Histoire des communes - Fiche personnalité

Personnalité

  • Louis Pierre Eman MARTIN

  • Naissance : 1821

  • Décès : 1882

  • Profession : Philologue et grammairien

  • 1 conjoint

  • 1 activité


Louis Pierre Eman MARTIN

 

Eman MARTIN naquit le 16 mai 1821 à Illiers au foyer de modestes journaliers, dans une maison toujours existante mais passablement remaniée du hameau des Dauffrais, située à plus de quatre kilomètres du centre-bourg. Il eut pour parrain et marraine Pierre Thomas AUBERT, journalier et Marie Catherine GALLOU.

La suite de sa biographie nous est donnée par son éditeur : Le jeune Eman « ne reçut d’autre enseignement que celui de l’école de son village et de l’école normale primaire de Chartres. Après quoi, il n’eut plus de maîtres… et pourtant il a su en devenir un lui-même ; ou du moins, pour les choses de son petit domaine, les maîtres les plus savants l’ont consulté

Ayant appris tout seul ce qu’il faut savoir de langues anciennes pour être reçu bachelier, il devint professeur au collègue de Dieppe. De là, le désir d’acquérir des connaissances nouvelles le fit passer en Angleterre. Quand il revint de Londres, parlant à merveille la langue du pays, il était on ne peut mieux préparé à enseigner la nôtre aux étrangers.

s’établit donc professeur, et la clientèle afflua bientôt chez cet excellent homme, s’attacha à lui pendant les années passées à Paris, et propagea sa réputation à Londres, à Copenhague, à Stockholm.

Eman Martin ne se contentait pas d’enseigner ce que contiennent les ouvrages élémentaires. Quand la lecture ou la conversation avaient mis un de ses disciples aux prises avec quelque question qui n’était pas toute simple, il cherchait dans les livres, il interrogeait ces savants théoriciens du langage dont il n’avait pas été jusque-là l’élève, il consultait l’histoire et les recueils d’anecdotes, jusqu’à ce qu’il eût trouvé ou reconnu introuvable la clef de la difficulté.

Quand ses élèves s’en retournaient chez eux, il conviait ceux qui devaient continuer l’étude du français à lui écrire leurs doutes et leurs embarras. D’une façon tout à fait désintéressée cette fois, pour le simple plaisir de retenir les étrangers dans la pratique de notre langue, il cherchait encore, employait tous ses loisirs rue Richelieu, à fouiller les trésors de la Bibliothèque, puis répondait. La correspondance devenait de plus en plus active. Elle le fut bientôt trop. Eman Martin eut l’idée (en 1868), de fonder un journal de correspondance, et le Courrier de Vaugelas (c’est le nom qu’il lui donna), réussit de suite.

Mais le genre de problèmes qu’il soulevait le plus volontiers, qu’il résolvait le mieux, c’étaient ceux dont l’histoire ou l’anecdote donne la clef. Souvent un fait historique, une coutume, un lazzi lancé dans une assemblée, une réplique d’une comédie, ont introduit dans la langue une manière de parler, puis sont tombés dans l’oubli, laissant en usage le mot ou la locution qui leur a dû la naissance. Remettre en lumière ces origines obscurcies en recourant aux souvenirs historiques ou littéraires d’où procèdent les faits de langage devenus des énigmes, c’est à quoi Eman Martin excellait… » (Avant-Propos des « Locutions et Proverbes).

La publication du « Courrier de Vaugelas » (journal bimensuel qui disparaitra à sa mort), lui valut, en 1875, le Prix Lambert de l’Académie Française. Il était aussi Officier de l’Instruction Publique.

Eman Martin mourut à Paris le 27 novembre 1882. Une plaque commémorative fut apposée au pignon de sa maison natale à Illiers, mais une récente visite sur place avec notre ami Didier Caffot (que nous remercions pour son aide efficace dans la rédaction de cette notice), ne nous a pas permis de retrouver cette inscription. Nous en conservons heureusement une photographie !

Il ne nous a pas été possible de découvrir si Eman Martin fut marié et s’il laissa une descendance. Un indice le laisse toutefois supposer car le catalogue de la BNF (BN Opale Plus) mentionne dans la liste des auteurs un certain « Eman Martin le fils, dit Saint-Eman » qui publia plusieurs ouvrages, entre autres, en 1887 : « L’Exilé, poésie dédiée au général Boulanger ».

Bibliographie d’Eman Martin :

- Le « Courrier de Vaugelas, journal Bi-Mensuel consacré à la progation universelle de la langue française », qui parut du 1er octobre 1868 au 15 juin 1881.
- « Deux cents locutions et proverbes, origine et explications », ouvrage dont la première édition vit le jour en 1888, chez Delagrave, libraire à Paris, et qui a connu de nombreux tirages (Il s’agit d’un condensé des chroniques d’Eman Martin tirées du « Courrier de Vaugelas ».

- « La langue française enseignée aux étrangers » (4 volumes) :
1) Prononciation (1859)
2) Orthographe (1860
3) Construction (1867)
4) Signification (1868)

Voici deux extraits des « Locutions et proverbes » (Edition Delagrave, 1939) :

« Payer en monnaie de singe » :
Cette expression est toute parisienne. Elle est venue de ce que, dans le règlement fait par Saint-Louis sur les droits de péage qui devaient être acquittés par toute personne passant sur le Petit-Pont, reliant l’île Notre-Dame au quartier Saint-Jacques, les joculateurs, pouvaient s’exempter de payer en faisant jouer et danser leurs singes devant le péage.
Comme le jeu du singe consiste principalement en gambades, on a dit aussi payer en gambades, comme synonyme de payer en monnaie de singe (p. 26).

« Bois de corde » :
Pourquoi un certain bois à brûler s’appelle-t-il bois de corde ? Pour une raison bien simple.
Autrefois, lorsque les bûcherons devaient compter avec leurs maîtres, ou les marchands avec les acheteurs, on plantait, pour mesurer le bois à brûler qui ne se mettait pas en fagots, quatre pieux hauts chacun d’autant de pieds et formant un carré de huit pieds de côté ; et comme les dimensions de cette mesure se prenaient avec une corde, on appela naturellement corde la quantité de bois qu’elle pouvait contenir, puis, par la suite, bois de corde, le bois de chauffage qui se débitait à la mesure (p. 46).


Saisie : Christian LEGER

Dernière modification : 1 Juin 2009