Unverre : Ecole élémentaire publique
Installation des garçons dans la nouvelle école (suite de la monographie)
L’école de filles est enfin construite. Mais alors, le conseil municipal, considérant que cette école est beaucoup trop vaste pour le nombre des élèves qui doivent la fréquenter (à cause de l’école privée toujours existante) ; que d’un autre côté, l’école des garçons est beaucoup trop étroite pour la population scolaire qu’elle reçoit, demande le changement d’affectation qui est accordé, l’école de garçons est transférée dans les bâtiments primitivement destinés à l’école de filles qui vient d’être créée, et cette dernière est installée à l’école de garçons , où l’on construit pour la maîtresse un logement non luxueux sans doute, mais des plus confortables.
Signalons enfin, en avril 1881, la demande de construction, rejetée d’ailleurs, d’une école au hameau de la bodardière, et disons, pour en terminer avec cette question qu’aucun projet d’école de hameau n’aura sans doute jamais chance d’aboutir, pas un écart ne pouvant, suite à la conformation si irrégulière de la commune, être considéré comme point central.
Après tant de tergiversations, la commune d’Unverre est donc actuellement pourvue de deux écoles publiques primaires élémentaires, en bon état, suffisantes pour les besoins puisque j’ai dit que les enfants trop éloignés pour venir au chef lieu fréquentent les écoles voisines.
Le mobilier scolaire, renouvelé en grande partie lors de la construction, est satisfaisant et le matériel d’enseignement, quoique incomplet, peut suffire à la rigueur.
Un poste d’adjoint à l’école de garçons a été crée en 1874.
Les locaux d’habitation sont également satisfaisants, sauf cependant celui de l’adjoint qui, à proprement parler n’existe pas, puisqu’il comprend une seule chambre, prise dans le propre logement de l’instituteur. Tout n’est pas parfait, sans doute, mais ne récriminons pas trop toutefois : nous sommes loin du temps où le lit du maître d’école enfonçait de six pouces dans le sol humide de son unique chambre à coucher !
L’entretien des immeubles, mobilier et matériels scolaires incombe intégralement à la commune, les écoles d’Unverre ne disposant d’aucun don ou legs de quelque nature que ce soit.
Organisation pédagogique
A Unverre, comme dans toutes les communes du Perche, l’application stricte et intégrale des programmes est bien difficile, étant donné que, pendant cinq mois de l’année, les classes sont désertes ou à peu près. C’est donc en sept mois au plus que nous devons voir ce que partout ailleurs, on a dix mois pour approfondir. Résultat : ou bien le maître tient à suivre son programme à la lettre, et alors passe trop rapidement sur le tout, ou bien il ne s’attache qu’aux choses qui lui paraissent principales et laisse de côté ce qui semble secondaire. Il faut, de deux maux, choisir le moindre, dit la sagesse des nations. C’est la dernière façon d’agir qui me parait la plus rationnelle, celle à laquelle je me conforme par conséquent.
L’exposé complet et détaillé des méthodes et procédés d’enseignement exigerait un développement beaucoup trop considérable. Je me résumerai en disant qu’en tout et partout nous nous adressons au jugement et au raisonnement qu’à la mémoire de l’enfant. Procéder du connu à l’inconnu, conclure du particulier au général , montrer les conséquences d’abord pour amener ensuite l’élève , graduellement, par le seul effet de son intelligence , à atteindre le principe , voilà je crois les règles essentielles et fondamentales qui peuvent et doivent dominer toutes les méthodes d’enseignement.
Quant aux procédés, variables à l’infini suivant le caractère de l’enseignant, le degré d’intelligence des enfants, le milieu où l’on évolue, ils n’ont le plus souvent de valeur qu’en raison de celle du maître qui les crée et les met en œuvre. Il appartient à ce dernier de choisir, parmi les multiples moyens connus de tous, ceux qui conviennent le mieux à son tempérament et à celui de ses jeunes auditeurs, ceux qui sont susceptibles de produire les meilleurs résultats. L’exposé des procédés particuliers à tel ou tel instituteur, ne présenterait donc qu’un intérêt des plus relatif.
J’ai dit plus haut que le matériel d’enseignement, bien qu’incomplet, pouvait être, à la rigueur, considéré comme suffisant. Il comprend principalement :
1 – cartes Vidal Lablache et autres avec système de suspension Sellerie
2 – musée de leçon de choses Garcer Nicoud
3 - tableaux d’histoire naturelle Deyrolle
4 – collection de tableaux en couleur pour l’enseignement géographique Félix Humain en globe terrestre
5 – quelques spécimens de mesures métriques etc.
Les principaux livres entre les mains des enfants sont :
Lecture : méthode Regimbeau, Jean Felber, Yvan Gall, tu seras soldat, ménage de Mme Sylvain, lecture de Guyau
Grammaire : Larive et Fleury, Cl Angé
Arithmétique : Leysenne
Histoire : Blanchet
Géographie : Foncin
Agriculture : O Pavette Raquet etc.
L’école ne possède aucun matériel pour l’enseignement de la gymnastique, l’acquisition de ce matériel s’étant heurtée en 1881 à une fin de non recevoir absolue.
Les élèves
Le recrutement des écoles d’Unverre se fait exclusivement pour les enfants de la commune, admis dès l’âge de cinq ans par suite du manque d’école maternelle et de classe enfantine. Mais, en réalité, sauf pour ceux du chef lieu, les enfants ne sont généralement envoyés en classe que vers six ou sept ans, quelques uns même plus tard.
La fréquentation, je l’ai dit dès le début, est fort irrégulière. Beaucoup d’enfants sont loués chaque année dans les exploitations agricoles de la région pour plusieurs mois de l’année, quatre en règle générale. La rentrée en classe ne se fait guère qu’à partir de novembre, et, dès le mois de mai, beaucoup désertent les bancs de l’école. Cette situation, au lieu de s’améliorer, aurait plutôt tendance à s’aggraver. Il est à remarquer que, de 1881 à 1888, la fréquentation était relativement meilleure qu’elle ne l’est aujourd’hui. Est-ce le coup de fouet de la loi de 1882, aujourd’hui tombée en désuétude ? Je ne sais, me contentant de constater. Un chiffre d’ailleurs montrera, avec combien d’éloquence, hélas ! Tout ce qu’il y a de progrès à réaliser encore aujourd’hui.
Le nombre moyen de présences possibles est actuellement pour l’école de garçons de 36000 environ par an. Eh bien ! On constate une moyenne de 22 à 23000 présences seulement ! Tout commentaire serait superflu.
L’obligation, ici comme presque partout, n’est qu’un vain mot. La loi du 28 mars 1882 est et restera lettre morte, tant que la composition des commissions scolaires ne sera pas modifiée et soustraites aux influences locales d’intérêts et de parti.
La gratuité de l’école, qui n’a été définitivement établie à Unverre, comme ailleurs dans la majorité des communes de France, qu’en 1882, avait fait cependant l’objet de plusieurs délibérations antérieures.
Disons d’abord, qu’à partir de 1885, nous trouvons la rétribution scolaire fixée à 0.75-1 f et 1.25 par élève et par mois suivant le genre d’instruction. Le nombre des gratuits est de 18 à 20 en moyenne.
Jusqu’en 1851, époque où la somme de 1f25 est élevée à 1f50, la situation reste la même.
En 1854, la rétribution est de 1f – 1f25 et 1f50. Le nombre des gratuits atteint 25.
L’année 1859 voit ces chiffres s’élever à 1f25, 1f50 et 1f75, mais ce n’est pas de son plein gré que le conseil municipal admet ces divers taux, l’instituteur qui a 119 élèves, pouvant «
vivre grandement » (sic) au taux précédent. Nombre de gratuits : 26.
Le 28 juillet 1867, l’assemblée communale refuse d’établir la gratuité de l’instruction.
En décembre 1876 est décidé l’abonnement facultatifs aux taux ci après : 12f – 15f – 18f. La rétribution scolaire se trouve fixée à 1f50, 2f e 2f50, plus 0.10 par élève pour la bibliothèque.
Le 18 février 1877, la gratuité est votée, mais quelque temps après, le conseil revient, partiellement au moins, sur sa décision, en indiquant pour condition sine qua non de son vote que les communes voisines doivent prendre une mesure analogue.
Enfin arrive la loi de 1882, encore en vigueur en ce jour, qui concerne le principe de la gratuité.
Le système disciplinaire est simple. En dehors des punitions ordinaires, retenues, devoirs supplémentaires, etc. qui attendent les mauvais élèves, les bons peuvent compter sur des avancements de rang, des récompenses spéciales destinées à stimuler leur zèle et leur émulation. La règle générale est celle-ci : punir le moins possible, mais ne point prodiguer les récompenses pour m’en pas diminuer le prix.
Chaque année, le jour de la fête nationale, a lieu une distribution de prix mi-solennelle aux enfants des deux écoles publiques réunis à la mairie.
Les congés et vacances sont fixés par le règlement ou les autorités scolaires ; il n’y a donc pas lieu de s’y arrêter.
Quant aux concours et examens, le nombre des élèves appelés à y prendre part est forcément très limité, conséquence inéluctable du manque de fréquentation signalé plus haut.
Le personnel enseignant
Ainsi qu’il a été dit précédemment, la commune d’Unverre possède actuellement trois écoles : une école spéciale de garçons, à deux maîtres, une école publique de filles et une école privée congréganiste, établie vers 1860 dans un local appartenant à un particulier et dirigée par les sœurs de Saint Paul.
Ecole publique de filles : l’instituteur actuellement en fonction (1898), élève de l’école normale de Chartres a été installée au début de l’année scolaire 1896-97. Elle est pourvue du brevet supérieur et du certificat d’aptitude pédagogique. Faisant partie de la 5e classe, elle jouit d’un traitement de 1000f auquel vient s’ajouter un supplément communal de 100f.
Son prédécesseur immédiat a été Mlle Saulier, de 1892 à 1896, laquelle avait succédé à Mlle Chantoiseau, la première institutrice publique d’Unverre.
Ecole publique de garçons : l’instituteur actuel, également ancien élève de l’école normale de Chartres, a pris la direction de l’école de garçons le 31 octobre 1891. Les fonctions d’adjoint sont exercées depuis la même époque par la femme de l’instituteur. Tous deux sont en possession du brevet supérieur. Leurs émoluments respectifs sont :
Pour l’instituteur 4e classe 1200f, supplément communal 250 f, secrétariat de mairie 700f : total 2150.
Pour l’adjointe 4e classe 1200F.
La création d’une deuxième classe remontant à 1874, voici les noms des instituteurs qui se sont succédé dans ce poste :
Gourmond Gaston en 1874, frère de l’instituteur
Legros Constant en 1878
Gourmond Louis Emile en 1880
Barbier Modeste en 1881
Guesner Ernest en 1882
Gon Clément en 1882
Gevraise Charles en 1884
Foucher Camille en 1887
Fréon en 1890
Pichon Ephraïm en 1890
Laya Lucien en 1891
Tous ou presque sont aujourd’hui à la tête de diverses écoles du département.
Voici, d’un autre côté, ce que j’ai pu découvrir relativement à mes prédécesseurs à Unverre.
Il a été dit plus haut que l’on retrouve sur le registre des baptêmes et inhumations de 1666, la signature de Jean Ménager, maître d’école à Unverre,
De cette date, nous passons sans transition à l’an IX.
Les fonctions de maître d’école sont alors entre les mains de Belard Jean Louis, ancien tisserand qui s’établira plus tard arpenteur géomètre (évolution et transformation).
Puis nous trouvons :
En 1805 Baudoin Louis François
En 1810 Binet Michel Auguste
En 1825 Huet Louis Simon
Par une délibération du 22 juillet 1832, le conseil présente comme instituteur le sieur Thévard, clerc de notaire, en remplacement du sieur Ferré, qui n’a pas fait l’école depuis deux mois et a quitté la commune, après avoir déclaré au maire qu’il avait démissionné (l’âge d’or des instituteurs de cette époque !). La femme Thévard pourra s’occuper de la lecture aux petits et de la couture.
Mais cette décision du conseil se heurte à celle du comité d’instruction publique de Brou qui, lui, a désigné comme instituteur à Unverre M. Blot venant de Luigny.
L’assemblée municipale proteste et adresse en faveur de Thévard, au ministre de l’instruction et des cultes, une pétition dans laquelle il est dit que depuis plusieurs années la commune d’Unverre (2400 habitants) n’a pas eu le bonheur de jouir d’une bonne institution.
Tout cela en vain. Le 7 septembre 1832, le ministre donne à M. Blot l’autorisation d’exercer à Unverre.
Entre temps, le 26 juin 1838, a lieu l’installation du comité local d’instruction. Le curé, dit le procès-verbal, n’assiste pas à la séance.
M. Blot conserva ses fonctions à Unverre jusqu’en 1858, non sans avoir, à plusieurs reprises maille à partir avec les autorités locales.
Déjà, au mois de février 1841, on avait déclaré que la situation budgétaire « ne permet pas d’élever le traitement de l’instituteur ».
Le 10 août 1856, le conseil, attendu que la dépense relative aux fournitures gratuites pour les élèves indigents dépasse la somme fixée au budget, décide que les fournitures seront désormais distribuées à la mairie « de manière à éviter toute discussion avec l’instituteur ». Attrapez ! M. Blot.
En février 1857, demande de changement de l’instituteur ; en novembre de la même année, nouvelle demande, l’instituteur, est-il dit, tenant à rester sacristain, fonction incompatible avec les siennes.
L’assemblée municipale obtient gain de cause.
En effet, en janvier 1858, a lieu l’installation solennelle de M. Chassine, sortant de l’école normale, nommé à titre provisoire. Comme dans notre beau pays rien ne ressemble plus au définitif que le provisoire, les fonctions de M. Chassine ne devaient prendre fin qu’en 1871. L’installation a lieu en présence du curé et de quelques conseillers municipaux et le maire, dans une allocution bien sentie, fait ressortir les bienfaits de l’instruction « si nécessaire et si délaissée depuis quelques mois ».
Le 16 mai 1870, une pétition contre l’instituteur (rien de nouveau sous le soleil !) est déposée sur le bureau du conseil municipal. Après avoir entendu les explications de l’intéressé, le conseil exprime l’avis que la besogne de l’instituteur, maintenant chargé du greffe, est trop considérable (que serait-ce donc aujourd’hui, bone deus !). On lui vote généreusement 200f de supplément, à la condition qu’il aura un adjoint, dont il complètera lui-même le traitement !
Nous arrivons maintenant à ce qu’on pourrait appeler la période moderne de l’histoire de l’enseignement primaire dans la commune d’Unverre, période sur laquelle il faut, on le comprendra, glisser le plus rapidement possible.
En 1871, le 30 novembre, a lieu l’installation de M. Gourmond Edouard, venant de Chapelle Guillaume. C’est lui qui vit la création d’un poste d’adjoint à l’école des garçons.
Puis vienne successivement :
En février 1888, M. Chantegrain Paul, actuellement directeur de l’école de Maintenon.
En janvier 1885, M. Leroy Augustin, précédemment à Brunelles et maintenant à Dangeau, prédécesseur immédiat de l’instituteur actuel.
Source : Monographies
Saisie : Mireille ROUSSEAU
Dernière modification : 9 Juin 2012