Naveil : Château de Prépatour
Le château s’élève dans le hameau de Prépatour, extrémité sud de la vallée de Montrieux, actuellement sur la commune de Naveil, Loir-et-Cher. Son toponyme vient du latin pratum pastorum, autrement dit, le pré des pasteurs.
Cet ancien fief relevait du château de Vendôme à foy et hommage, dès le XIIIe siècle.
En 1340, un certain Jean de Prépatour apparaît dans le concordat passé entre les comtes de Vendôme et de Blois en vue de délimiter leurs comtés respectifs.
En 1363, ce fief appartient à Pierre Boivin dit alors seigneur de Prépatour.
En 1374, il est à Macé Collin. En 1415, à Robert Collin (peut-être son fils ?).
Le 6 novembre 1428, Jean Fortier, secrétaire du duc de Bourgogne, allié aux Bourguignons contre le roi de France Charles VII, est dépossédé de Prépatour par ce dernier au profit du comte Louis de Bourbon-Vendôme (1393-1446). Depuis 1428 et jusqu’en 1592, la terre de Prépatour est réunie au comté, puis au duché (à partir de 1515) de Vendôme.
Durant le XVIe siècle, le manoir de Prépatour, légende ou réalité, passe pour avoir été la maison de campagne d’Antoine de Bourbon (père d’Henri IV). On raconte que c’est en ce lieu qu’il fît planter le cépage de surin (ou sauvignon), célébré par le poète Ronsard. On dit encore que le roi de Navarre Antoine de Bourbon aimait particulièrement ce vin et que son fils le roi Henri IV en faisait même venir à Paris. Aujourd’hui, la vigne de Prépatour est conservée et est vendangée chaque année.
En 1582, la maison seigneuriale de Prépatour avec son jardin et viviers situés devant la maison et son clos de vigne est louée pour une durée de 9 ans à un certain Bodineau François, marchand à Vendôme.
Le 18 août 1594, le roi Henri IV, duc de Vendôme, aliénant une partie de son domaine ducal vend Prépatour, avec faculté de rachat pendant deux ans, à Raymond de la Livre, sieur des Bordes, valet de chambre et apothicaire d’Henri IV. Le 6 juin de l’année suivante (1595), ce même Raymond de la Livre rachète le « droit de rachat » ainsi qu’une partie de la rivière du Loir proche du manoir.
En 1623, ce fief est à Catherine de la Livre (fille du précédent), épouse d’Antoine Fousteau, président du tribunal des Grands Jours à Vendôme, valet de chambre de Gaston d’Orléans ; Fousteau est alors dit seigneur de Prépatour.
Vers 1670, le manoir appartient à Jeanne Fousteau (fille des précédents), femme de Nicolas Amiot, dit également sieur de Prépatour. Le domaine passe ensuite, vers 1680, à Louis Amiot, fils des précédents, époux de Marie-Marguerite Léons ; les deux filles de ce couple ne garderont par le domaine.
En 1703, Prépatour est à Dame Anne-Louise-Françoise Derval-Leclerc de Courcelles, sans autres renseignements. Celle-ci vend, dès 1707, le manoir à Pierre Landrin, marchand à Paris, puis le reprend, faute de paiement, en 1722, pour encore le revendre à un chanoine de Saint-Germain l’Auxerrois, Huré, en 1727.
L’année suivante, le 12 juillet 1728, Prépatour est saisi sur ce chanoine en procès avec la Dame Leclerc de Courcelles.
En 1745, Jean-Baptiste Courlesvaux, procureur de châtelet de Paris, devient propriétaire de Prépatour. L’acte de vente nous apprend que le manoir est pourvu d’une chapelle et que son seigneur a droit de pêche dans le Loir, disposant de trois combres (lieux de pêche). On nous dit aussi que le manoir est alors en mauvais état.
C’est Jean-Baptiste Courlesvaux qui fait bâtir le château actuel. À sa mort survenue en 1782 (83 ans), il laisse la jouissance de son domaine à son ami l’abbé Pinel, chanoine à la collégiale Saint-Georges du château de Vendôme, qui à son tour, en 1786, remet le domaine à Louis-Pierre Courlesvaux, frère de Jean-Baptiste, mais…
En 1787, après un imbroglio juridique concernant les droits de propriété qui dure depuis 1772, le comte de Provence, dit Monsieur, duc de Vendôme, (frère de Louis XV et futur Louis XVIII), fait exercer son droit de retrait et reprend Prépatour.
En 1793, Prépatour appartenant donc au comte de Provence, considéré comme émigré, est vendu comme bien national pour 31 000 livres. L‘acte de vente précise que la maison (Prépatour) est vendue, fossé et douves adjacents situés devant la porte d’entrée, ainsi qu’un clos de vigne.
Au XIXe siècle, Prépatour appartient à François-Charlemagne de Chabot et à Mme Arthémise-Gabrielle-Henriette de la Goupillière. Puis passe pour peu de temps à Charles-Marie Blondel.
En 1852, le château est saisi et vendu par expropriation à Georges-Félix-Octave Dujardin-Beaumetz. Viticulteur, il redonne vie au domaine en améliorant, notamment, la qualité du vin de surin.
Vers 1901, l’industriel Bourdon installe une champignonnière dans les caves derrière le château et une conserverie.
En 1909, Prépatour appartient à M Dufeu, venant du Chili, qui fait construire les balcons du château, le fumoir et le kiosque appelé Santa-Rosa. Ce dernier décède en 1924, âgé seulement de 56 ans.
Un Suisse, M Beingener, rachète le château, puis regagne son pays en 1938.
Une société des Filets de Calais ( ?) installe ses bureaux dans le château jusqu’à la veille de la Seconde Guerre mondiale.
Des troupes allemandes de passage occupent occasionnellement le château comme en 1940, juste après la défaite, en 1942 et 1944. L’organisation Todt qui travaille au tunnel de Saint-Rimay, près de Montoire, y a ses bureaux et loge ses officiers. Après la Libération, en 1944, des prisonniers allemands, cette fois, employés par la commune de Naveil, occupent les lieux.
En 1949 ou 1950, une école ménagère départementale prend possession du château. Puis en 1970, un externat médico-pédagogique pour enfants souffrant d’un léger handicap, sous les auspices de la ville de Vendôme s’y installe. Pendant les vacances d’été, il fonctionne comme centre aéré.
En 2003, le département de Loir-et-Cher (le Conseil général) devient propriétaire du domaine qui prend alors le nom d’Institut médico-éducatif (IME).
Sources : Raoul de Saint-Venant, Dictionnaire du Vendômois, Vendôme, Libraidisque, 1983.
Liliane et Claude Bonin, Naveil, Pages d’histoire, Vendôme, Cherche-Lune, 2009.
Jean-Claude Pasquier, Recherches et études personnelles.
Saisie : Christiane BIDAULT
Dernière modification : 23 Mai 2012