Histoire des communes

Châteaudun Saint-Lubin : Auberge de la Hallebarde

Voir aussi :
 

L'auberge de la Hallebarde (paroisse St-Lubin)

Une partie du territoire de la paroisse St-Lubin s'étendait hors les murs, au-delà de la Porte d'Abas, le long du Val St-Aignan et au flanc du coteau Sud, planté de vignes. Sur la route qui vient de Brou, et qui emprunte cette vallée sèche après avoir passé les deux ponts sur le Loir, se trouvaient plusieurs auberges importantes, parmi lesquelles on peut citer les Trois Croissants, paroisse St-Jean, en face du prieuré St-Martin, la Hallebarde, paroisse St-Lubin, les Trois Pastoureaux (toujours en activité) en face du couvent des Cordeliers, paroisse St-Valérien. La Hallebarde semble avoir été la plus importante. Ses bâtiments existent encore au n° 102 de la rue du Val, dans la partie de la rue comprise entre celle du Griffon (le Griffon était une autre auberge, de la paroisse St-Médard) et l'impasse du Frou. Ce qui a sans doute contribué à leur conservation est la transformation de l'auberge en caserne en 1769.

I. La clientèle
Il est souvent fait mention de la Hallebarde dans les registres paroissiaux, soit à propos des aubergistes eux-mêmes, dont nous reparlerons, soit à propos de voyageurs ou de serviteurs qui y meurent (la liste suivante donne une idée de la clientèle et de l'origine des domestiques) :
un marchand du Mans (1639, inhumé dans l'église St-Lubin)
un domestique originaire du Mans en 1657
un valet de la paroisse d'Authon en 1662
une vieille servante en 1667
un cabaretier de Courtalain (enterré ds l'église en 1675)
une servante de 20 ans en 1676
le valet de Madame MATAGON, de St-Laurent des Eaux, tué par un cheval en 1681
le verdier des Bois du Chapitre de Chartres en 1682
un fondeur d'étain étranger (flamand?) en 1688 (enterré dans l'église)
le valet de chambre du Grand Bailli de Troyes en Champagne en 1691
un laboureur de Bouffry (1691)
un charretier de Condé sur Sarthe en 1695 (inhumé dans la nef de St-Lubin) ...

II. Les hôteliers.

Gabrielle GORON, veuve en 1604 de Richard GAULTIER, se remarie en 1605, à St-Lubin, à Gilles FOUCHER, d'abord marchand serger paroisse St-Lubin, puis, à partir de 1717, hôtelier des Trois Croissants paroisse St-Jean. La soeur de Gilles, Jeanne FOUCHER, épouse en 1623 René GAULTIER, fils de Gabrielle GORON, qui devient hôtelier de la Hallebarde.

A St-Jean, le 11 février 1627, Pierre MARQUET, de la paroisse de Melleray, épouse Madeleine GUIBERT fille de feu Jacques, elle aussi de Melleray. L'explication donnée par le curé de St-Jean est sibylline :
« et fut à cause qu'elle était mère de la femme de Gilles FOUCHIER, hostelier des Trois Croissants en cette paroisse de St-Jean ».
La femme de Gilles FOUCHER, c'est Gabrielle GORON. Comme la mariée ne peut pas être sa mère, on doit peut-être comprendre que c'est elle qui est fille de Gabrielle GORON ; il faudrait alors supposer un premier mariage de cette dernière (à Melleray?) avec Jacques GUIBERT.

Quoi qu'il en soit, Pierre MARQUET et Madeleine GUIBERT ont un lien avec Gabrielle GORON et dès 1630, ils succèdent à la Hallebarde à René GAULTIER, fils de Gabrielle.

Les membres de la famille MARQUET et leurs alliés vont rester pendant plus de cent ans à la tête de cette auberge. Ce sont des paroissiens importants, toujours inhumés à l'église, parfois gagers.
Madeleine GUIBERT met au monde 16 enfants MARQUET en 18 ans de mariage, entre 1630 et 1648. Quand elle meurt, en 1649, Pierre MARQUET va chercher une seconde femme à Melleray, Renée CAGNéE. Entre 1650 et 1664, naissent à nouveau 9 enfants de Pierre MARQUET, qui meurt à son tour en 1664.

Renée CAGNéE reste à la tête de la Hallebarde et se remarie avec un veuf de St-Jean, Jacques CHAILLOU. A nouveau, 5 enfants vont naître de cette union. Quand Jacques CHAILLOU meurt, en 1684, c'est Maître François MARQUET, fils de feu Pierre et de Renée CAIGNéE qui prend sa succession.

François MARQUET a épousé en 1681 à St-Médard Marie ROUSSET, la fille d'un officier. Il a d'elle plusieurs enfants et meurt prématurément en 1699. Sa veuve garde la Hallebarde et se remarie à Nicolas ROUSSEAU, fils d'un hôtelier de St-Jean de la Chaîne. Elle meurt en 1703 et sa fille, Marie MARQUET, mariée en 1704 à René FAUQUET, d'Illiers, devient maîtresse de la Hallebarde. Marie MARQUET mettra au monde quatre enfants avant de mourir en 1710. René FAUQUET se remarie et reste patron de l'hôtellerie jusqu'à son décès survenu à la Fontenelle en 1720. Selon ses dernières volontés, son corps est ramené à Châteaudun et inhumé dans l'église St-Lubin.

A partir de 1726, c'est Michel CHARPENTIER qui est hôte de la Hallebarde. Il a épousé en 1722 à la Madeleine Marie Marguerite FAUQUET, fille de défunt René et de Marie-Marguerite MARQUET.
Michel CHARPENTIER meurt le 26 juillet 1761 « dans sa maison attenant à l'Auberge de la Hallebarde ». Il est inhumé dans l'église St-Lubin, en présence de « quantité de ses parents et amis ».

En 1769, la Hallebarde devient une caserne. Auparavant, les soldats de passage et les troupes qui prenaient leurs quartiers d'hiver étaient logés chez l'habitant. Mais les locaux de l'hôtellerie s'avèrent vite exigus et, dès 1784, on réquisitionne le couvent des Cordeliers (il n'y reste plus que trois religieux) pour en faire une caserne de cavalerie qui subsistera là pendant 150 ans... à la grande satisfaction des aubergistes des Trois Pastoureaux.


Source : Registres Paroissiaux

Saisie : Jean Pierre HEDERER

Dernière modification : 10 Juillet 2016