Histoire des communes

Longny-au-Perche : Chapelle Notre-Dame de Pitié

Voir aussi :
Construction 1525
 

La Chapelle Notre-Dame de Pitié, située dans le cimetière, domine le bourg et la vallée de la Jambée. Érigée dans la 1ère moitié du XVIe siècle, elle est le plus beau témoignage Renaissance du Perche.

Selon la légende, la Chapelle fut construite sur un signe du ciel : la voiture transportant une Vierge de Pitié, réalisée à Chartres et en route pour la Chartreuse du Val-Dieu (près de Mortagne), s'immobilisa à Longny, au bas du mont où s'élève maintenant la chapelle. Le renfort de 10 chevaux n'y fit rien. Tous comprirent alors que la Sainte-Vierge désirait que l'on élève un sanctuaire en ce lieu.

En fait, la chapelle résulte de la piété populaire d'une confrérie de Charité et d'une volonté aristocratique, certainement celle de Louis II d'Orléans, duc de Longueville, baron de Longny.

La chapelle a été restaurée à la fin du XIXe siècle. Le portail et les portes latérales ont été réalisées par un enfant du pays, l'abbé Vingtier, sculpteur de talent. Des vitraux originels il ne demeure que "La Visitation" (1556, restauré en 1634). La majorité des autres vitraux ont été réalisés par François Haussaire, maître verrier de Reims, au alentour de 1880.

La Chapelle Notre-Dame de Pitié est classée Monument Historique depuis 1909.

Sources:
Panneaux explicatifs de la Chapelle
Bulletin de la Société Historique et Archéologique de l'Orne, 1897 (extrait correspondant dans la rubrique "document").

Notre-Dame de Pitié à la révolution

A l'époque de la Révolution de 1793, un démagogue de Mortagne, nommé Lacroix, vint à Longny, accompagné de plusieurs révolutionnaires. Dans leur impiété, ils renversèrent et brisèrent les statues extérieures qui ornaient tous les contreforts de la Chapelle ; puis, à l'intérieur, Lacroix lui-même renversa la statue de la Sainte Vierge, qu'il brisa en morceaux, à l'aide d'une massue de fer. Ces faits ont été consignés et conservés sur les registres civils de la mairie.

J'ai ouï raconter par les anciens les détails suivants : La statue miraculeuse était d'un seul bloc ; Lacroix, pour la jeter bas, passa une corde au cou de la Vierge, dont la tête tomba intacte de seize pieds de haut. Une femme pieuse, nommée Roger Deslauriers, présente à cette profanation, prit dans son tablieer la tête de la Sainte Vierge, qu'elle cacha soigneusement chez elle, dans un grenier à foin, entre deux murs. La tête reposait dans un coffre, respectueusement couverte d'un linge blanc. Le fils de cette femme, encore vivant et, malgré son grand âge, sacristain de la chapelle, était dans le secret. Il raconte, avec larmes, comment sa mère et lui vénéraient cette précieuse relique. Dans ces jours de terreur, quand le soir était venu et que les ombres de la nuit pouvaient dérober les actes de la piété à la sacrilège surveillance de la persécution, on se rendait au grenier, et l'enfant, sans mot dire, descendait, comme un ramoneur, entre les deux murs. Il reparaissait bientôt avec la face de la Sainte Vierge, qu'ils adoraient tous deux, selon son expression, puis on la cachait de nouveau, l'espérance dans le coeur.

La tête du Christ, que la mère de douleur tient dans ces bras, fut conservée par une autre personne. Quant aux débris de la statue, ils furent avidement recueillis par la population. Mais les démagogues assouvirent leur rage sur l'intérieur de l'église ; ils l'employèrent à faire du salpêtre, qu'on fabriqua dans l'église, où Lacroix avait établi un fourneau à cet usage.

Après les orages politiques, les habitants de Longny, qui en 93, avaient eu le courage de maintenir dans leur localité le culte catholique, disant aux agents révolutionnaires "que les pratiques libres de la religion les dédommageraient de la rareté du pain" (extrait des registres civils), conçurent le projet de rétablir la statue miraculeuse de Notre-Dame de Pitié. A cet effet, on battit la caisse, et chacun reçut l'ordre de rapporter les morceaux qu'il possédait. Le travail fut confié à un nommé Marchand, lequel raccorda habilement tous les morceaux qui, dit-on, tiennent entre eux par des fils de fer ; de sorte que la statue actuelle est formée de débris de l'ancienne, qu'elle représente parfaitement. Mais ce qui combla surtout d'allégresse les habitants de Longny, ce fut de voir dans la nouvelle statue la tête de la Sainte Vierge, qu'ils avaient tant vénérée. Il est vrai que cette figure à une expression indicible de douleur et de mansuétude qui pénètre tous les coeurs."

"Cette charmante chapelle, dit encore l'abbé Fret, rétablie à la restauration du culte en 1802, n'a cessé, depuis cette époque, d'être, comme avant la terreur, fréquentée par un grand nombre de pieux fidèles qui y viennent journellement implorer l'assistance de la Mère de la miséricorde, consolatrice des affligés.

La Voix de Notre-Dame de Chartres (19/09/1891)


Saisie : Nathalie CHANTELOUP

Dernière modification : 10 Septembre 2012