Histoire des communes

Mortagne-au-Perche : Eglise Notre-Dame

Rue Place Notre Dame
Voir aussi :
Construction 1535
 

L'église Notre-Dame

En entrant dans l'église nous sommes surpris par la nef centrale, vaisseau de plus de cinquante mètres de long. La ligne n'est pas interrompue par le choeur, ce qui donne une impression de grande longueur. Nos yeux sont tout de suite portés à regarger la lumière donnée par les trois verrières au fond du choeur, avec le Christ en croix au centre. La lumière du tabernacle apparait.

La voûte est seulement à treize mètres de haut, ce qui ne permet pas d'avoir des verrières pour l'éclairer. Les croisées d'ogives ont des pendentifs différents, des anges musiciens sont postés sur tous les arcs. La pierre se transforme en dentelle. Pas de chapiteaux aux piliers dans le style flamboyant. Pas de messages évangéliques à hauteur d'homme, comme dans l'art roman. Nous sommes entrainés à regarder tout en haut.

Le sol est aujourd'hui pavé. Il n'en était pas ainsi jadis. D'autant que les morts y étaient enterrés. Le sol de cette église était couvert de pierres tombales voici 300 ans. Les familles avaient souvent leur banc sur les dalles de leurs défunts. Il y avait aussi un cimetière au chevet de l'église.

Il y a treize chapelles latérales (7 à gauche, 6 à droite). Au moyen-âge, et jusqu'au 18e siècle, les chapelles servaient souvent de lieux de prière et de réunions pour diverses corporations et confréries. Celles-ci prenaient en charge l'entretien de leur chapelle (sièges, vitraux, statues, fondations de messes). C'est là que l'on prenait des décisions concernant l'aide à apporter aux pauvres, la gestion de la paroisse ou l'organisation des services de la communauté humaine locale. Les discussions faisaient parfois du bruit et gênaient le déroulement des offices se déroulant au choeur. Les églises servaient ainsi de maison paroissiale et communale.

La construction de l'église a commencé en 1492-1494, au temps ou Marguerite de Lorraine accomplissait sa tâche de duchesse dans la région (Alençon, Mortagne et Argentan). Elle en a soutenu fortement la construction. La France se remettait lentement de la guerre de cent ans. Le fort Toussaint (édifice mis en place au 11e siècle -1031-1035) avait une chapelle, mais elle était en triste état, et, qui plus est, trop petite. Le retour à la paix a permis de faire des investissements. Le choeur n'est pas orienté à l'Est, car il faut tenir compte de la place disponible dans l'enceinte du château. Les travaux vont bon train puisque l'église sera ouverte en 1535. Elle n'est pas encore finie mais voilà le pays à feu et à sang à cause des guerres de religion. Coligny (protestant) investit la ville en 1563. Des "ligueurs" (catholiques) occupent l'église en 1593. Heureusement l'arrivée au pouvoir du roi Henri IV va permettre au pays de retrouver un certain calme. Les travaux pour achever l'église pourront reprendre. La tour va pouvoir être achevée et la porte nord, magnifique ouvrage aujourd'hui bien abîmé par le temps, se dresser pour la joie de tous (1619).

Aux 17e et 18e siècles, Mortagne est une ville prospère. Des hôtels particuliers fleurissent à l'intérieur des remparts restaurés à grand frais. L'église est alors très présente dans la cité. Il y a trois paroisses :
- Saint-Germain, au bourg de Loisé, avec une église annexe : Sainte-Croix.
- Saint-Jean (au nord de la cité), elle a absorbé Saint-Malo en 1629.
- Notre-Dame au centre.

Il y a plusieurs maisons religieuses :
- La collégiale Saint-André (chanoines de Saint-Augustin, le couvent Saint-François (clarisses), le couvent des Capucins, le couvent Saint-Eloi (Trinitaires), le prieuré de Chartrage (chanoines génovefains). Il y a également l'hôtel-Dieu (hôpital), avec la Chapelle Saint-Nicolas (tenu par des religieuses).

Mais avec la révolution tout va changer. Deux églises paroissiales seront maintenues debout : Notre-Dame et Saint-Germain. Le reste est vendu et détruit. Les bancs de l'église Notre-Dame sont enlevés en 1791 pour faire de la place aux grandes assemblées (cérémonies religieuses et réunions révolutionnaires). En 1795 le haut du portail nord est abattu. Des édifices conventuels, seul celui de Saint-François ne sera pas abattu. Dans les environs, la chartreuse du Valdieu sera vendue et détruite. L'abbaye cistercienne de la Trappe échappera à la destruction. L'église Notre-Dame porte dans ses murs le souvenir de ces anciens lieux de culte. Beaucoup de boiseries : stalles, autels, panneaux muraux, sacristie, viennent du Valdieu. Le tableau de Jésus présenté au Temple (au fond du choeur) vient du couvent Saint-Eloi. Celui des bergers de Noël vient de la collégiale Saint-André.

Après le premier empire (1802-1815), l'église locale s'est remise non sans peine des turbulences occasionnées par les évènements. Il a fallu organiser la vie religieuse avec beaucoup moins d'églises et de prêtres. Apparemment le clergé local était heureux de voir la royauté revenir, car il a fait mettre un tableau représentant Louis XVIII (dernier comte du Perche) près de la sacristie dès le premier départ de Napoléon. Il fallu le dépendre précipitamment au moment des cent jours.
N'ayant plus qu'un lieu de culte dans la cité, la paroisse entreprit d'agrandir l'église, en faisant une abside. Elle fut achevée en 1840. Elle s'intègre parfaitement à la grande nef.

Actuellement la grande tour n'a pas de flèche. En effet un incendie, provoqué par inattention la ravage le 07/07/1887. Reconstruite aussitôt (achevée en 1889), elle s'écroule le 31/01/1890, écrasant l'orgue et le portail central dans sa chute. ainsi que les habitations accolées à l'édifice.

Les vitraux de l'église sont de toutes les époques, du 16e à la fin du 20e siècle. Ils racontent des scènes évangéliques, mais il n'y a pas de scènes de l'ancien testament. Ils représentent des saints ayant eu un lieu de culte à Mortagne, des personnages ayant tenu une grande place dans l'histoire de la cité ou de la région. Le personnage le plus ancien est Mahaut de Bavière (13e siècle) et les plus jeunes : les frères Vallées. En les regardant c'est une longue tranche de notre histoire locale que nous découvrons. Les pierres et les images nous disent un passé dont nous sommes les héritiers.

Dans les années 1970, l'église a connu un réaménagement intérieur, afin de l'adapter aux besoins de la liturgie demandée par le concile Vatican II

Source : Notice à l'intérieur de l'église.

Ecroulement de la tour de l'église le 30/01/1890

Un accident terrible est arrivé ce matin.

La tour de l'église de Mortagne, tout récemment reconstruite à la suite d'un incendie qui donna lieu à un procès retentissant, s'est subitement écroulée avec un fracas épouvantable.

Sa chute a entrainé l'écroulement de plusieurs maisons voisines de l'église.

Quatre personnes qui s'y trouvaient sont restées enfouies sous les décombres. On s'est mis aussitôt au travail pour essayer de les retirer ; à l'heure où je vous télégraphie, on n'a pu encore les découvrir.

Il y a huit jours à peine, l'architecte avait écrit au maire que la solidité de la tour était complète.

Le préfet du département vient d'arriver

Le petit journal (31/01/1890)


Saisie : Christiane BIDAULT

Dernière modification : 10 Janvier 2014