Cormenon : Monument à la mémoire de Louis François BOUILLON
Inscription
A la mémoire de Louis François Bouillon, héros et martyr, odieusement torturé par les allemands le 26 janvier 1944. Né en 1923, décédé le 16/03/1945 à Ellpich.
Saisie : Christiane BIDAULT
Dernière modification : 2 Janvier 2008
Louis François BOUILLON, Héros et martyr de la Résistance Française
Originaire de Mondoubleau, lors d'une visite dans le cimetière de Cormenon, j'ai été interpellé par un monument représentant une tombe militaire de la guerre 1870-1871 et Louis François BOUILLON héros et martyr de la Résistance Française.
Connaissant la rue Louis BOUILLON à Cormenon, je me suis donc interrogé sur cette personne.
L'acte de naissance de Louis François BOUILLON le 2 février 1923 à Mondoubleau m'indique que ses parents viennent de Saint-Marc-du-Cor et la poursuite de son ascendance me révèle dans ce coin des noms bien familiers de la branche de mon grand-père maternel. Je découvre ainsi un cousinage au 5ème degré.
La poursuite de la recherche des ascendants de Louis François BOUILLON sur 9 générations (dont la liste figure plus loin) me permettra d'identifier une vingtaine de liens de parenté (les ascendants communs avec les miens figurant en gras dans cette liste).
Je trouve sur le site du CRGPG deux photos à Cormenon représentant les anciens monuments qui ont fusionné et ont permis de constituer le monument actuel, très bien restauré, mettant en valeur de nombreux éléments. On remarquera les pierres de roussard, caractéristiques de la région, qui constituent la base du monument.
Voyons plus en détail ce qui est inscrit sur le monument :
Le traité de paix signé à Francfort le 10 mai 1871 prévoyait que la France et l'Allemagne s'engagent à faire respecter et entretenir les tombeaux des soldats ensevelis sur leurs territoires respectifs (article 16). Mais c'est la loi du 4 avril 1873 (mentionnée sur le monument à Cormenon) votée en France qui a permis d'en assurer l'exécution : l'État a acheté des parcelles dans les cimetières communaux, et des terrains, pour y conserver les tombes des soldats français et allemands inhumés en France.
A partir de cette période un vaste travail fut entrepris pour rechercher les corps disséminés sur les champs de batailles. Les soldats n'étant pas équipés d'une plaque d'identité individuelle, ce fut une majorité de soldats inconnus que l'Etat fit relever des champs de bataille et ré-inhumer.
De 1873 à 1878, l'Etat français a financé l'aménagement de sépultures militaires dans environ 1400 communes, pour près de 90 000 corps. Le Loir-et-Cher en compte dans 45 communes, représentant 1400 corps.
Le Service Historique de la Défense à Vincennes détient le dossier administratif de résistant de Louis François BOUILLON, cote GR 16P 78961. Ce dossier de plus de 30 pages va m'en apprendre davantage sur son parcours de résistant.
Tout d'abord, ce dossier est mentionné homologué FFC et DIR. Qu'est-ce que cela signifie ?
Après la guerre, lorsque la Nation a voulu reconnaître les services rendus par les résistants, un bureau Résistance a été créé. Afin de pouvoir traiter le foisonnement des cas individuels, un classement en familles a été nécessaire, parmi lesquelles on trouve FFC et DIR, mais aussi FFL, FFI et RIF :
- Forces Françaises Combattantes (FFC) : elles sont constituées des agents des réseaux de renseignement, d'action et d'évasion (109 000 hommes et femmes).
- Déportés et Internés Résistants (DIR) : les résistants de cette catégorie appartiennent généralement à l'une ou l'autre des catégories précédentes (70 000 hommes et femmes).
Le dossier comprend de nombreuses fiches de renseignements sur Louis François BOUILLON et les objectifs pour le Ministère des Armées sont d'attester son appartenance aux FFC et de lui attribuer le titre d'interné et déporté résistant.
Louis François BOUILLON est entré dans la résistance le 08/09/1941 dans le mouvement Vengeance, jusqu'au 08/09/1942, puis dans le mouvement OCM et sous-réseau OCMJ.
Il appartenait au réseau Navarre.
Un réseau est constitué en vue d'un travail qui relève d'actes militaires (renseignements, sabotages, évasions de prisonniers et d'aviateurs alliés). Un réseau est en relation étroite par des filières variées avec un état-major pour lequel il travaille. Un mouvement a par contre vocation à s'adresser à l'ensemble de la population et de chercher à l'organiser en vue de la résistance à l'occupant et de préparer la libération et la mise en place de nouvelles institutions. Les réseaux apparaissent dès les premiers mois de l'Occupation, les mouvements naissent et se développent plus tard.
L'OCM (Organisation Civile et Militaire) était, pendant la Seconde Guerre mondiale en zone occupée, un grand mouvement de la Résistance intérieure française. Ce mouvement a été fondé à Paris en décembre 1940. Son objectif était de bâtir une organisation paramilitaire clandestine capable de constituer une force d'opposition à l'occupant et un appui interne à l'offensive alliée. On y organise des filières d'évasion; on y recueille des renseignements sur l'occupant.
L'OCMJ (Organisation Civile et Militaire des Jeunes) en est une section "jeunes" créée en juillet 1943; elle publie le journal L'avenir, développe un réseau de renseignement, organise des sabotages et assure une formation paramilitaire aux réfractaires du STO.
Le réseau Navarre est homologué FFC (Forces Françaises Combattantes).
FFC est un nom donné en 1942, à Londres, par le général de Gaulle, à l'organisation militaire constituée par les agents des réseaux de la France libre dans la zone occupée par les Allemands ou contrôlée par le gouvernement de Vichy.
Ces agents souscrivaient un engagement qui les faisait bénéficier du régime militaire en matière de garanties, de récompenses et de pensions ; ils étaient classés, suivant leur activité, en agents P1, s'ils continuaient leurs occupations personnelles, ou en agents P2, au cas où ils se consacraient exclusivement à la lutte contre l'ennemi. Ces derniers étaient soumis à la discipline militaire.
Louis François BOULLON agissait dans le Loir-et-Cher et la Sarthe, de Courtalain à Château-du-Loir.
Il a été « Arrêté le 30/11/1943 au cours d'une rafle, appartenant à la Résistance, rattaché à l'organisation OCM » d'après une attestation de Mr ROBINET, chef de la Résistance dans le secteur de Mondoubleau.
A cette date, Louis François BOUILLON a été nommé agent P2 en qualité de chargé de mission 3ème classe.
C'est le père de Louis François BOUILLON qui accusa réception par courrier à Cormenon de l'attestation de son fils d'appartenance aux FFC. Ce dernier décède à Cormenon en 1957.
Louis François BOUILLON a été interné du 30/11/1943 au 24/12/1943 puis déporté du 25/12/1943 au 15/03/1945, date à laquelle il décède à Ellrich en Allemagne.
On lui attribue la mention « Mort pour la France » le 18/09/1947.
L'Instruction Ministérielle n° 437 CAB/CIV du 17/10/47 fixe les conditions de reconnaissance des mouvements de la résistance clandestine et de l'homologation de leurs membres. Par exemple, une veuve d'un membre de la résistance intérieure française décédé se trouvant dans les conditions ouvrant droit à pension, bénéficiera d'une pension militaire.
Des grades fictifs sont également attribués, le grade de lieutenant ou sous-lieutenant correspondant au chef d'un secteur local.
Louis François BOUILLON obtient le grade sous-lieutenant à titre posthume par le décret du 26/08/1948, avec date de prise de rang au 01/06/1944.
La parution au Journal Officiel du 04/09/1948 en témoigne.
C'est en 1965 que le Ministère des Armées cherche à attribuer à Louis François BOUILLON le titre d'interné et déporté résistant. Il s'adresse à sa mère par courrier à Cormenon. Mais le courrier lui revient en précisant qu'elle n'habite pas à l'adresse indiquée. En 1967, le Ministère demande alors à la Gendarmerie du Loir-et-Cher de mener une enquête pour retrouver l'adresse de la mère de Louis François BOUILLON.
Cette enquête va apporter des informations d'un grand intérêt généalogique.
Les gendarmes de Mondoubleau vont parvenir à trouver à Cormenon la belle-s?ur de la maman de Louis François BOUILLON, qui leur indique que la mère de Louis François BOUILLON, veuve, vit chez ses enfants à tour de rôle :
Son fils Marcel BOUILLON, charpentier à Morée (41).
Sa fille Jeanne CALLU, institutrice à Sargé-lès-le-Mans (72).
Sa fille Renée ALLAIRE, femme de ménage à Saint-Sébastien de Pornichet (44).
Ce sont ensuite les gendarmes de Pezou qui la trouveront chez son fils à Morée. Elle y avait établi son domicile et passait quelques semaines par an chez ses filles.
Le dossier administratif de Louis François BOUILLON nous apprend également qu'il était commis boucher et qu'il avait obtenu son certificat d'études primaires.
Maintenant, revenons sur un extrait de ce qui est écrit sur le monument de Louis François BOUILLON : « odieusement torturé par les Allemands ».
Intéressons-nous alors à sa période de déportation. Le site bddm « Fondation pour la mémoire de la déportation » nous livre les renseignements suivants :
Matricule au KL Buchenwald Nom Prénom Sexe Date de naissance Lieu de naissance Nationalité Parcours après le KL Situation Date de libération ou de décès Lieu de libération ou de décès
43878 BOUILLON Louis M 02/02/1923 Mondoubleau (41) F Do(El) DCD 15/03/1945 Ellrich
Louis François BOUILLON a d'abord été interné au KL (= KonzentrationsLager : camp de concentration) de Buchenwald en Allemagne.
La première destination des déportés français est Auschwitz, pour les juifs, avec plus de 69 000 déportés (sur 76 000 déportés juifs de France au total).
Buchenwald est la deuxième destination, avec 25 000 personnes, dont 10 000 à 13 000 survivront. Buchenwald contiendra au maximum 60 000 détenus.
Les Français arrivent surtout à partir de fin 1943. Ils sont divers : parmi eux on compte 1/3 de résistants, arrêtés pour faits de résistance.
Louis François BOUILLON a ensuite été interné au KL de Dora (Do), à 80km de Buchenwald.
En août 1943, l'aviation britannique bombarde l'usine de fabrication de fusées de Peenemünde au Nord de l'Allemagne. La réaction d'Hitler est immédiate : il transfère cette usine dans un site souterrain, à Dora, et décide d'utiliser une main d'?uvre concentrationnaire, notamment venant de Buchenwald.
Le chantier de transformation du Tunnel de Dora en une vaste usine moderne dure de septembre 1943 à mars 1944. Pendant ce temps, les déportés, qui travaillent en deux équipes de douze heures, sont logés dans des galeries du Tunnel dans des conditions abominables et sortent rarement à l'air libre. La mortalité durant cette période, connue comme l'Enfer de Dora, est très élevée. Elle a touché surtout les Russes et les Français. De juin 1943 à janvier 1944, huit transports se sont succédé entre Compiègne et Buchenwald, et les transferts vers Dora ont atteint souvent la moitié des nouveaux venus.
L'usine de Dora aura fabriqué les fusées V2 ayant bombardé Londres dès septembre 1944.
Louis François BOUILLON est décédé à Ellrich le 15/03/1945.
Ellrich est un Kommando (= lieu de détention d'un camp de concentration regroupant des prisonniers travaillant dans une usine) dépendant du camp de Dora. Entre mai et septembre 1944, on évacue vers Ellrich des milliers de détenus pour travailler sur des chantiers de creusement de galeries souterraines ou de tous les travaux de génie civil en surface.
De nombreux ouvrages existent sur ce qui a été l'enfer à Buchenwald, Dora et Ellrich.
Louis François BOUILLON obtiendra la mention « Mort en déportation » dans le Journal Officiel du 02/10/1987 :
Pour aller plus loin :
Qui était Mr ROBINET, chef de la Résistance dans le secteur de Mondoubleau, attestant l'arrestation de Louis François BOUILLON ?
Un article de la Nouvelle République m'apprend que Georges Bernardin, véritable mémoire du canton de Mondoubleau, l'a bien connu. Pendant la Deuxième Guerre mondiale, Louis ROBINET, instituteur à Mondoubleau, était entré dans la Résistance. Il avait échappé à la rafle du 30/11/1943.
Appelant Georges Bernardin, j'apprends que Louis ROBINET lui avait confié de nombreux ouvrages qu'il avait rédigés. Ces ouvrages sont maintenant conservés à la médiathèque de Mondoubleau et disponibles en salle de lecture. De quoi alimenter de futures recherches.
A quelques mètres du monument de Louis François BOUILLON dans le cimetière de Cormenon, se trouve la tombe de Louis ROBINET, chef de résistance, 1894-1984.
Son acte de décès est transcrit à l'état civil de Mondoubleau. Albert Louis ROBINET est décédé à l'hôpital de Vendôme le 23 juin 1984. Il est né à Dammarie (28) le 8 avril 1894, ce qui permettrait de se lancer dans la recherche de ses ascendants.
De plus, le Service Historique de la Défense à Vincennes détient le dossier administratif de résistant de Louis ROBINET, cote GR 16P 515327.
Sources :
- Cimetière de Cormenon
- Mairie de Mondoubleau
- CRDP de Reims / Le Souvenir Français du Doubs
- SHD à Vincennes : Dossier administratif de résistant, cote GR 16P 78961
- Wikipedia
- Gallica
- Wikiarmor
- Larousse
- Fondation pour la mémoire de la déportation
- Musée de la Résistance et de la Déportation du Cher
- La Nouvelle République.
Ascendance
Saisie : Xavier DORLéANS
Dernière modification : 25 Septembre 2016