait dire la vérité, elle nous la dit et déclaré en présence de la dite charlotte moreau sage femme, des dits jacques denis et jacques rouget et d'autres cy après dénommés que c'était le sieur rené auvry qui luy avait fait et qu'il n'y en avait point d'autre que lui aussi nous lui avons répété plusieurs fois qu'il fallait dire la vérité et si ce n'était point d'autre qui luy eu fait cet enfant, elle nous a dit encore par plusieurs foy que c'était le dit sieur auvri et qu'il n'y en avait point d'autre que lui qui lui avait fait cet enfant et soutenu en présence de louise voisin femme d'estienne cochereau, d'anne paquier femme de gilles bouchet, de catherine eluard femme de jean gaulin, de jacquine festu femme d'antoine garnier, de marie roche femme de jacques denis, de jeanne oché femme de jacques rouget nous sommes descendus de la chambre et avons dit à la dite charlotte moreau sage femme veuve de françois foucault de la paroisse de dorceau diocèse de chartres d'apporter cet enfant à l'église ce qui a été fait et la dite jeanne radiguet mère a dit qu'il fallait prendre jacques rouget pour parein et la fille du dit jacques denis pour mareine qu'elle les en priait, qui nous ont accompagné, étant à l'église jean pallu le jeune et antoine duchene nos voisins sy sont trouvés et avant que de batiser l'enfant nous avons encore demandé à la dite charlotte moreau sage femme à qui était cet enfant, elle nous dit en leur présence et des dits jacques denis, jacques rouget et de françoise denis que jeanne radiguet mère nous avait dit dans la chambre que c'était le dit sieur auvri qui lui a fait cet enfant, après quoi nous avons conféré le sacrement de batême après les cérémonies cy devant faites à renée fille naturelle de rené auvri demeurant en la nôtre de paroisse, et de jeanne radiguet servente ses père et mère, le parein Jacques Rouget, la mareine françoise Denis qui a donné le nom, qui ont déclaré ne scavoir signer les dits Jacques Denis et Antoine Duchene ont déclaré de même et le dit Jean Pallu a signé avec nous si le curé de st germain n’eut veillé et pris garde le dit enfant ci devant aurait été evannoui et on ne l’aurait pas vu comme il a été peut etre cy devant fait par elle

Ambiance balzacienne !
On imagine Jacques Noyau triomphant, revêtu de son bonnet carré et de son surplis, passant devant la Fauconnerie, repaire de sa victime, à mi-chemin entre son presbytère et Villeperdue.
A ce procès verbal détaillé, rien ne manque, ni la liste des nombreux témoins appelés, ni l’aveu de la culpabilité d’Auvry plusieurs fois répété par la mère, à la demande insistante du curé, tant à son domicile qu’à l’église.

Et enfin la morale de l’histoire dont on se demande bien en quoi la veille du curé aurait contribué à éviter « l’évanouissement » de l’enfant.

Le contentieux Garnier

On imagine que les relations du curé Noyau avec Auvry de la Fauconnerie ne devaient pas être particulièrement cordiales. Les péripéties du baptême d’un enfant d’Antoine Garnier, en 1712, laissent supposer qu’elles n’étaient pas meilleures avec celui-ci. Le curé Noyau en fait le récit suivant :

« l'an de grâce mil sept cens douze le mardy vingt quatre may Antoine Garnier, vers les sept heures du matin vint me dire qu'il avait un enfant à batiser. je lui ai demandé qui serait le parein, il dit que ce serait lui, je lui dis qu'il en prit un autre, qu'il ne pouvait pas être parein, il me dit qu'il voulait qu'il le fut, je luy dit qu'il en prit un autre et dit que non qu'il voulait qu'il fut parein avec des menasses et paroles mauvaises et comme j'allais dire la messe le dit Antoine Louis Garnier entrèrent dans l'église brusquement la femme de Jacques Denis apporta l'enfant accompagnée de Catherine Eluard pour être mareine, après la messe je fus aux fons batismaux mon étole violette dessus mon aube et mon rituel, j'ouvris les fons batismaux et en cet état redit au dit Louis Garnier qu'il ne serait pas parein parcequ'il n'avait pas fait ses pâques et qu'il fallait épurer son compte de prétendu trésorier ci-devant de notre église, que son compte n'était pas comme il faut, qu'il y avait de la fraude, il me dit qu'il serait parein et tous avec cet Antoine Garnier je leur expose qu'il fallait donner un autre parein. ils allèrent dans le bourg pour deffendre à des gens de venir. comme ces Garnier sont les maitres personne ne voulait venir que Jean Barban à qui je demande s'il voulait bien être parein et au nommé Jean Pallu ny lun ny l'autre ne voulurent. ce Louis Garnier me menassa fort et me dit que personne ne serait parein que luy et qu'un autre ne serait si hardi que de l'être, avec des paroles peu modestes, pour éviter le scandale dans le lieu saint et violences et la continuation et qu'on me laissait en panne disait il pour éviter les mauvaises suites de ce méchant et malinthomme après leurs méchants discours et bruit dans l'église, nayant personne je batise les enfants, une fille du dit Antoine Garnier qui ne fait point de pâques, qui retient les (...) de l'église, est la dite fille nommée Louise par Catherine Eluard et le dit Louis Garnier fut parein malgré moi, ce que je n'ai fait n'a été que pour l'enfant, crainte des faux témoins, voila la vérité comme il y en a eu et encore, car ils voulaient emporter l'enfant de force par plusieurs fois et de violence. ce Garnier prétendu trésorier fait le maître et labsolu dans la paroisse avec d'autres de la cabale, gens de néans il n'y a point de friponneries qu'ils n'aient faites et mangent les biens et revenus de l'église. »

Les conflits avec le greffe

A cette injonction du greffe de Bellême : "Comme je ne puis me dispenser de poursuivre ceux qui ne remettent les grosses des registres au greffe conformément aux édits de sa majesté et que depuis 1692 je n'en (ai) reçu que deus ou trois de votre part, je me trouve obligé de vous donner advis de l'ordre que j'ai reçu de Mr Lesindre qui est de poursuivre vivement les défaillants, ai comme vous ètes de ce nombre si vous voulez éviter les poursuites Il faut s'il vous plaix menvoyer toutes les grosses Incessament, advis que vous peut donner votre serviteur",

le curé Noyau répond :

« jay envoyé sitôt les registres d'année en année que jay eu les nouveaux et n'é point retenu que ce luy que je doy avoir ces à ceux qui mangent et dissipent les biens et revenus de toute l'église à payer ce quon demande non point au curé qui ne touche rien de ce qu'il luy apartient »

En fait, le greffe ne se souciant pas d’envoyer les nouveaux registres avant le début de l’année, le curé Noyau doit continuer à utiliser les anciens qu’il ne peut donc envoyer au greffe. Il ne manque pas de le faire remarquer à diverses reprises :

La fin du règne

Et enfin, le règne du curé Noyau s'achève comme il avait commencé : tristement.

« Le 18ème jour de décembre 1713 a été inhumé le corps de Jacques Noyau de son vivant pbtre curé de Saint Germain des Grois par Me Moulin le curé de roumalard selon qu'il me l'a été attesté. » Leduin vicaire de Condé

Cet acte de décès, qui n'a même pas été rédigé par celui qui a fait l'inhumation, traduit bien l'isolement dans lequel a dû vivre le curé Noyau pendant son séjour à Saint-Germain-des-Grois. Il n’est pas inintéressant de comparer cet acte à celui du décès du curé Jumeau « qui ...après avoir gouverné la dite paroisse....avec un esprit de paix et de douceur, de zèle et de charité... »

Le coup de pied de l'âne ne lui a même pas été épargné :

« Aujourd'hui sixième juin 1718 ont comparu dans notre presbytère Maistre Louis Feron Bailli de Moutiers Avocat et procureur fiscal de la baronnie de Villeray et Damoiselle Anne Mathurine Moreau son épouse parrain et marraine de Louïs né du légitime mariage de Jean Velard et de Françoise Parent lesquels nous ont déclaré en la présence de Louis Velard père avoir tenu le dit enfant sur les fons le 25 mars 1713. Les dits Maistre Féron et épouse ont signé avec nous et le dit Velard a déclaré ne savoir signer de ce interpellé. Nous n'avons inscrit icy le présent acte que parceque Maistre Jacques Noyau ci devant curé a obmis de l'écrire sur ce registre »


Saisie : Pierre GODET

Dernière modification : 28 Décembre 2011