Alexandre Auguste LEDRU-ROLLINFils du docteur Ledru, médecin et antiquaire, et petit-fils du prestidigitateur Ledru, dit Camus, professeur de physique, à 22 ans il est avocat au barreau de Paris. A cette époque il ajoute le nom de sa bisaieule, ROLLIN, à son patronyme, afin de ne pas êtres confondu avec Charles LEDRU, un autre avocat. Il se spécialise dans la défense des journalistes républicains, tout en se livrant à de sérieux travaux de jurisprudence. Il prend la direction du "Journal du Palais" et pendant plusieurs années il est rédacteur en chef du journal judiciaire "Le Droit". A moins de 30 ans il est élu membre du conseil de l'ordre, à Paris. Il achète alors sa charge d'avocat au conseil du Roi et à la cour de cassation. En 1839 il se présente à la députation devant le collège de Saint-Valéry (Seine-Inférieure), il échoue. Après la mort d'Étienne Garnier-Pagès, député de la Sarthe, il se présente dans ce département, île républicaine au milieu de la France monarchique et il est élu le 24/07/1841. Au lendemain de son élection il est poursuivi devant le tribunal d'Angers, pour son discours prononcé le 23/07/1841 devant les électeurs. Il n'est pas condamné pour le discours, mais pour la publication qui en a été faite dans "le courrier de la Sarthe". Il est acquitté en cassation pour vice de forme. A la chambre, il siège à l’extrême-gauche. Il est réélu le 09/07/1842 et le 01/08/1846. Pour exprimer ses idées en 1843, il fonde son journal "La Réforme" et il milite en faveur du suffrage universel. Il prend part activement à la campagne des banquets, moyen employé pour détourner la loi interdisant les réunions politiques. Cette campagne aboutit à la révolution de février 1848, qui renverse le roi Louis-Philippe et met fin à la Monarchie de Juillet. L'un des sept membres du gouvernement provisoire, il entre dans une période difficile où les décisions prises par la majorité du gouvernement provisoire, ne sont pas toujours en accord avec ce qu'il souhaiterait. Il s'en suit des contradictions entre les paroles et les actes, des sacrifices à des nécessités imposées qui lui font perdre très vite sa popularité. Nommé ministre de l'intérieur le 25/02/1848, il organise le suffrage universel qu'il avait longtemps revendiqué. Pour installer la République, il épure l'administration de ses éléments orléanistes en remplaçant les préfets par des "commissaires du gouvernement" et les "sous préfets" par des "sous commissaires" de tendance républicaine. Dans un deuxième temps, le nouveau ministre de l'Intérieur cherche à affirmer la force de sa tendance au sein du gouvernement par le durcissement de ton de ses deux circulaires les 8 et 12 mars 1848 : ainsi, on observe un renforcement des pouvoirs des commissaires pour les mesures d'ordre et de salut public. Le ministre désigne aussi des commissaires généraux qui sont chargés de surveiller les commissaires "ordinaux". Ces décisions lui sont amèrement reprochées. Il tente maladroitement d'organiser la campagne électorale des "républicains de la veille" pour les élections d'avril 1848 à l'Assemblée nationale. Mais, le 16 avril, il combat la manifestation de l'extrême gauche républicaine qui tente de repousser les élections jugées trop rapides. Il est élu à Paris, mais les républicains et surtout les socialistes sont très nettement mis en minorité par le Parti de l'Ordre. Grâce à l'appui de Lamartine, il est néanmoins, mais difficilement, élu membre de la Commission exécutive qui dirige la France. Pendant la manifestation du 15 mai 1848, en faveur de la Pologne, en fait contre la politique de la Commission exécutive, il organise la lutte contre les manifestants parisiens. Après les massacres des Journées de Juin auxquelles il ne prend guère part, il est exclu du pouvoir dans le nouveau gouvernement du général Cavaignac. Il est poursuivi par l'Assemblée pour sa gestion du ministère de l'Intérieur (en particulier la gestion des fonds secrets), mais parvient à se disculper. Il est le candidat des républicains radicaux à l'élection de la présidence de la République. Il obtient 381 026 voix (soit environ 5% des suffrages) en se classant en troisième position derrière Louis Napoléon Bonaparte (environ 5 500 000 voix) triomphalement élu et le général Cavaignac (environ 1 400 000 voix), candidat des républicains modérés. Son électorat était composé principalement d'urbains et de la moyenne et petite bourgeoisie. Malgré la victoire triomphante du Parti de l'Ordre (1848), ces résultats ne correspondent pas à la force numérique réelle de la gauche dans le pays. Le rôle de Ledru-Rollin sera très sous-estimé à cause de ce désastre électoral. Il reste pourtant celui qui a formé le premier noyau du parti républicain et qui a donné une cohérence politique ainsi qu'une dimension populaire à une gauche radical-socialiste. En attendant les élections législatives de mai 1849, il organise méthodiquement la propagande républicaine en province. Déjà en novembre 1848, les républicains démocrates-socialistes ont fondé la Solidarité républicaine, qui a soutenu sa candidature à la présidentielle. En mai 1849 il est élu député à l'Assemblée législative. Il est le chef d'un groupe de plus de 200 députés, la Montagne. Il s'oppose violemment à la politique réactionnaire de l'Assemblée en particulier à l'envoi d'une expédition militaire à Rome qui vise à étrangler la jeune République romaine pour rétablir le pouvoir absolu du pape Pie IX. Il tenta d’organiser un soulèvement contre le gouvernement d'Odilon Barrot et la majorité conservatrice de l'Assemblée, le 13 Juin 1849. Suite à la répression du général Nicolas Changarnier et de ses troupes, il est déchu de son mandat de représentant mais parvient à s’enfuir en Angleterre. La Haute Cour de justice de Versailles le condamne par contumace. De Londres, il soutient la Nouvelle Montagne. Cependant, il est très affecté par son échec et son exil. En 1851, il publie une brochure ("Plus de président, plus de représentants") où il rejette l'idée même de gouvernement. Il ne rentre en France qu’en 1871, après la proclamation de la Troisième République, et, bien que réélu député en 1871 et 1874, il n’exerce plus aucune influence. Il est cité comme ayant fait partie de la franc-maçonnerie. Source : Nouvelle biographie générale depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos jours par Jean-Chrétien Ferdinand Hoefer, Paris, Firmin Didot frères, tome 29, 1862 Saisie : Christiane BIDAULT Dernière modification : 17 Novembre 2008 |