Histoire des communes

Commune

Catégories

Lieux-dits

Rues

Enseignants

Propriétaires

Prêtres et religieux

Pontlevoy : Collège (ancien)

Rue Place du Collège
Voir aussi :
  • 18620.jpg
 

Fermeture du collège

Un vieux collège vient encore de tomber. Il a le sort de l'école Normale, de l'école de Châlons, de dix mille écoles d'enseignement mutuel, le sort qui menaça Sorèze ! L'Angleterre voit de toutes parts germer et grandir les établissements d'instruction publiques ; les grands chemins en sont semés ; les riches seigneurs emploient leur fortune, les pauvres gens leur cotisation journalière à élever ces forteresses de la civilisation, ces citadelles de la puissance et de la moraliré publique ... nous avons en France d'autres soins.

C'est que les deux monarchies constitutionnelles n'ont pas les mêmes fondements ni la même destinée. l'une a pour ressort le publicité, l'autre le silence ; l'une a pour principe la confiance publique, l'autre met l'opinion à néant. Celle-ci a pour but l'étouffement ; celle-là le progrès, la grandeur, la gloire.

Toutes deux ont cela de commun, qu'une grande Chartes les régit. Mais, ici sont quinze millions d'hommes qu'on respecte ; là, trente deux millions d'hommes qu'on bafoue : voilà la différence.

Si les faits contenus dans la lettre ci-joint, sont inexacts, ils seront démentis.

Monsieur,

Courageux défenseur de nos libertés et de nos droits, vous dénoncez fréquemment les méfaits ministériels ; vos écrits retentissent dans toute la France, et apprennent à nos provinces que si la presse périodique n'est pas libre, assez d'autres voix s'élèveront pour nous défendre. On me communique des documents assez précieux pour l'histoire du moment, et je ne crois pas pouvoir en faire un meilleur usage que de vous les adresser, en vous en garantissant l'authenticité.

Les journaux nous ont appris que le collège de Pontlevoy était fermé, mais aucun n'en a donné les motifs : la censure est là ! Le ministère, ayant fait l'impossible pour décider M. Sarrut, directeur, à vendre son établissement aux Jésuites et n'ayant pu l'y décider, lui a enlevé son diplôme. Tous les enfans ont été renvoyés dans leur famille avec la circulaire ci-après :

Collège de Pontlevoy, le 1 août 1827.

Monsieur,

"Des motifs graves, entièrement étrangers à mon administration, et qui prennent leur source dans mes relations avec l'Université, me forcent de fermer mon établissement. Je dois aux pères de famille qui m'ont jusqu'à ce jour honoré de leur confiance, de faire un aveu franc de mes principes : je me dois à moi-mème dans les circonstances critiques sous l'empire desquelles je suis placé, de ne pas laisser planer sur moi l'odieux soupçon que j'appartiens en quoi que ce soit à la congrégation qui nous envahit, ou que je lui fais une concession que j'appellerais déshonorante.

J'ai mis tous mes soins à former l'esprit et le coeur des enfants qui m'ont été confiés. J'ai travaillé à préparer des hommes pour le monde, et non des hommes pour les cloîtres ; j'ai dit à mes élèves que la vertu n'était autre chose que le cri de la conscience, de l'honneur et de la franchise ; que le vice consistait dans la fourberie, dans le mépris de la foi jurée, et dans l'oubli des devoirs sociaux qui lient les hommes entre eux. J'ai conservé mes disciples étrangers à tous les sentiments politiques ; leur âme est restée fermée à la lutte haineuse que les passions du jour font naître ; enfin, j'ai formé des chrétiens et des Français? c'est-à-dire des hommes pour la religion de l'évangile, et des hommes pour la patrie.

Voilà mes motifs de consolation, et presque d'orgueil, dans le moment actuel ; voilà mes titres à la reconnaissance des familles et à l'estime des gens de bien.

J'ai l'honneur d'être, Monsieur, votre très humble serviteur, le directeur du collège de Pontlevoy.
Germain SARRUT"

Je ne sais si je me trompe, Monsieur, mais il me semble que cette lettre, modèle de dignité et de concision, est de nature à intéresser vivement le public. Faites-en l'usage que vous croirez nécessaire, étant prêt à en affirmer le contenu.

Agréer, Monsieur, l'assurance de ma considération la plus distinguée.

H. DUPUY

Source : censure de 1827 par N.A. de Salvandy - fermeture du collège


Saisie : Christiane BIDAULT

Dernière modification : 25 Janvier 2012