Histoire des communes

Ceton : Usine Neyret

Voir aussi :
 

Le Nogentais le 06/03/1887 - La grève des gantières de Ceton

De tous les établissements gantiers du Perche, celui que possède depuis nombre d'années la commune de Ceton est sans contredit le plus important. Il procure de l'ouvrage à 600 ouvrières de la campagne et réunit chaque jour, dans un vaste atelier, plus de 100 femmes ou jeunes filles du bourg.

Depuis que la maison Néret et Cie de Paris, fait fabriquer des gants à Ceton, trois représentants se sont succédés dans cette localité. Le dernier, M. Maniette, serait, au dire des ouvrières, un abominable despote.

M. Néret, mis au courant du mécontentement de ses ouvrières, n'hésita pas à entreprendre le voyage de Ceton, où il arriva le mercredi 16 février. Mais il ne put s'entendre avec le représentant de sa maison et il dut s'adresser, pour régler certains comptes, à des experts de Mortagne.

Le bruit s'étant répandu, le dimanche 20 février, que M. Maniette avait eu gain de cause à Mortagne, une vive agitation régna bientôt dans le bourg.

Le lundi 21 février, au matin, M. Maniette fit, comme de coutume, sonner la cloche pour appeler les ouvrières à l'atelier. Aucune ne répondit à cet appel ; et quand, dans la journée, le représentant de M. Néret voulut sortir en voiture, il se vit tout à coup entouré de gens qui criaient : "A bas Maniette ! enlevez-le ! " A un certain moment, même, il put croire qu'il allait être lynché, car la foule, devenant de plus en plus compacte, arrêta sa voiture et pendant que les uns brisaient sont fouet, d'autres faisaient mine de vouloir renverser le véhicule. Il finit cependant par se dégager et gagner la campagne.

Les gendarmes, mandés en toute hâte, se rendirent immédiatement sur les lieux, mais ne procédèrent à aucune arrestation.

Le mardi, dès la première heure, hommes, femmes et enfants se rendirent à l'Hôtel du Coeur, où étaient descendus M. Néret et son gendre. Tous criaient :" Vive M. Néret ! Vive M. Vallée !" et les cris ne cessèrent que lorsque ces messieurs eurent ouvert la fenêtre de leur appartement et salué la foule.

Cette dernière se rendit ensuite dans un pré, à l'extrémité duquel est située l'habitation de M. Maniette. Là, les manifestants firent des crêpes et dansèrent au son de plusieurs instruments de musique. C'était vraiment féérique.

Le lendemain mercredi, même appel de la cloche, même refus de la part des ouvrières. Pour passer gaiement la journée, une cavalcade fut organisée, et les principaux personnages que l'on devine furent condamnés, à la fin de la journée, à être pendus ou brûlés.

Jusqu'à présent, rien ne fait présager la fin de la grève, et la garde enjuponnée veille toujours aux abords de la fabrique pour en interdire l'entrée à celles qui seraient tentées de reprendre leur travail.


Saisie : Christiane BIDAULT

Dernière modification : 1 Janvier 2013