Mortagne-au-Perche : Hôpital Saint NicolasDe l'Abbaye des Clarisses de Marguerite de Lorraine au centre hospitalier de Mortagne-au-Perche.L'hôtel-Dieu de Mortagne-au-PercheAvant d'être transféré sur l'emplacement qu'il occupe aujourd'hui, l'hôpital de Mortagne, fondé par un Comte du Perche, était situé rue Aristide Briand, dans les locaux de l'ancienne sous-préfecture, où est actuellement l'école primaire publique. Il portait le nom d'hôpital Saint-Nicolas dans la rue du même nom. Au fonds de la cour de l'hôtel des postes, on peut encore des sculptures et des ornements en relief, restes de l'ancienne Chapelle de l'hôpital. C'est là que Marguerite de Lorraine exerçait sa charité dans la seconde moitié du XVe siècle. Pour se trouver à proximité des malades, la Bienheureuse Duchesse habitait la chambre occupée jadis par sa belle-mère, Marie d'Armagnac, où elle accédait par un escalier surmonté d'un arc Tudor toujours visible dans la cour de la boulangerie qui fait le coin de la rue des quinze Fusillés avec la rue Aristide Briand. Comme les malades devenaient nombreux, elle s'adjoignit de jeunes Mortagnaises pour l'aider dans sa charitable besogne. C'était une situation précaire et il était imprudent de compter sans cesse sur l'appoint de bonnes volontés. C'est alors qu'on fit connaître à la Duchesse qu'il y avait en Picardie des religieuses qui vivaient sous la règle du Tiers Ordre de Saint-François et qui se consacraient au service des hôpitaux sous le nom de soeurs Sainte Elisabeth de Hongrie. Elle demande aussitôt quelques-unes de ses religieuses, et le 9 avril 1499, Marguerite introduit les soeurs de Sainte Elisabeth à l'Hôtel-Dieu de la Ville. Au début du XVIe siècle, les Soeurs de Sainte Elisabeth éprises d'une vie plus austère s'en ouvrirent à la pieuse duchesse et lui demandèrent qu'on leur bâtit un couvent où il leur fût permis de se mettre sous clôture. Marguerite y consentit d'autant plus volontiers que ce voeu répondait à son plus cher désir. Elle pria donc Jean Goëvrot, son homme d'affaires, de chercher un terrain convenable à cette fondation. Celui-ci acheta un champ appelé "la Saingle" ou "les Javelots". C'était un terrain où le seigneur Justicier du Perche dressait les potences pour l'exécution des criminels. Il était situé au bas de la ville près de l'ancienne porte de Paris à l'entrée du Val, premier emplacement de la cité groupée autour du château de Saint-Malo, résidence des comtes du Perche. Marché conclu, Marguerite en remit la propriété à Madame de Montboissier, (une de ses dames d'honneur) à charge d'édifier un couvent. Madame de Montboissier se mit à l'oeuvre. Les travaux furent menés rondement et en 1515, l'église était achevée et consacrée sous le vocable de Saint François. Dès 1510, les religieuses de Sainte Elisabeth entraient en clotûre et changèrent leur nom pour celui de Clarisses adopté par les couvents de Saint François. C'est donc à cette date que fut édifié l'ensemble des bâtiments de la nouvelle abbaye qui deviendrait plus tard la partie ancienne de l'actuel hôpital et qui est facile à reconnaître. Cette vieille construction devint plutôt un hospice pour vieillards qu'un hôpital proprement dit. Parties de l'hôpital Saint-Nicolas en 1506, les religieuses de Sainte Elisabeth furent remplacées par de vertueuses Mortagnaises dont les premières furent choisies par Marguerite elle-même. Elles administrèrent l'hôpital jusqu'à l'arrivée des Augustines en 1666. La Révolution les en chassa en 1793. Rappelées le 29 septembre 1800, elles quittèrent la rue Saint-Nicolas pour s'établir dans le couvent Saint-François que les Clarisses avaient abandonné en mai 1793. C'est donc à cette date que l'Abbaye de Sainte Claire fut convertie en hôpital. De l'ancien couvent des Clarisses les visiteurs peuvent admirer, en particulier, le cloître, un bijou de l'époque qui a gardé son allure primitive. La charpente aux arceaux apparents n'a pas souffert du temps, non plus que les piliers taillés en plein granit qui soutiennent un toit incliné sur une cour carrée qui servait probablement de cimetière pour les religieuses et dont les corps exhumés reposent maintenant sous les dalles disséminées autour du cloître et dans la sacristie. Des arbres plantés dans la cour projetaient autrefois leur ombre sur le pavement du cloître qui formait un cadre monacal propre à entretenir une atmosphère de paix et de recueillement. Ils ont été abattus depuis pour préserver les toits de l'humidité des feuillages et remplacés avantageusement par une pelouse semée de fleurs et de verdure qui donnnent à ce coin du couvent une note gaie que viennent accentuer le rouge des tuiles et la lumière du soleil. Madame de Montboissier qui avait pris la charge de faire construire le couvent des Clarisses, pourvut la jeune abbaye de "grands meubles" dont on peut voir un échantillon au long du cloître, un coffre à farine monumental. Ce vaste et imposant meuble en coeur de chêne atteint de telles proportions que pour en enlever l'épais et long couvercle, il a fallu confectionner, préalablement, un ingénieux système de grosses cordes et de poulies accrochées à la muraille. Dès le début, Madame de Montboissier joignit au monastère une maison d'éducation pour les jeunes filles aisées du pays. Cette grande dame, la plus chère amie de Marguerite, deviendra plus tard, après la mort de son mari, religieuse Clarisse, elle aussi, puis abbesse du couvent d'Argentan où elle recevra les voeux religieux de la pieuse duchesse. Elle sera la quatrième abbesse du couvent de Mortagne. Après son veuvage et avant de s'adonner à la vie comtemplative, Marguerite recherchait la compagnie des Clarisses et passait près d'elles la meilleure partie de son temps. Déjà, un souterrain reliait la chambre de Marie d'Armagnac où elle habitait à l'Abbaye de Saint François. Pour s'en rapprocher davantage, elle avait acheté, en 1512, une maison où elle aménagea une salle et une chambre pour panser secrètement les malades qu'elle y faisait conduire. En raison des soins qu'elle y donnait, on nomma cette maison "le petit hôpital". Cette maison devint par la suite le presbytère et servit de résidence à l'Aumônier de l'hospice. Pour se mêler de plus près à la vie des Clarisses, Marguerite avait fait construire un passage aérien et bien clos qui lui permettait de se rendre au couvent sans être vue. Au sortie de la galerie, elle se trouvait dans une petite branche qu'elle avait appelée "la chambre de Marie". C'était la son oratoire. Elle assistait à la messe par une ouverture grillagée qui donnait sur la chapelle et qu'on peut voir encore à droite du choeur (côté de l'épître, à la hauteur des vitraux). Puis elle descendait se mêler aux soeurs dont elle partageait la vie. Aux temps du silence, elle se retirait dans une autre chambre non loin de la première et qu'on appelait "le petit Bethléem". C'est là qu'elle mangeait quand elle ne prenait pas ses repas avec les religieuses, là qu'elle travaillait aux linges d'autel, là qu'elle donnait audience à ses gens par une petite fenêtre pratiquée dans la muraille. Après s'être essayée longtemps à la vie monacale, cédant à son attrait, elle entra comme simple soeur au monastère de Sainte Claire à Argentan où elle fait profession le 10 octobre 1520 sous le nom de soeur Marguerite. L'année suivante, elle revint au couvent de Mortagne où les soeurs faisait l'élection d'une abbesse et leur choix unanime tomba sur Marguerite elle-même, mais la bienheureuse refusa en disant : "après avoir été si longtemps souveraine, je veux mourir sujette". Malade, elle regagna Argentan, voulant terminer ses jours là où elle avait fait profession. Toutefois, pendant une accalmie, elle voulut une dernière fois rendre visite à l'Hôpital Saint-Nicolas, toujours situé au centre de la ville et se fit porter jusqu'à la chambre de Marie d'Armagnac qu'elle habitait autrefois et qui lui rappelait de bien doux souvenirs. Reçue par les magistrats et les principaux habitants, elle en profita pour arrêter avec eux quelques règlements relatifs aux malades dont les dames de la ville demeuraient chargées depuis le retrait des soeurs de Sainte Elisabeth. Ce devoir accompli, elle reprit, en litière, le chemin d'Argentan. Elle y mourut le 2 novembre 1521 et fut inhumée dans l'église de Saint Germain. La chapelle de l'hôpital, placée sous le vocable de Saint François, garde encore de précieux souvenirs du couvent des Clarisses. C'est d'abord le caveau pratiqué près du sanctuaire, du côté de l'épître et qui renferme le coeur du Comte René qu'elle ramena d'Alençon pour le faire reposer à Mortagne, ville que le Duc d'Alençon aimait d'un amour de prédilection. Cette insigne relique est enfermée dans une châsse de plomb en forme de coeur, et recouverte d'une plaque de marbre où se trouve gravée cette épitaphe : "Ci-gît le coeur de Monseigneur René, duc d'Alençon et comte du Perche, époux de Marguerite de Lorraine, fondatrice de cette maison en 1502." C'est ensuite, du même côté du choeur et dans un vitrail où sont représentés plusieurs épisodes de la vie de Marguerite, un médaillon qui rappelle le martyre d'une Clarisse de ce monastère. Soeur Marguerite Lepetit, originaire de Rouen, qui fut égorgée sous le cloître par les Huguenots en 1563. Dans la tribune, on peut voir les stalles occupées par Marguerite et les religieuses, et au-dessus de la porte on devine les armes de Lorraine et d'Alençon sculptées en plein bois, mais odieusement mutilées par les vandales de le Révolution. Enfin, dans le haut du choeur, en face du maître-autel, une large dalle en ardoise recouvre les restes de Pierre de Catinat, père du Maréchal de France, avec l'épitaphe, ses titres et ses origines. On sait qu'un grand nombre de membres de la famille Catinat habitait Mortagne et ses environs. La Chapelle des Clarisses n'a pas été épargnée par les vandales de la Révolution. Après l'avoir dépouillée et profanée, ils n'ont guère laissé que les quatre murailles. Grâce à la générosité des âmes pieuses, on parvint à la restaurer et à l'embellir de 1800 à 1802, date à laquelle elle fut rendue au culte dans l'état où on la voit aujourd'hui. Source : document touristique d'après un texte de l'abbé Ch. Mercier. Saisie : Christiane BIDAULT Dernière modification : 22 Janvier 2014 |