Histoire des communes

Fontaine-Simon : la Haute Charmoie

 

LA HAUTE CHARMOIE en 1836.

Sous le règne de Louis - Philippe en 1836, année du premier RGP, la Haute Charmoie rassemble 32 habitants sur 817 dans la commune de Fontaine Simon. La population compte 7 ménages dont 6 de sabotiers pour un de cultivateur. La Haute Charmoie est donc un village de sabotiers, métier caractéristique des communes proches de la forêt de Senonches

Les liens familiaux sont étroits : quatre ménages comprennent des arrière-petits-enfants de Madeleine Pelletier et Michel Maheraud qui s’étaient mariés, dans le même village, cent trente ans plutôt. (En annexe, liste simplifiée de descendance permet de situer les personnes citées ci-après.)

* Dans les maisons 88 et 92, deux sabotiers, petits-fils de François Maheraud et Marie Louise Chiffard :
- Jean Baptiste Maheraud, 53 ans, vit avec sa femme Marie Ménard.
- Jean Louis Maheraud, 47 ans, habite avec sa femme Marie Chiffard et leurs trois enfants : Marie Anne, Louis et Victoire.

* Dans la maison 89, un petit-fils de Jacques Maheraud et Anne Esnaux : Jacques Maheraud, 36 ans, qui est aussi sabotier ; il est marié à Marie Louise Meunier et a deux enfants Marie Julienne et Virginie.

* Dans la maison 87, une petite-fille de Marie Madeleine Maheraud et Jean Garnier, Marie-Jeanne Garnier, 49 ans. Elle vit avec son mari Philippe Noël sabotier, leurs quatre plus jeunes enfants : Jean, François, André et Alexandre, et sa sœur aînée, Marie Garnier, veuve Ozeray, 64 ans.

Le village compte deux autres familles de sabotiers, celles de
Jean Francois Salmon, 47 ans, marié à Marie Françoise Menard avec deux enfants Marie Anne et Jean François, et un beau frère.
François Ménard, 48 ans, marié à Marie Louise Meunier avec trois enfants Jean, Françoise et Marie, et sa mère âgée de 81 ans.
Enfin, Jean Chiffard, 73 ans, est cultivateur avec sa femme Marie Marchand.

Une famille de sabotiers.

Intéressons nous au ménage de la maison 87, celui Marie-Jeanne Garnier et Philippe Noël.

A la veille de la Révolution, Marie-Jeanne Garnier, descendante directe de Pierre Pelletier, fille de Jean Garnier sabotier et Marie-Louise Joannet, est baptisée le 23 mars 1788 avec pour parrain Jean Meunier et pour marraine Marie Maheraud femme de Pierre Salmon.

Pendant les Cent Jours de Napoléon, Marie-Jeanne Garnier épouse le 13 mai 1815 à Fontaine Simon : Philippe, Toussaint Noël, né le 15 janvier 1784 à Manou, fils de Toussaint Noël, journalier, et Marie-Françoise Mercier mariés à Manou en 1767. Le mariage est prononcé par Jacques Caquet, maire de Fontaine Simon. Les témoins sont, pour l’épouse : Jean Meussies propriétaire à La Haute Charmoie cousin et parrain ; Jean Michel Dutilleul, sabotier à Manou, oncle, et pour l’époux : Antoine Gousse, maître tailleur, cousin, et Louis Hardi, sabotier, beau-frère, tous deux de Manou.

La famille de Philippe Noël a des racines à Manou, Fontaine Simon et Coulonges les Sablons (61). Après son mariage, Philippe Noël s’installe chez sa femme à La Haute Charmoie où il exerce le métier de sabotier comme son beau père et la majorité des gens du village.

Philippe Noël et Marie-Jeanne Garnier ont six enfants nés à La Haute Charmoie sous les règnes de Louis XVIII et Charles X :
* en 1816 Marie mariée à Joseph Longuet, puis Louis Poulain.
* en 1817 Louis marié à Marie Catherine Chevalier ; il vécut aux Châtelets où il était charretier.
* en 1819 Jean-Auguste, sabotier à Manou, marié à Julie Rousseau.
* en 1822 François, marié à Marie Charpentier, puis à Marie Hamelin.
* en 1825 André marié à Marie Madeleine Joannet. Scieur de long et cultivateur, il sera le seul de la fratrie à rester à La Haute Charmoie.
* en 1828 Alexandre, sabotier au village de Launay de Fontaine Simon, marié à Victoire Barbu.

Marie-Jeanne Garnier décède le 31 août 1855 et Philippe Noël le 27 juin 1861 à l’âge de 77 ans ; devenu aveugle, il avait eu une triste fin de vie ; sa cécité est indiquée dans les RGP de 1856 et 1861.

Philippe Noël lors de son mariage en 1815 est déclaré sabotier, mais une activité agricole apparaît par la suite: en 1846 il est journalier, puis en 1851 il est « propriétaire et cultivateur ». A-t-il réussi à acquérir quelques terres ou la famille de sa femme, les Garnier, en avait elle déjà et en a-t-il hérité ? En l’absence d’archives, il est difficile de savoir ! Ceci étant, cela atteste de l’origine de la propriété agricole familiale à La Haute Charmoie.

Les Archives d’Eure et Loir en ligne permettent désormais d’accéder au Cadastre « Napoléonien » établi à Fontaine Simon en 1833 ; c’est un précieux document pour avoir une idée de l’occupation de l’espace.

Certes il est difficile de chercher à repérer des maisons qui pourraient être celles du XXe car l’habitat a forcément beaucoup évolué ; toutefois on peut noter qu’une parcelle, sur le chemin qui va à La Farinière, correspond à peu près à celle de la ferme des Noël au XXe. En ce qui concerne l’occupation spatiale, est frappante la très grande division du parcellaire non bâti souvent sous forme d’étroites lanières ; cela est le signe de petites propriétés rurales qui perdurent au XIXe : on sait qu’en 1891, sur 202 exploitations de Fontaine Simon, 126 avaient moins de 5 ha, 15 entre 10 et 20 ha, et 17 entre 20 et 200 ha.

LA HAUTE CHARMOIE en 1900.

Au début du XXe siècle, La Haute Charmoie ne compte plus que quatre ménages et 13 habitants sur les 622 dénombrés dans la commune de Fontaine Simon lors du RGP de 1901. Il n’y a plus de sabotiers, mais deux cultivateurs, Maxime Noël et Céleste Allain, un journalier Jean Louis Binoist et un cantonnier Frédéric Léger. L’environnement social et familial a évolué au cours du XIXe, mais deux ménages sont encore des descendants directs de Pierre Pelletier mort en 1695 : les Noël et les Léger.

LA FAMILLE de MAXIME NOËL.

En 1901, habite La Haute Charmoie un petit-fils de Marie Jeanne Garnier et Philippe Noël : Maxime Noël, 36 ans, cultivateur, vit avec sa femme, Lucie Guyot, 29 ans, et leurs enfants, Arthur, 6 ans, et Camille, 4 ans.

Maxime, Louis Alexandre Noël, fils d’André et Marie Madeleine Joannet, est né le 17 décembre 1864 à La Haute Charmoie. L’acte est dressé par Pierre Tastemain, maire, sur la déclaration d’André Noël, 39 ans, scieur de long, et avec pour témoins : Jean Baptiste Joannet, 65 ans, propriétaire à La Farinière, grand-père de l’enfant et Louis Vivier, 30 ans, ouvrier sabotier à La Haute Charmoie, parrain de l’enfant.

Le 20 septembre 1892, Wilfried Théol, maire de Manou, célèbre le mariage de Maxime Noël, cultivateur, domicilié chez sa mère à La Haute Charmoie et de Louise Augustine – dite Lucie – Guyot née à Vichères le 9 décembre 1871, fille de Louis Grégoire Guyot, journalier, et Louise Coudray mariés à Vichères en 1864.

Maxime Noël et Lucie Guyot ont deux enfants nés à La Haute Charmoie:
* Arthur né le 21 juillet 1894 qui épousera Hélène Lecointre de Manou, d’où un fils et une fille ; cette dernière est restée à La Haute Charmoie.
* Camille née le 9 octobre 1896 qui épousera Mary Lecointre de Manou, (le frère d’Hélène), d’où un fils et une fille.

Une photo prise en 1908 constitue un précieux témoignage sur cette famille et sur la ferme de La Haute Charmoie qui a peu changé pendant le XXe, même les pots de géraniums sur la fenêtre de la salle sont restés en place ! De gauche à droite : une jeune amie, Arthur, Lucie, Camille et Maxime.

Avec Maxime Noël, nous trouvons la première génération pour laquelle le seul métier est celui de cultivateur. Son père, André Noël était certes devenu cultivateur à la fin de sa vie mais avait été scieur de long et journalier. La propriété rurale a été constituée pour une part de l’héritage d’André Noël et pour une autre, des acquisitions faites par le couple Noël/Guyot. Un acte notarié de 1921 donne des indications quant à la teneur d’une ferme orientée sur la culture de céréales et l’élevage des chevaux.

Biens de la communauté Noël - Guyot
* Meubles meublants et objets mobiliers de ménage, y compris bois de chauffage 1235 francs
* Matériels de culture et instruments agricoles 3000 francs
* Chevaux et Bestiaux (dont 4590 francs relatifs à des animaux à l’engrais destinés au commerce) 8100 francs
* Récoltes et fourrage 2800 francs
* Matériel de battage et ses accessoires 4000 francs
* Immeubles 7685 francs

Immeubles appartenant en propre à Maxime Noël
* « Un corps de bâtiments situé à la Haute Charmoie etc » 10795 francs

Dans les années 1900, Maxime Noël s’est spécialisé dans l’élevage des chevaux. Le Perche connaît alors une ère de progrès et de prospérité grâce au commerce des chevaux percherons qui est à son apogée. Le marché américain, au milieu du XIXe siècle avait entraîné une forte expansion de cet élevage et on venait alors de partout pour acheter des chevaux de labour, des chevaux pour les omnibus parisiens, les postes, la Gendarmerie ou l'Armée. De grandes foires aux chevaux avaient lieu à La Loupe, Nogent-le-Rotrou ou plus loin à Chartres. Cet animal a fait la richesse du Perche il y a un siècle et il en reste le symbole. C’est un animal de grande taille, fort, osseux, à robe grise, gris pommelé ou noir ; il a une allure souple et légère, mais aussi puissante d'où son succès de transporteur. Le philosophe Alain (né à Mortagne-au-Perche) en disait : " il n'existe pas d'image plus saisissante de la puissance…. Les formes animales étaient la forme des collines."
Mais la Guerre de 14-18 suspendra le commerce et entraînera le déclin de la race percheronne.

Lucie Guyot est décédée en 1921 et Maxime Noël en 1925. Leur ferme est revenue à leur fils Arthur, puis au fils d’Arthur, puis à un petit-fils du même Arthur. La terre des Noël est toujours bien cultivée !

Maxime Noël eut quatre petits-enfants et dix arrière-petits-enfants qui ont tous été réunis une dernière fois en 1974 pour un mariage : l’occasion d’une traditionnelle photo de groupe qui pourra figurer dans une publication à la fin du XXIe quand de lointains descendants de Maxime Noël chercheront leurs racines !
La Haute Charmoie est donc restée un point d’ancrage familial très fort ! C’est pour moi un lieu de souvenirs familiaux, mais c’est aussi le seul lieu où je peux retracer un arbre familial sans discontinuité depuis le règne de Louis XIV et cela valait bien un exercice de généalogie !

Annexe

Annexe :
Descendance simplifiée de Pierre PELLETIER
Descendants habitant La Haute Charmoie au RGP 1836, et au RGP 1901

Pierre PELLETIER vers 1650 -1695 et Magdeleine Hardouin, deux enfants dont :
1. Magdeleine PELLETIER vers 1684 - vers 1765 et Michel MAHERAUD, cinq enfants :

11 Pierre MAHERAUD et Barbe Eneaux

12 Marie Madeleine MAHERAUD 1715 -1776 et Jean Garnier, trois enfants dont :
121 Jean GARNIER 1754 -1813 et Marie Louise Joannet, quatre enfants dont
1211 Marie GARNIER et Louise Ozeray
1211 Marie-Jeanne GARNIER 1788 -1855 et Philippe Noël, six enfants:
12111 Marie NOËL et Joseph Longuet, puis Louis Poulain
12112 Louis NOËL et Marie Chevalier
12113 Jean NOËL et Julie Rousseau
12114 François NOËL et Marie Charpentier, puis Marie Hamelin
12115 André NOËL 1825 - 1890 et Marie Madeleine Joannet deux enfants dont
121151 Maxime NOËL 1864 -1925 et Lucie Guyot, deux enfants
1211511 Arthur NOËL et Hélène Lecointre, deux enfants
1211512 Camille NOËL et Mary Lecointre, deux enfants

12116 Alexandre NOËL et Victoire Barbu

13 François MAHERAUD 1718-1772 et Marie Louise Chiffard, sept enfants dont :
131 Jean MAHERAUD 1761 -1801 et Anne Durand
1311 Jean MAHERAUD et Marie Louise Ménard
1312 Jean Louis MAHERAUD 1786 -1844 et Marie Chiffard, quatre enfants dont :
13121 Victoire MAHERAUD 1828 -1894 et Charles Léger, trois enfants dont :
131211 Frédéric LEGER 1864 - 1954 et Lucienne Goix
1312111 Louise LEGER
1312112 Georgette LEGER


13122 Marie Anne MAHERAUD
13123 Louis MAHERAUD

14 Michel MAHERAUD et Anne Chiffard, quatre enfants

15 Jacques MAHERAUD 1722-1794 et Marie Anne Esnaux, deux enfants dont
151 Jacques Simon MAHERAUD vers 1756-1836 et Anne Françoise Hais, trois enfants dont :
1511 Jacques MAHERAUD vers 1800, et Marie Louise Meunier, deux enfants
15112 Marie Jullienne MAHERAUD
15112 Virginie MAHERAUD


Saisie : Dominique LECOINTRE-MONTAGNE

Dernière modification : 30 Décembre 2011

 

Contact Histoire | Plan du site