Poncé-sur-le-Loir : Moulins de PaillardLa papeterie des Moulins de Paillard occupe l’emplacement d’un ancien moulin dont la roue faisait tourner une forge au XVIIème siècle. En 1761, Elie SAVATIER, riche marchand et fabricant de Bessé (teinturerie, tissage, etc …), alors âgé de 44 ans, racheta ce moulin, devenu moulin à blé, à Jeanne du Buisson, veuve Le Breton. Il établit une chaussée sur le Loir, transforma le vieux moulin en un moulin à farine muni de 2 roues et de 2 paires de meules. Il construisit à côté, sur pilotis, un autre moulin à 2 roues, en rapport avec ses activités de Bessé, pour fouler les draps, piler le chanvre et, plus tard, pour piler les bois de l’Inde utilisés en teinture. Enfin et surtout, il établit sur les bords du Loir, côté Poncé, un important moulin à papier qui fut mis en service début 1766. Très vite (5 avril 1767), Elie Savatier s’associe avec Julien QUETIN père, issu d’une grande famille papetière de Challes. Julien QUETIN fit venir avec lui, au moulin de Paillard, trois de ses frères, Jean, René et François, tous papetiers. Un autre frère, Charles, faisait le commerce de chiffons à Tours, ce qui permit à la papeterie de Poncé d'être toujours correctement approvisionnée en chiffons. Dès lors, cette papeterie va connaître un essor considérable : un nouveau moulin à 2 roues fut construit en 1771, puis un troisième, puis le moulin à foulon fut remplacé par un quatrième moulin à papier. En 1782, ces moulins portaient les noms de moulin bleu, moulin rouge, moulin gris et moulin blanc. Un inventaire fait sous seing privé en 1779 à l’occasion du procès entre Elie SAVATIER et les frères POTHEE fait état de 18 bâtiments différents qui composent alors l’ensemble de la fabrique. En l’an II, le « papier à sucre », pour l’emballage des pains de sucres, représente les deux tiers de la production de Poncé et concerne un quart du papier consommé dans les raffineries d’Orléans. Notons qu’à cette époque, la papeterie de Saint-Nicolas-Saint-Mesmin, près d’Orléans, qui produit aussi du papier à sucre, est dirigée par François QUETIN, frère de Julien QUETIN père, et qui avait travaillé aussi auparavant à Poncé ! On trouve aussi, à la même date, deux autres membres de la famille QUETIN dans les moulins de Meung-sur-Loir (Loiret), fabricant également du papier à sucre … Notons que Julien QUETIN père et son frère François restent en contact puisqu'à l'occasion de l'enquête de l'an II (1794), Julien QUETIN, se plaignant des "usages" en vigueur chez les compagnons écrit : "Il existe dans l'état de papeterie, deux états qu'ils seraient essentiel de détruire. Le premier est celui sous la dénomination de rente. (...) Le deuxième est le devoir de compagnon que la convention nationale avait détruit, mais qui continue toujours avec le même acharnement qu'avant la loi. Depuis environ un mois, les ouvriers de la papeterie d'Orléans (que dirige François QUETIN - N.D.L.R.) se sont assemblés et ont forçé leurs maîtres à une augmentation considérable au dessus de la loi et ont diminué en partie l'ouvrage par jour. Ce procédé ne peut être que très nuisible au travail de toutes les autres papeteries car ils ne manqueront pas d'y faire passer une copie de leur arrêté." (cf. Louis ANDRE, mémoire, page 95). Julien QUETIN fils, de par son mariage avec Françoise POTHEE, devient en 1801 propriétaire de la papeterie et va très rapidement moderniser son usine avec l’adoption dès 1814 d’un « cylindre hollandais » puis en 1820 d’une première machine continu et en 1830 d’une seconde machine à cylindres sécheurs ce qui va lui permettre de réorienter la production vers les papiers d’impression après l’arrêt des raffineries d’Orléans entre 1812 et 1815. Alexandre QUETIN, fils de Julien QUETIN-POTHEE, qui reprend la papeterie en 1834, va continuer l’agrandissement et la réorganisation de la force motrice avec l’adoption en 1853 d’une turbine. Tout ceci va conduire à remanier sans cesse et profondément l’implantation des moulins. Plus tard, Henri CHAUVIN, petit-fils d’Alexandre QUETIN adoptera en 1881 une machine plus performante et réorientera la production vers les « sortes fines » comme le papier à cigarettes, soit sous sa propre marque « La Salamandre », soit en gros, notamment à Vaudois à Clermont-Ferrand (cf. mémoire Louis ANDRÉ, page 149). Henri Chauvin (o1855 - +1918) fût également président de l'Union des Fabricants de Papier de France et, à ce titre, l'un des fondateurs de l'École Française de Papeterie ouverte en 1907. Son fils, Jean-Baptiste (o1888 - +1950), a fait partie de la première promotion. Plus d'information ici : http://cerig.efpg.inpg.fr/histoire-metiers/efpg-naissance/sommaire.htm . On peut noter la présence d'Henri CHAUVIN et la présentation des productions de la papeterie de Poncé à l'exposition universelle de 1900 à Paris comme en témoigne un extrait d'un article de Robert TRIGER intitulé "Le Maine à l'exposition universelle de 1900" publié dans le numéro 48 de la Revue Historique et Archéologique du Maine. A la mort d'Henri CHAUVIN en 1918, la papeterie est reprise par ses deux fils, Jean-Baptiste et Alexandre, et vend alors ses papiers à cigarettes en gros, notamment à la maison "Fricotelle" (cf. mémoire Louis ANDRÉ, page 168). En 1892, Emmanuel TOUBLET, curé de Poncé de 1879 à 1902, écrit (voir bibliographie) : « Poncé a pris, depuis les dernières années du XVIIIème siècle, un grand développement et une certaine importance industrielle grâce à la création par Elie SAVATIER en 1766, d’une fabrique de papier qui n’a cessé de s’accroître sous l’intelligente direction des descendants de son fondateur. Aujourd’hui (1892), le bourg compte (…) plus de 500 habitants et possède un bureau de poste et de télégraphe. La présence des ouvriers de la papeterie lui donne un air de vie et de mouvement, parfois même un caractère de gaieté et d’animation, trop rare maintenant dans les campagnes de la Sarthe ». En 1899, Emmanuel TOUBLET a également publié, dans les tomes 46 et 47 de la Revue Historique et Archéologique du Maine, une série d'articles intitulée "Elie Savatier, un industriel au XVIII ème siècle" qui retrace le parcours complet de cet homme hors du commun. Cette série d'articles est téléchargeable ici (format pdf). Pendant la seconde guerre mondiale, en 1942, la papeterie fut louée à la Société FIBRO CIMENT de Poissy pour la fabrication de pâte à papier à partir de la paille achetée aux fermiers pour remplacer l'amiante, denrée alors rare (et pas encore reconnue comme dangereuse ...), afin de fabriquer des plaques de toitures "CARDOTEX". Réquisitionnée par les allemands, la Tendrière fut alors surnommée « La caserne » par les habitants. En 1946, la location fut donnée à la société PORPHIRE pour la fabrication de papier hygiénique. Des procès s'en suivirent avec l'usine de fabrication d'accus du barrage de Couture pour une question de hauteur de chute d'eau. En 1958, location est donnée à une SARL de FISSAC (commune de RUELLE en Charente) pour la fabrication de papier fin d'emballage de cadeaux et bouteilles. En 1965, les consorts CHAUVIN ont cédé l'ensemble à la SARL Papeterie de Paillard dont le siège était à Fissac. Cette société cessa son activité en 1969. Source : Les Moulins de Paillard par Jean Michel Quetin (Adhérent CRGPG 2300) http://jmquetin.free.fr/0genea/pagesjm/MoulinsdePaillard.html Bibliographie : Saisie : Jean-Michel QUETIN Dernière modification : 6 Janvier 2012 |